Même après avoir fumé leur dernière cigarette il y a plusieurs années, certaines lésions semblent persister chez les poumons des ex-fumeurs. Une récente étude d’une équipe de chercheurs de l’Université McGill a analysé plus de 100 000 cellules pulmonaires pour mieux comprendre les effets de l’abandon du tabac sur les poumons à l’échelle cellulaire.
L’étude a été publiée en juin dans la revue Translational Research. L’autrice principale, Carolyn Baglole, qui est chercheuse à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, s’est servie des données publiques de 21 personnes pour faire l’analyse, plus précisément grâce au séquençage d’ARN sur cellules uniques. Parmi l’échantillon, il y avait neuf personnes qui n’avaient jamais fumé, cinq étaient fumeuses et sept ex-fumeuses.
En analysant l’activité moléculaire de plus de 40 types de cellules pulmonaires, les chercheurs ont mis en lumière que la plupart des lésions semblent réversibles, mais pas toutes.
«Ce que les résultats démontrent, c’est que certaines cellules récupèrent presque complètement après le sevrage, d’autres récupèrent seulement en partie et d’autres encore développent un nouvel état moléculaire propre aux anciens fumeurs», explique en entrevue le coauteur de l’étude, Dr David Eidelman.
Cette découverte pourrait paver la voie vers d’éventuels traitements. «Ce que nous ignorions, c’est quelles cellules récupèrent et lesquelles ne récupèrent pas, et quelles modifications persistent. Ce sont des choses pour lesquelles on n’avait pas d’informations par le passé, indique le Dr Eidelman. [...] Et c’est en comprenant ces mécanismes moléculaires qu’on peut commencer à imaginer et à proposer des interventions dans le futur.»
Les traitements actuels visent surtout à aider les fumeurs ou ex-fumeurs à vivre avec les dommages sur leurs poumons. «Mais le rêve, c’est de pouvoir inverser les changements qui sont déjà là», s’enthousiasme le Dr Eidelman.
Des risques accrus pour la santé
L’étude ne permet pas de déterminer quels sont les effets sur la santé des lésions qui persistent sur les cellules pulmonaires. «On ne peut pas, depuis cette étude, prédire exactement ce que ça va donner. On a des indices des études antécédentes qui ont été faites parmi les populations. [...] On sait, par exemple, pour les effets cardiaques et vasculaires, après avoir sevré, on a des améliorations assez rapidement dans les premiers cinq ans à peu près et on revient à la normale si on veut dans les 10 à 15 ans», explique le Dr Eidelman.
C’est différent lorsqu’il s’agit des poumons. Le risque de cancer du poumon diminue d’environ 50 % dans les 10 premières années après avoir cessé de fumer, dit-il, mais le risque de cancer demeure plus élevé que dans la population qui ne fume pas même après 20 ans sans cigarette.
Pour d’autres maladies, certains dommages sont permanents, comme la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), surtout pour les bronches et les alvéoles. «Donc, nous croyons avec cette étude qu’on commence à avoir quelques indices sur les processus qui gouvernent les changements à terme et quelles sont les traces qui restent moléculairement dans les cellules et ça apporte la possibilité éventuellement de trouver des façons d’intervenir pour promouvoir la réparation des poumons», détaille le Dr Eidelman.
Il rappelle que d’arrêter de fumer est sans doute l’intervention la plus bénéfique qu’une personne puisse faire pour sa santé, en termes de longévité et de qualité de vie.
«Je crois qu’un message qui sort indirectement de notre étude, c’est que la meilleure chose qu’on peut faire si on fume, c’est d’arrêter de fumer. Et le plus tôt possible. Parce qu’on sait aussi que la durée d’exposition au tabac, ça porte plus de risques et ça prend du temps pour que les cellules se remettent à la normale, pour les cellules qui vont récupérer complètement», souligne le Dr Eidelman.

