Alors que la crise des opioïdes frappe particulièrement fort dans l’ouest du pays, le Québec, qui n’est pas pour autant épargné, se distingue par la popularité des stimulants, qui sont beaucoup plus en circulation sur son territoire.
Le portrait des drogues de rue tend à changer lorsqu’on regarde les plus récentes données du Service d’analyse des drogues (SAD) de Santé Canada, qui analyse des échantillons présumés de drogues illicites soumis par les agences d’application de la loi et les partenaires de santé publique à travers le pays. Le SAD analyse environ 100 000 échantillons par année.
«Les stimulants arrivent en première position partout au pays, mais si vous regardez pour le Québec, c’est particulièrement spectaculaire», fait remarquer le Dr Alexandre Larocque, spécialiste en médecine d’urgence, toxicologue au Centre antipoison du Québec et médecin-conseil en toxicologie à la Direction régionale de santé publique de Montréal.
Il a fait ce commentaire mardi lors d’un webinaire sur l’évolution des drogues de rue, organisé par le Programme national de mentorat sur le VIH et les hépatites (PNMVH).
Au Québec, la substance la plus identifiée est la cocaïne. C’est d’ailleurs la substance la plus identifiée sur l’ensemble du territoire canadien.
Pendant plusieurs années et jusqu’en 2024, la méthamphétamine dépassait la cocaïne au Québec, mais l’an dernier et jusqu’ici en 2026, elle vient en deuxième place. De façon globale, au cours des dernières années, la province a toujours eu les mêmes trois drogues les plus identifiées: la cocaïne, la méthamphétamine et la MDMA.
Le fentanyl de moins en moins présent
Le fluorofentanyl, un produit analogue du fentanyl, arrive au troisième rang au niveau canadien. «Il arrive en deuxième position derrière la cocaïne en Colombie-Britannique et un peu plus bas en Ontario. Alors qu’au Québec, il fait le top 10, mais il arrive en bas de la liste. On voit encore une différence territoriale assez marquée pour ce qui est de la réalité québécoise», mentionne Dr Larocque.
«Les opioïdes, on voit qu’il y a des provinces où ça frappe fort, dont la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario, alors que le Québec se situe bien en dessous de la moyenne canadienne. [...] Ça va moduler le portrait des surdoses au Québec», ajoute-t-il.
«Un autre élément qui distingue le Québec, c’est que l’opioïde qu’on retrouve le plus en circulation sur le marché illicite est l’hydromorphone, un opioïde de grade pharmaceutique, qui est présent au niveau canadien. On voit qu’il ne fait pas le top 10 en Colombie-Britannique, c’est présent en Ontario, mais derrière le fentanyl et d’autres analogues», pointe Dr Larocque.
En Ontario, la médétomidine est la deuxième drogue la plus identifiée par le SAD. Il s’agit d’un médicament sédatif et analgésique vétérinaire qui est mélangé au fentanyl. «Donc, les statistiques de la médétomidine suivent en général de près les statistiques liées au fentanyl ou ses analogues», précise Dr Larocque. Cette drogue arrive en quatrième position au niveau canadien et dans le top 10 au Québec.
«Pourquoi on se distingue si peu? Encore là, le fentanyl dont on parle beaucoup, il n’est pas en train de disparaître, mais de devenir beaucoup plus rare parce que ce qui a pris la place ce sont les analogues», explique Dr Larocque lors du webinaire.
En Ontario, en Alberta et même en Colombie-Britannique, la médétomidine représente une portion significative de ce qui est saisi. «Alors qu’au Québec, cela reste relativement mineur en comparaison à l’écrasante quantité de stimulants qui est présente», souligne l’expert.
Consommer stimulant et opioïde pour survivre à la rue
De nouveaux phénomènes émergent dans la consommation des drogues de rue. Avec le contexte socio-économique actuel, il y a des consommateurs d’opioïdes qui se retrouvent à la rue. Ils ne trouvent pas d’endroit où rester la nuit, c’est dangereux, et comme leurs réflexes sont amoindris avec l’opioïde, ils consomment un stimulant qui va les garder éveillés, en plus de réduire leur sensation de faim.
«Il y en a plusieurs qui commencent un processus de co-consommation de stimulants alors qu’historiquement, ils étaient uniquement des consommateurs d’opioïdes. C’est dans une perspective très pratico-pratique. Malheureusement, chez certains, ça contribue à des situations de surdose», indique Dr Larocque.
«Ce phénomène semble définitivement en installation, dit-il. On voit de plus en plus de co-consommation dans la population.»
Selon les données de Santé Canada, de janvier à mars 2026, le taux brut de décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes était de 1354 par 100 000 habitants au Canada, dont 158 au Québec (ce qui inclut aussi les autres drogues pour le Québec).
À l’échelle montréalaise, les données du Bureau du coroner indiquent que la majorité des décès par surdoses surviennent à domicile. «On a souvent l’image en tête, des fois un peu caricaturale ou biaisée, de la personne en grande vulnérabilité qui meurt dans une ruelle avec une seringue dans le bras», expose Dr Larocque. Bien que cette réalité existe, la majorité des surdoses concernent des gens qui consomment seuls à la maison.

