Santé

Bilan du Dr Gaudreault: fier de l'acteur social qu'est devenu le Collège des médecins

La Presse Canadienne s’est entretenue avec le Dr Gaudreault, qui, à l’âge de 78 ans, a officiellement terminé ses fonctions après deux mandats à la tête de l’ordre professionnel.

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Dr. Mauril Gaudreault, ex-président du Collège des médecins du Québec, à Montréal le mercredi 4 novembre 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE Dr. Mauril Gaudreault, ex-président du Collège des médecins du Québec, à Montréal le mercredi 4 novembre 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE (Christinne Muschi)

Le Dr Mauril Gaudreault est fier du virage que le Collège des médecins du Québec (CMQ) a pris au cours des huit dernières années. Sous sa présidence, le Collège est devenu beaucoup plus vocal sur certains enjeux de société, ce qui a parfois fait couler beaucoup d’encre.

La Presse Canadienne s’est entretenue avec le Dr Gaudreault, qui, à l’âge de 78 ans, a officiellement terminé ses fonctions après deux mandats à la tête de l’ordre professionnel, tel que dicté par le règlement du CMQ qui impose une limite de deux mandats consécutifs de quatre ans.

Ses bons coups auront été de rapprocher le Collège des médecins du public, de participer à l’élargissement des pratiques professionnelles et de devenir un acteur social, résume le Dr Gaudreault autour d’un café, à Montréal. Il a par ailleurs été le premier président à faire une grande tournée des régions du Québec pour rencontrer des professionnels de la santé et le public.

Sa prise de position la plus controversée aura été de demander aux médecins de cesser leurs moyens de pression alors que les fédérations médicales étaient en pleine négociation avec le gouvernement sur leur rémunération.

Plusieurs médecins l’ont perçu comme une ingérence politique du Collège dans un bras de fer déjà houleux avec Québec. On a demandé sa destitution, ce qui n’a finalement pas eu lieu. Le Dr Gaudreault a tout de même reçu une motion de blâme votée lors d’une assemblée générale extraordinaire, une première dans l’histoire du Collège des médecins du Québec.

«Psychologiquement, j’ai vécu ça difficilement. Ça a été la période difficile de ma présidence», confie-t-il. Mais il n’ose pas dire qu’il s’agit d’une erreur, car il en tire tout de même du positif.

Bien que cela ait «provoqué des remous au niveau de la communauté médicale», il n’a pas de regret. C’est une action qui devait absolument être faite, affirme-t-il. «Un ordre professionnel, c’est là pour protéger le public en veillant à une médecine de qualité, [...] et à mon sens, et c’est l’avis de plusieurs, lorsque l’ordre est témoin d’actions qui pourraient compromettre cette sécurité du public, on a le devoir d’agir, de réagir et de bien se prononcer», affirme-t-il.

Il estime par ailleurs que cela a participé à mieux faire connaître ce pour quoi le Collège existe, l’un de ses chevaux de bataille.

Le CMQ a fait une vaste consultation en 2019 visant à mieux comprendre la perception du public et des médecins à leur égard. La conclusion: le public ne se sentait pas protégé par le Collège et il le confondait avec les fédérations médicales.

«C’est la consultation qui nous l’a fait constater, car on ne se prononçait pas assez souvent. Les gens ne nous connaissaient pas. [...] Les gens nous ont dit: ‘’pour la réforme Barrette, on ne vous a pas entendus, vous ne vous êtes pas prononcés, vous n’êtes même pas allés en commission parlementaire’’», se souvient le Dr Gaudreault.

Le Collège était donc trop loin du public, mais aussi des médecins et n’était pas assez sur la place publique.

Cela a changé. Au cours des dernières années, le Collège s’est notamment prononcé en faveur du retrait des gaz anesthésiques polluants dans les établissements de santé et s’est opposé aux allègements environnementaux accordés à la Fonderie Horne. «Je suis pas mal fier de ça. On l’a fait aussi pour d’autres enjeux sociétaux», mentionne le Dr Gaudreault.

La médecine familiale en voie de disparition?

Le Dr Gaudreault a accroché son stéthoscope en 2014 après une carrière de 40 ans comme médecin de famille dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean. À l’époque, un médecin de famille prenait en charge l’ensemble des membres d’une même cellule familiale, dans la globalité de leur santé.

Aujourd’hui, il n’est pas rare que dans une même famille, tous n’aient pas accès à un médecin. Est-ce la médecine de famille telle qu’on la connaissait est appelée à disparaître?

Non, tranche le Dr Gaudreault, mais peut-être qu’elle sera moins populaire. Il estime que le récent changement dans le mode de rémunération des médecins, qui prévoit 50 % de leur rémunération par capitation (fondée sur le nombre de patients inscrits), pourrait faire revenir ce type de médecine.

«L’exercice de la médecine, dorénavant, c’est un exercice de pratique en équipe. [...] Ne parlons que des médecins de famille, pour qu’ils puissent travailler en équipe, la rémunération à l’acte ne pourra jamais permettre ça», dit-il.

Il prend l’exemple de soigner les personnes itinérantes, le CMQ ayant publié un récent rapport sur cet enjeu. «Le fait que le médecin doit quitter son bureau ou son hôpital pour aller à la rencontre de ces personnes, ça ne se fera jamais avec le mode de rémunération actuel», souligne-t-il.

Cesser le discours dénigrant

On valorise mal la médecine de famille au Québec, reconnaît le Dr Gaudreault. Ça reste la spécialité la plus boudée lorsque les étudiants choisissent leur poste de résidence médicale. «C’est une responsabilité sociale que nous avons de mieux valoriser l’exercice de la médecine de famille au niveau de toutes les sphères de la société, y compris les décideurs politiques», dit-il.

«Je dis les décideurs politiques, mais également au niveau de la communauté médicale. Et je pense que ça, ça n’a plus cours, ce dénigrement intra professionnel.»

La présidence du Dr Gaudreault a aussi été marquée par la pandémie de la COVID-19. Selon lui, cela a accéléré le travail d’équipe avec les autres ordres professionnels.

L’élargissement des rôles professionnels continue de prendre de l’ampleur aujourd’hui. Les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) peuvent avoir des patients à leur propre nom, les pharmaciens ont plus d’autonomie dans le traitement de plusieurs maladies et on devrait voir bientôt d’autres mesures pour les physiothérapeutes, entre autres.

«Il y a eu des résistances de la communauté médicale par rapport à l’ouverture que le Collège manifestait. On a été beaucoup ouverts par rapport à l’élargissement des pratiques professionnelles», raconte le Dr Gaudreault.

Les médecins se demandaient surtout si les autres professionnels avaient les compétences nécessaires. «Une fois que la compétence a été démontrée, c’est bien accueilli par la communauté médicale», soutient le Dr Gaudreault.

La Dre Nathalie Saad, qui est pneumologue, a succédé au Dr Gaudreault. Elle est devenue la première femme présidente du CMQ. Au cours de son mandat, elle compte mettre son énergie sur les enjeux entourant le vieillissement de la population, la première ligne et l’accès aux soins de santé.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste