Santé

De plus en plus d’adolescents prennent de la créatine: voici ce que les pédiatres disent à leurs patients

Selon les experts, la créatine est généralement sans danger à des doses appropriées, mais des incertitudes subsistent en ce qui concerne les jeunes.

Publié le 

Teens influenced by social media and their friends are taking muscle-building supplements such as creatine. (Pexels).
Workout gym teens Les ados, influencés par les médias sociaux et leurs amis, prennent des suppléments pour la prise de masse, comme la créatine | Crédit image | Pexels

De plus en plus d’adolescents prennent de la créatine, un supplément pour la musculation, pour améliorer leur apparence et leur condition physique. Même si les experts disent que c’est généralement sans danger, certains expriment leurs inquiétudes.

La créatine est une substance naturelle présente dans le corps humain qui favorise la croissance et la récupération musculaires. On peut facilement s’en procurer sans ordonnance dans les pharmacies, les épiceries et les magasins de produits naturels.

Au cours des six derniers mois, la Dre Dina Kulik a remarqué que de plus en plus de ses patients adolescents de sexe masculin lui posaient des questions sur la créatine.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News

«La créatine revient assez souvent dans mes conversations avec mes patients, surtout les athlètes, car ils veulent augmenter leur endurance et leur force, et ils cherchent un supplément qui puisse les aider à y arriver», a dit la Dre Kulik, pédiatre à Toronto et fondatrice de la clinique Kidcrew, lors d’une entrevue vidéo accordée mercredi à CTVNews.ca.

Elle a expliqué que certains entraîneurs avaient peut-être recommandé ce produit, ou que les ados avaient été influencés à en prendre parce que leurs amis en prenaient. La Dre Kulik a ajouté qu’elle conseillait généralement à ses patients de faire preuve de «prudence», mais que jusqu’à présent, personne ne lui avait signalé d’effets secondaires.

«Ils avaient des problèmes d’image corporelle»

Ces dernières années, le Dr Mohammed Hassan-Ali a dit avoir vu de plus en plus de patients préadolescents et adolescents qui avaient pris de la créatine.

«On voit beaucoup d’adolescents qui en prennent comme si c’était une multivitamine», a-t-il dit jeudi dans une entrevue vidéo avec CTVNews.ca.

Le Dr Hassan-Ali, un pédiatre qui travaille dans la région de Toronto, a dit qu’il décourage ses patients de prendre de la créatine, car il n’y a pas assez d’études pour savoir si c’est sans danger pour les jeunes.

«En général, on recommande aux enfants et aux ados d’éviter ce genre de suppléments, surtout des trucs comme la créatine», a-t-il ajouté.

Dr Hassan-Ali se souvient qu’il y a quelques mois, il a examiné un ado qui souffrait de déshydratation. Le patient lui a révélé qu’il prenait plus que les doses recommandées de protéines de lactosérum et de créatine, et qu’il ne s’hydratait pas assez pendant ses séances d’entraînement à haute intensité. Le Dr Hassan-Ali a expliqué que ça avait provoqué des étourdissements et des évanouissements.

«Il essayait d’améliorer son apparence générale, car il avait des problèmes d’image corporelle», a expliqué le Dr Hassan-Ali.

Le patient lui a dit que plusieurs de ses amis prenaient des suppléments et des boissons énergisantes similaires, et qu’ils allaient à l’aérobie après l’école.

«Il pensait donc que s’il pouvait en faire autant et améliorer son apparence générale, il se sentirait peut-être plus attirant aux yeux des filles de son école», a-t-il dit.

Le Dr Hassan-Ali a dit avoir eu une «conversation franche» avec le patient au sujet des effets secondaires et lui avoir fourni des ressources.

«C’est toujours important de promouvoir une alimentation saine, l’activité physique et l’hydratation, et c’est aussi important qu’ils réalisent qu’il y a des gens à qui ils peuvent parler, plutôt que de chercher de l’information en ligne à partir de sources non vérifiées», a dit Hassan-Ali.

«Assez sécuritaire à utiliser»

Kyle Ganson, professeur agrégé à la Faculté de travail social Factor-Inwentash de l’Université de Toronto, a dit qu’il recommande aux utilisateurs – surtout aux jeunes – de parler à des professionnels de la santé, à des entraîneurs, à des coachs et à d’autres professionnels de confiance au sujet de l’utilisation de la créatine.

«C’est un supplément alimentaire qui a fait l’objet de nombreuses recherches, donc en général, son utilisation est assez sécuritaire», a déclaré Ganson mardi lors d’une entrevue vidéo avec CTVNews.ca, en précisant que ce supplément doit être pris à une «dose appropriée».

M. Ganson s’inquiète de voir les jeunes chercher des « raccourcis » pour améliorer leurs performances, ce qui pourrait les mener à consommer des substances plus risquées, comme les peptides et les stéroïdes.

«Ça pourrait donc potentiellement devenir une pente glissante, je pense, pour les jeunes qui veulent voir rapidement des améliorations au niveau de leur apparence et de leurs performances», a dit M. Ganson.

La créatine est un supplément alimentaire réglementé par la législation canadienne sur les produits de santé naturels. M. Ganson a expliqué qu’elle était «relativement peu réglementée» par rapport aux produits pharmaceutiques au Canada.

«Je pense qu’en général, un peu plus de réglementation pour garantir davantage la sécurité et l’efficacité de ces produits serait une bonne chose, même du point de vue des fabricants», a-t-il ajouté, en soulignant que des tests de pureté permettraient de s’assurer qu’il n’y a ni contamination ni falsification pendant la production.

L’impact du «looksmaxxing» sur les jeunes hommes

Selon un article de recherche coécrit par M. Ganson et publié par Performance Enhancement & Health en 2024, près de 44 % des participants à l’étude ont déclaré que les influenceurs des médias sociaux avaient une «influence majeure» sur leur consommation de suppléments pour la prise de masse musculaire.

M. Ganson, dont les recherches portent notamment sur les comportements liés à la prise de masse musculaire chez les adolescents et les jeunes adultes, a expliqué que la créatine est un supplément alimentaire couramment utilisé chez les jeunes, surtout chez les hommes.

«La personne typique qui n’est pas vraiment passionnée par le sport, par exemple, ne prend probablement pas de créatine», a-t-il dit. «Mais pour quelqu’un qui cherche activement à améliorer ses performances ou à se muscler, la créatine est et peut être un outil efficace pour y parvenir, surtout lorsqu’elle est associée à de l’activité physique, à la musculation et à une bonne alimentation.»

Philip Veliz, coauteur d’une étude de l’Université du Michigan publiée en août sur l’essor de la consommation de créatine, a suggéré qu’il existait un lien entre la tendance du «looksmaxxing» et la popularité grandissante de ce supplément chez les ados américains ces dernières années. Cette tendance concerne des jeunes hommes ou des garçons qui modifient leur apparence par des moyens extrêmes, comme se fracturer les os du visage, prendre des stéroïdes ou subir des chirurgies esthétiques.

«Il y a aussi ce côté plus sombre des médias sociaux qui va un peu trop loin, au point de créer des attentes irréalistes sur ce à quoi le corps devrait ressembler et sur la façon dont tu es censé y arriver», a souligné M. Veliz, professeur associé de recherche à l’École des sciences infirmières de l’Université du Michigan, lors d’une entrevue vidéo accordée mercredi à CTVNews.ca.

Bien que la créatine soit efficace depuis des décennies, Stuart Phillips, professeur de kinésiologie à l’Université McMaster, a averti qu’elle coûte cher, qu’elle ne donne aux utilisateurs qu’«un petit avantage» et qu’elle ne suffit pas à améliorer de façon significative les performances sportives ou la santé d’une personne.

Dans une entrevue vidéo accordée mardi à CTVNews.ca, Phillips a dit que d’autres facteurs «auraient un impact bien plus important» que la créatine, comme aller à la salle de sport régulièrement, se coucher plus tôt à une heure régulière et éviter la malbouffe.

«C’est un petit coup de pouce alors que l’exercice lui-même fait l’essentiel du travail, et la créatine ajoute juste une fine couche de bienfaits par-dessus», a expliqué Phillips.

Avec des informations fournies par Robin Della Corte de CTV News