Santé

Des coopératives écartées du soutien à domicile: 130 préposés perdront leur emploi dans Lanaudière

«On a développé une expertise, un ancrage régional et on nous demande de complètement oublier ça et de mettre ça à la poubelle», déplore la directrice d’une des coopératives.

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Deux coopératives de Lanaudière écartées du soutien à domicile: 130 préposés perdront leur emploi Par Véronique Dubé | Au moment où Québec mise sur le soutien à domicile pour désengorger le réseau de la santé, Noovo Info apprend que 130 préposés vont perdre leur emploi dans Lanaudière.

Au moment où Québec mise sur le soutien à domicile pour désengorger le réseau de la santé, Noovo Info a appris que 130 préposés perdront leur emploi dans Lanaudière.

Après 25 ans à desservir le secteur, deux entreprises en économie sociale spécialisées en aide à domicile n’ont pas réussi à renouveler leurs contrats avec le CISSS de Lanaudière. C’est une agence privée qui a remporté la mise avec une soumission beaucoup plus basse que les deux coopératives.

«On a développé une expertise, un ancrage régional et ce qu’on nous demande de faire présentement, c’est de complètement oublier ça et de mettre ça à la poubelle», a déploré Véronique Dinelle, directrice de la Coopérative de soutien à domicile de la MRC de L’Assomption.

Les tarifs soumis par l’entreprise qui a récolté le contrat ne seraient pas rentables, selon Mathieu Brière, directeur général de la Coopérative d’aide à domicile Dimavie.

«Les entreprises d’économie sociale n’ont pas nécessairement le même tarif, mais ça va être du 44 $, 45 $, dans ces eaux-là. L’entreprise qui a remporté au premier rang l’appel d’offres est à 32 $. Ce sont des tarifs qu’on voyait pré-Covid», dit-il, ajoutant que d’autres compagnies l’ont contacté pour dire que les tarifs étaient «ridicules».

Les deux coopératives demandent d’ailleurs que la soumission soit vérifiée.

«C’est épouvantable ce qu’ils leur font vivre»

Les 130 préposées qui perdront leur emploi dénoncent également la situation, jugeant que le changement perturbera grandement leurs usagers.

«Le changement pour ces personnes-là, c’est vraiment difficile. Ça peut les rendre confus, c’est un déséquilibre», soutient Kate Perron, préposée à la Coopérative de soutien à domicile de la MRC de L’Assomption.

«On ne fait pas ça pour l’argent, parce que si on fait ça pour l’argent, on n’est vraiment pas au bon endroit. On est des gens de cœur. Ça nous inquiète pour nous, mais ça nous inquiète aussi pour nos usagers. C’est épouvantable ce qu’ils leur font vivre», ajoute Marie-Josée Gagné, préposée à la Coopérative Dimavie.

Plus de 400 personnes âgées du territoire se retrouvent dans l’incertitude et craignent une détérioration de la qualité dans le service.

Mais le changement de contrat risque également d’affecter les nombreux proches aidants, qui dépendent des services des coopératives pour avoir un moment de répit.

«Grâce aux services de la coopérative, on peut respirer certains jours de la semaine. Vous nous avez oubliés. C’est nous les personnes importantes, ce n’est pas l’argent que vous allez sauver», déplore Michel Allard, proche aidant.

«Tout changer la dynamique avec des gens de 90 ans à 91 ans, ce n’est pas évident. Ça fait qu’on voudrait beaucoup rester avec la coop», ajoute André Quévillon, proche aidant.

Selon eux, les critères de sélection pour ce genre de services devraient être basés sur l’humain et non pas sur des facteurs financiers.

En réaction, le CISSS de Lanaudière assure que les contrats octroyés dans le cadre de l’appel d’offres respectent plusieurs critères et exigences. «Chacune des entreprises qualifiées a su démontrer qu’elles assureront la prestation de services pour lesquels elles se sont engagées», indique-t-on.

Le CISSS soutient que la transition sera harmonieuse «afin de garantir une continuité de service optimale». On indique également que les usagers concernés par les changements seront rejoints et «rassurés».

Mais les deux entreprises d’économie sociale ont demandé un délai de 24 mois pour permettre aux usagers de s’adapter. Le CISSS devrait leur répondre d’ici mardi.

Voyez le reportage de Véronique Dubé dans la vidéo.