L’Université du Manitoba étudie actuellement si l’intelligence artificielle peut réduire les délais d’attente pour les interventions chirurgicales dans les hôpitaux, ce qui demeure un défi pour le système de santé du Manitoba.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Selon les chercheurs, plus de 1300 personnes sont confrontées à un arriéré de chirurgie orthopédique, avec un délai d’attente médian de 170 jours. Pour les patients souffrant de douleurs chroniques ou d’une mobilité réduite, ces retards peuvent avoir des répercussions importantes sur leur qualité de vie.
Le Dr Jay Toor, professeur adjoint à la Faculté des sciences de la santé Rady et chirurgien orthopédiste à l’Hôpital et centre des sciences de la santé Concordia de Winnipeg, dirige une initiative visant à développer une nouvelle technologie appelée «The Operating Room Intelligence and Optimization Network» (ORION), un système alimenté par l’IA conçu pour mieux prévoir les besoins chirurgicaux et améliorer la planification des salles d’opération.
Plutôt que d’attendre que des problèmes de planification surviennent, ORION vise à fournir aux équipes hospitalières des renseignements qu’elles peuvent utiliser pour planifier à l’avance.
«Lorsque nous avons mis en œuvre ce programme à l’hôpital Sunnybrook de Toronto — il s’agissait en quelque sorte d’une version préliminaire —, nous avons pu augmenter l’efficacité de 30 %; cela signifie un gain de temps de 30 %», a expliqué M. Toor.
«Il n’a pas été nécessaire de construire de nouvelle salle d’opération. Il n’a pas été nécessaire d’embaucher du personnel supplémentaire. On parvient simplement à tirer davantage d’efficacité des ressources existantes sans ajouter de stress au personnel.»
— Dr Jay Toor, professeur adjoint à la Faculté des sciences de la santé Rady et chirurgien orthopédiste à l’Hôpital et centre des sciences de la santé Concordia de Winnipeg
Le projet sera mis à l’essai au Health Sciences Centre (HSC), le plus grand hôpital du Manitoba.
M. Toor précise que l’équipe utilisera ORION pour analyser, au cours de la première année, dix ans de données historiques sur les patients du HSC, ce qui permettra de déterminer avec quelle précision le modèle d’IA aurait pu prédire la demande chirurgicale dans le passé.
Au cours de la deuxième année du projet, l’équipe se concentrera sur des essais prospectifs.
«Je suis très optimiste: nous serons la première juridiction à utiliser un modèle d’IA prédictif et optimisé pour planifier nos interventions chirurgicales», a-t-il soutenu.
M. Toor estime qu’ORION pourrait permettre d’augmenter la capacité de cinq à huit pour cent pour les chirurgies orthopédiques et de réduire les temps d’attente jusqu’à 15 pour cent.
Il estime également qu’une planification plus efficace pourrait faire économiser à la province entre 2 et 4 millions de dollars par année.
«C’est d’une importance capitale», a-t-il dit.
«Nous devons développer davantage nos infrastructures, mais ce que nous ne voulons pas faire, c’est construire ces infrastructures sans avoir d’abord amélioré leur efficacité; il s’agit donc d’une étape progressive.»
«Notre système de santé va connaître de nombreux changements, et les choses évoluent dans la bonne direction», a-t-il ajouté.
«Je ne peux que rester assis et attendre»
Pour Guy Arnel, un Manitobain, le simple fait de se lever d’une chaise et de marcher est un combat quotidien.
Après avoir souffert de maux de dos pendant des années et attendu une chirurgie au Manitoba, M. Arnel a décidé de prendre les choses en main et s’est rendu au Mexique l’année dernière, où il a déboursé environ 35 000 $ pour subir l’intervention dont il avait tant besoin.
Aujourd’hui, moins de deux ans plus tard, il souffre à nouveau et doit faire face à une autre longue attente.
Il attend une chirurgie de la hanche et on lui a dit que cela pourrait prendre jusqu’à 18 mois au Manitoba.
«Je suis toujours un homme actif. Je fais plein de folies. Maintenant, je ne peux plus rien faire. Je ne peux que rester assis et attendre», a-t-il raconté.
«18 mois, pour moi, c’est terrible de devoir boiter partout. J’en ai tellement marre de boiter partout.»
Il cherche donc à nouveau à se faire opérer à l’extérieur de la province, mais il précise que cela aura un coût.
«À Calgary, c’est 30 000 $; au Québec, 24 000 $; en Ontario, 30 000 $, mais je viens de découvrir que juste à côté, en Saskatchewan, c’est 12 000 $», a-t-il expliqué.
«C’est donc ce à quoi je travaille en ce moment: aller à Régina pour voir ce que je peux y faire.»
«Je n’ai plus d’argent, mais la santé, c’est important», a-t-il déclaré.
Alors que les chercheurs de l’Université de Manitoba travaillent sur une technologie visant à réduire l’arriéré qui ne cesse de croître, M. Arnel n’est pas convaincu que cela changera quoi que ce soit.
«J’ai l’impression que c’est comme ça», a-t-il exprimé.

