Santé

Des organismes réclament des règles strictes pour réduire le vapotage chez les jeunes

«La priorité absolue est de finaliser la réglementation nationale proposée restreignant les saveurs dans les produits de vapotage.»

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Sur une photo prise dans le quartier financier de Toronto, mercredi 5 février 2025, une personne expire un nuage de buée. LA PRESSE CANADIENNE/Giordano Ciampini Sur une photo prise dans le quartier financier de Toronto, mercredi 5 février 2025, une personne expire un nuage de buée. LA PRESSE CANADIENNE (Giordano Ciampini)

Plusieurs organisations de santé exhortent le gouvernement fédéral à réduire la consommation de nicotine chez les Canadiens à moins de 5% de la population d’ici 2045 alors que le vapotage gagne du terrain chez les jeunes.

Le consensus sur la réduction de la consommation de nicotine est issu d’une table ronde de deux jours sur la réduction de la consommation de tabac et de nicotine au Canada, organisée en amont de la Journée mondiale sans tabac dimanche.

Un précédent objectif national fixé en 2016 visait à réduire le taux global de tabagisme à moins de 5 % d’ici 2035.

Les Hagen, directeur général d’Action sur le tabagisme et la santé, a souligné que la consommation de nicotine a augmenté de manière exponentielle chez les Canadiens âgés de 25 ans et moins, ce qu’il qualifie de «préoccupation majeure».

Le vapotage toujours aussi populaire chez les jeunes Les jeunes vapotent autant qu’ils fumaient la cigarette il y a 15 ans, selon un nouveau rapport de la santé publique de Montréal.

M. Hagen a précisé que plusieurs revues systématiques publiées ont montré que le vapotage crée une voie de la nicotine dans le cerveau, ce qui rend les jeunes plus susceptibles de commencer à fumer des cigarettes. 

«Si ce besoin ne peut être satisfait par des produits nicotiniques comme les cigarettes électroniques, ils trouveront d’autres moyens de satisfaire ces envies, y compris en fumant», a-t-il estimé.

Hausse du vapotage chez les ados

Un rapport de Statistique Canada publié l’année dernière montre que 15 % des élèves du secondaire ont déclaré avoir vapoté au cours des 30 derniers jours dans le cadre d’une enquête menée en 2023-2024. Ce chiffre grimpe à 27 % chez les élèves en secondaire V qui déclarent avoir utilisé une cigarette électronique au cours d’une période de 30 jours. 

Le taux de vapotage chez les élèves de la cinquième année du secondaire dépasse de loin les niveaux de consommation nationaux globaux. Un rapport de Statistique Canada de 2022 a révélé que 18,2 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus avaient déjà vapoté.

«C’est un chiffre incroyablement élevé», a déclaré Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi le vapotage est concentré chez les jeunes, a expliqué M. Cunningham. C’est moins cher que les cigarettes et disponible dans de nombreux arômes dans la plupart des provinces — un facteur important qui explique la popularité du vapotage chez les jeunes. 

Contrairement aux cigarettes, les vapoteuses ne comportent pas d’images explicites ni d’avertissements sanitaires sur leur emballage, tandis que des influenceurs sur les réseaux sociaux en font souvent la promotion, a-t-il ajouté.

«(Les cigarettes électroniques) bénéficient d’un niveau d’acceptabilité sociale bien plus élevé que les cigarettes traditionnelles et sont associées à une certaine image “cool”», a-t-il enchéri. 

Michael Chaiton, professeur associé à l’Université de Toronto, a rappelé que même si les effets complets du vapotage sur la santé ne sont pas encore connus, cette pratique reste nocive.

«Les cigarettes électroniques en elles-mêmes sont associées à des risques», a-t-il soutenu, notamment en ce qui concerne les problèmes respiratoires et cardiovasculaires.

«Le Canada fait réellement de bons progrès vers la réduction de la consommation de tabac, a affirmé M. Hagen. Nous sommes en passe d’atteindre moins de 5 % d’ici 2035.»

Mesures strictes et uniformes

M. Hagen a indiqué que 5 millions de Canadiens de moins consomment du tabac aujourd’hui par rapport aux niveaux d’il y a 26 ans, ce qu’il qualifie d’excellente nouvelle.

Il a réclamé des mesures plus strictes contre les produits de vapotage, telles que des restrictions sur les arômes, davantage d’avertissements sanitaires sur les emballages et une interdiction des ventes en ligne, afin de contribuer à la réalisation des objectifs fixés pour 2045.

Une augmentation des taxes sur les produits nicotiniques et l’extension des restrictions sur le tabagisme au vapotage peuvent également contribuer à dissuader la consommation de nicotine, a-t-il estimé. 

«Nous avons besoin d’un meilleur alignement entre nos réglementations très efficaces sur le tabac et nos réglementations totalement inadéquates sur les produits de vapotage», a expliqué M. Hagen.

De son côté Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour la lutte contre le tabagisme, aimerait qu’il y ait une harmonisation entre les mesures fédérales et provinciales.

Elle a cité l’exemple du Québec qui a interdit la vente de vapoteuse aux arômes sucrés ou fruités en 2023. 

Selon elle, cette mesure est minée parce que «le fédéral permet de la vente en ligne, de la promotion en ligne, des ventes interprovinciales» de ces produits.

Santé Canada affirme que les produits de vapotage peuvent aider les gens à arrêter de fumer, et que passer entièrement au vapotage est moins nocif que de continuer à fumer. Mais l’organisme précise également qu’aucun produit de vapotage n’a été approuvé comme aide au sevrage et que le vapotage «n’est pas inoffensif et n’est pas destiné aux jeunes». 

Il précise que les enfants et les adolescents peuvent être «plus sensibles» aux effets nocifs de la nicotine, car le développement du cerveau se poursuit pendant l’adolescence et jusqu’au début de l’âge adulte. 

M. Cunningham a déclaré que l’objectif de réduire la consommation de nicotine chez les jeunes est réalisable, bien que difficile.

«C’est un défi, car les taux de vapotage et d’utilisation de sachets de nicotine chez les jeunes et les jeunes adultes sont bien plus élevés que chez l’ensemble des adultes», a-t-il déclaré. 

«Tout dépend de la rapidité et de l’ampleur avec lesquelles les gouvernements mettront en œuvre ces mesures.»