Au cours de la dernière année, le Québec a connu une augmentation du nombre de personnes atteintes de tuberculose (TB), en particulier à Montréal.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le Dr Faiz Ahmad Khan, pneumologue et directeur des services cliniques de lutte contre la tuberculose au Centre universitaire de santé McGill, a constaté une forte augmentation. En 2024, Montréal a vu le taux de tuberculose augmenter de 54 % par rapport à la moyenne des 13 années précédentes, selon le Dr Khan.
«Ce n’est pas une fluctuation, a-t-il affirmé. C’est un renversement de tendance.»
Le ministère de la Santé du Québec indique que le nombre de cas dans la province se situait entre 200 et 280 au cours des trois dernières décennies.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
«En 2025, le nombre de cas signalés est resté élevé (516 cas et un taux d’incidence de 5,8 cas pour 100 000 habitants)», a déclaré Marie-Pierre Blier, porte-parole du ministère.
«À titre de comparaison, le nombre de cas était de 467 en 2024, avec un taux d’incidence de 5,28 pour 100 000 habitants. Ces années sont supérieures au nombre moyen de cas pour les années pré-pandémiques 2015 à 2019 (254 cas avec un taux d’incidence de 3,06 pour 100 000 habitants).»
— - Marie-Pierre Blier, porte-parole pour le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec
En 2025, 516 cas ont été signalés au Québec, Montréal (210 cas) et le Nunavik (117 cas) affichant les taux les plus élevés.
Des cas ont été signalés dans 11 autres régions.
| Région | Nombre de cas en 2025 |
|---|---|
| Saguenay-Lac-Saint-Jean | 5 |
| Capitale-Nationale | 31 |
| Mauricie et Centre-du-Québec | 9 |
| Estrie | 19 |
| Outaouais | 9 |
| Côte-Nord | 6 |
| Chaudière-Appalaches | 11 |
| Laval | 10 |
| Lanaudière | 13 |
| Laurentides | 10 |
| Montérégie | 58 |
Le ministère a affirmé qu’il surveillait de près les zones où les taux d’infection sont plus élevés.
«Par exemple, dans la région du Nunavik, la propagation de la tuberculose reste préoccupante et la situation est surveillée en étroite collaboration avec le RRSSS (santé et services sociaux) du Nunavik», a souligné Mme Blier.
Elle a ajouté qu’un groupe de travail provincial et local s’occupe de la situation en identifiant tous les aspects de la crise et les mesures de suivi. Le ministère surveille en permanence la situation et travaille avec le gouvernement fédéral et les territoires pour élaborer une stratégie nationale.
À Montréal, la plupart des cas recensés depuis 2015 concernaient des personnes nées à l’extérieur du Canada (environ 90 %) et la maladie avait été contractée à l’étranger.
Le ministère de la Santé indique que les sans-abri, les personnes vivant dans un centre de détention et celles vivant sous le même toit qu’une personne atteinte de la maladie courent un risque accru de contracter la maladie.
Long traitement
La tuberculose est une maladie infectieuse causée par le microbe Mycobacterium tuberculosis. Elle peut se développer rapidement après le premier contact avec ce microbe. Elle peut également apparaître plusieurs années plus tard.
Selon M. Khan, il suffit d’inhaler une gouttelette d’eau contenant la bactérie pour contracter la maladie. Il précise qu’il faut plusieurs heures d’inhalation d’air contaminé par la tuberculose pour tomber malade.
«Chez certaines personnes, elle peut s’installer dans notre organisme, ce qui peut nous rendre malades et provoquer des symptômes de tuberculose, puis, lorsque nous toussons, la rejeter dans l’air où d’autres personnes peuvent la respirer et tomber malades à leur tour», explique M. Khan.
Mais, ajoute-t-il, la maladie n’est pas si contagieuse et « il n’y a pas lieu de paniquer à propos de la tuberculose ».
Les symptômes comprennent une toux qui dure plusieurs semaines, de la fièvre, une fatigue importante, une perte d’appétit, des sueurs nocturnes et une perte de poids.
La maladie est traitée à l’aide de plusieurs médicaments pendant plusieurs mois, et la plupart des personnes guérissent lorsqu’elles prennent leurs médicaments comme prescrit, selon le ministère.
M. Khan a toutefois précisé que la tuberculose peut laisser des séquelles chez les patients en cicatrisant les poumons ou en affectant le cœur et les vaisseaux sanguins, ce qui les rend essoufflés dans leurs activités quotidiennes.
«Ces effets peuvent durer toute la vie», a-t-il soutenu.
M. Khan a expliqué que la présence et l’augmentation de la tuberculose reflètent des problèmes structurels liés à la prévention et au dépistage de la maladie.
«Le sous-financement des soins antituberculeux met tout le monde en danger, et pas seulement les groupes les plus vulnérables. L’accès universel aux soins antituberculeux, qui couvre tous les coûts pour les personnes à risque ou atteintes de tuberculose, est beaucoup moins coûteux que la gestion des épidémies, la prise en charge des personnes hospitalisées pour tuberculose et les interventions d’urgence», a-t-il affirmé.
Au Québec, il est obligatoire de se faire soigner en cas de diagnostic. Cependant, M. Khan aimerait que le Québec augmente son financement afin de couvrir les soins liés à la tuberculose pour les personnes qui n’ont pas d’assurance.
«Montréal est vraiment le lieu où la tuberculose mondiale rencontre les réalités locales », a-t-il déclaré. « Cela touche aux questions de migration, d’insécurité du logement et d’inégalités dans l’accès aux soins.»
M. Khan a ajouté que, comme la maladie est contagieuse, c’est un problème qui concerne tous les Québécois.

