Un traitement de kétamine aurait réduit les symptômes dépressifs d’une partie de patients atteints d’un trouble bipolaire, selon les résultats d’un essai clinique publiés mercredi dans JAMA Psychiatry.
Greg Rennie a pris part à cette étude. Il souffre d’un trouble bipolaire, et quantifiait la gravité de ces périodes dépressives à huit sur une échelle de dix.
Après sa première perfusion de kétamine en avril 2025, il l’évaluait à zéro sur dix.
M. Rennie, qui souffre de dépression depuis près de 30 ans, faisait partie des 68 participants à un essai clinique mené par l’University Health Network, à Toronto, visant à évaluer la sécurité et l’efficacité de perfusions répétées de kétamine chez les personnes atteintes de dépression bipolaire.

Cet homme de 61 ans a été mis sous perfusion dans une chambre d’hôpital de l’UHN. Environ dix minutes après le début de l’administration de la kétamine, il se souvient avoir eu l’impression de flotter, dissocié de son corps, comme s’il se trouvait dans l’espace. Il a commencé à s’imaginer dans une pièce sombre où, par moments, la lumière filtrait.
«J’ai compris que ce que cela me montrait, c’était ma dépression. Que je me trouvais dans cette boîte noire», a-t-il raconté.
«Cela a changé ma vie parce que cela m’a fait prendre conscience de l’obscurité de la dépression et du fait que je vis la plupart du temps dans cette pièce noire.»
Peu d’effets secondaires
M. Rennie n’était pas le seul à constater une amélioration de ses symptômes.
L’essai clinique a révélé que le traitement avait réduit les symptômes dépressifs chez plus de 35 % des participants, qui avaient reçu 2 perfusions de kétamine de 40 minutes chacune sur une période de 2 semaines.
Ce chiffre est à comparer aux moins de 12 % observés dans le groupe témoin, qui recevait un médicament à base de benzodiazépine à titre de comparaison.
Le Dr Joshua Rosenblat, psychiatre et auteur principal de l’étude, a déclaré que les perfusions de kétamine n’avaient pas non plus déclenché de manie, de psychose ou de tendances suicidaires.
«C’est l’un des principaux enseignements à retenir: cela n’a pas déclenché de manie, ce qui était la crainte de beaucoup de gens», a souligné le Dr Rosenblat.
«Nous avons constaté qu’à chaque dose successive, les bienfaits se multipliaient», a ajouté le Dr Rosenblat.
Les personnes souffrant de dépression bipolaire ont souvent été exclues du traitement à la kétamine en raison du risque de «basculement» de la dépression vers la manie, a expliqué la Dre Jennifer Swainson, psychiatre à Edmonton, qui n’a pas participé à l’étude.
«Cet essai contrôlé randomisé suggère que cela ne constitue pas une préoccupation majeure, pas plus que ce que l’on peut observer dans l’évolution de la maladie elle-même», a soutenu la Dre Swainson.
La kétamine, un anesthésique utilisé depuis des décennies pour bloquer la douleur pendant les interventions chirurgicales, est administrée à faibles doses depuis une vingtaine d’années pour traiter la dépression sévère et d’autres troubles psychiatriques.
Il existe un besoin de traitement efficace contre la dépression bipolaire, car environ une personne sur trois ne répond pas aux traitements standards et de nombreux médicaments aggravent l’état des patients, a expliqué le Dr Rosenblat. Selon les dernières statistiques du gouvernement fédéral, environ 3 % de la population canadienne sera touchée par un trouble bipolaire.
Des obstacles
Des inquiétudes ont été exprimées quant au risque de dépendance lié au traitement à la kétamine à la suite du décès par surdose de Matthew Perry. L’ancienne vedette de la comédie «Friends» suivait un traitement légal par perfusion de kétamine pour traiter sa dépression, mais a fait appel à un revendeur pour se procurer des doses illicites, selon des documents judiciaires.
Cependant, les recherches montrent que la plupart des personnes utilisant la kétamine pour traiter leur dépression ne présentent pas de risque élevé d’en abuser ou de développer de dépendance, a observé la Dre Swainson. D’après son expérience dans le traitement de patients atteints de dépression à la kétamine, elle a indiqué que beaucoup d’entre eux se disaient neutres, voire n’appréciaient pas les effets du médicament, mais continuaient à l’utiliser conformément à la prescription, car cela les aidait.
L’obstacle à une plus grande accessibilité du traitement à la kétamine réside dans le fait qu’il n’est pas pris en charge par la plupart des régimes d’assurance maladie provinciaux. Certaines cliniques prennent en charge le coût d’un nombre limité de séances ou suggèrent aux patients de participer à des essais cliniques comme celui-ci pour y avoir accès. Il existe également des cliniques communautaires privées qui proposent ce traitement, dont le coût peut s’élever à 4200 $ pour un cycle complet de six séances.
L’étude a révélé que les symptômes des patients réapparaissaient après l’arrêt des perfusions, ce qui suggère qu’ils auraient besoin de séances d’entretien pour maintenir les effets antidépresseurs.
C’est ce qu’a fait M. Rennie. Il a été orienté vers une clinique privée, où il reçoit des perfusions tous les deux mois, au prix de 500 $ par séance.
«C’est ce qui est triste dans tout ça, a indiqué M. Rennie, qui estime que ce traitement devrait être pris en charge et accessible partout au Canada. Je pense que cela doit changer.»

