À partir du mois prochain, si vous appelez pour prendre rendez-vous chez votre médecin de famille, on vous posera une série de questions de triage, générées par un nouveau logiciel basé sur l’intelligence artificielle (IA).
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«L’idée est que cet outil soit obligatoire dans tous les GMF [centres de santé], et l’objectif est d’améliorer l’accès des patients en déterminant où ils doivent être pris en charge», a indiqué le Dr Michael Kalin, directeur du Groupe de médecine de famille (GMF) Kildare.
Le programme s’appelle Navig. Santé Québec consacre 20,6 millions de dollars sur quatre ans pour l’acquérir et le déployer dans toute la province.
À compter du 1er avril, les réceptionnistes médicaux devront consulter le logiciel en saisissant la raison pour laquelle le patient souhaite un rendez-vous. Le logiciel générera alors des questions complémentaires pour tenter de déterminer si le patient serait mieux pris en charge ailleurs dans le réseau de santé.
«Entre 13 et 18 % des demandes de rendez-vous chez le médecin sont redirigées vers un autre professionnel de santé», a affirmé Bertrand Bolduc, directeur général de Vitr.ai, la société à l’origine du logiciel Navig.
«C’est une idée noble», a souligné le Dr Kalin, après plusieurs jours de test du logiciel.
«Mais ce que nous avons ici, c’est un outil d’IA qui, à mon avis, n’est ni artificiel ni intelligent.»
— Dr Michael Kalin, directeur du GMF Kildare

Ses réceptionnistes indiquent que chaque appel leur prend plus de temps depuis qu’elles doivent consulter l’outil, et il n’est pas toujours d’accord avec les recommandations du logiciel.
«Un patient a appelé l’autre jour pour des maux de tête», a-t-il raconté. «Au cours de l’entretien, l’IA a dit qu’il valait mieux qu’il se rende aux urgences. J’ai lu la transcription. Ce patient n’a pas besoin d’aller aux urgences.»
Ce genre d’erreur pourrait entraîner une baisse d’efficacité et une expérience globalement moins satisfaisante, a soutenu le Dr Kalin. Il estime que le logiciel ne devrait pas être obligatoire, du moins tant que les problèmes qu’il rencontre avec le programme n’auront pas été résolus.

«Bien sûr, les patients peuvent refuser la recommandation», a souligné M. Bolduc, ancien président de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Les médecins peuvent également personnaliser le logiciel afin qu’il génère des recommandations adaptées à leur cabinet.
«Chaque GMF conserve son autonomie clinique», a affirmé Marianne Paquette, porte-parole de Santé Québec. «Ce sont les médecins et leurs équipes qui déterminent les recommandations et les services proposés, en fonction des besoins de leurs patients.»
Ces dernières années, différents professionnels de la santé, tels que les pharmaciens, les infirmières praticiennes, les physiothérapeutes et les psychologues, ont été habilités à assumer de nouvelles responsabilités, allégeant ainsi la pression sur les médecins.
«Personne ne peut savoir ce que chacun est capable de faire», a dit M. Bolduc. «Ce logiciel, grâce à un questionnaire — cela prend un peu de temps, évidemment —, peut en gros vérifier tous les détails et critères et proposer au patient un autre type de rendez-vous.»

