Santé

Attention aux possibles «cascades de prescriptions» chez les aînés

«Les gens ne voient pas nécessairement la séquence des événements», a dit l’auteure de l’étude, la docteure Paula Rochon.

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Souvent prescrits pour soulager la douleur, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont associés à une augmentation de la tension artérielle ― ce qui pourra conduire à la prescription d’un nouveau traitement contre l’hypertension, plutôt qu’à une réévaluation du traitement initial contre la douleur. Sur la photo, de l'ibuprofène en vente dans l'Illinois en 2025. Photo AP Souvent prescrits pour soulager la douleur, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont associés à une augmentation de la tension artérielle ― ce qui pourra conduire à la prescription d’un nouveau traitement contre l’hypertension, plutôt qu’à une réévaluation du traitement initial contre la douleur. Sur la photo, de l'ibuprofène en vente dans l'Illinois en 2025. Photo AP (Nam Y. Huh)

Des médicaments courants, des statines aux compléments en fer, peuvent déclencher discrètement des «cascades de prescriptions» qui conduisent les personnes âgées à prendre, sans le savoir, des médicaments destinés à traiter les effets secondaires d’autres médicaments, prévient une nouvelle étude ontarienne.

Les auteurs soulignent que les aînés sont particulièrement vulnérables à ce phénomène, car ils sont plus susceptibles de prendre plusieurs médicaments à la fois en raison de pathologies multiples, ce qui rend plus difficile, tant pour les patients que pour le personnel soignant, d’établir un lien entre un nouveau symptôme et un médicament déjà pris.

«Les gens ne voient pas nécessairement la séquence des événements», a dit l’auteure de l’étude, la docteure Paula Rochon, qui est directrice de la recherche au Weston and O’Born Centre for Mature Women’s Health de Sinai Health à Toronto. «Ça se produit fréquemment, mais ça passe souvent sous le radar. Ce n’est pas comme une irritation de la peau qui apparaît dès le lendemain.»

Une «cascade de prescriptions potentiellement inappropriées» survient lorsqu’un effet secondaire d’un médicament est confondu avec un nouveau problème de santé, ce qui conduit à la prescription d’un autre médicament qui n’aurait peut-être pas été nécessaire au départ et qui pourra lui-même occasionner de nouveaux effets secondaires.

Les auteurs citent en exemple les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Souvent prescrits pour soulager la douleur, ces médicaments sont associés à une augmentation de la tension artérielle — ce qui pourra conduire à la prescription d’un nouveau traitement contre l’hypertension, plutôt qu’à une réévaluation du traitement initial contre la douleur.

L’analyse réalisée par la docteure Rochon et ses collègues a permis d’identifier la vingtaine de cascades de prescriptions potentiellement inappropriées les plus fréquemment observées dans la population et susceptibles de causer des préjudices.

«Bon nombre des médicaments figurant sur notre liste des (cascades potentiellement inappropriées) sont prescrits dans le cadre d’un traitement de longue durée, ce qui signifie que les patients resteront exposés indéfiniment aux risques liés à ces (cascades), d’autant plus que de nouveaux médicaments viennent s’y ajouter au fil du temps, disent les auteurs. Cette liste peut fournir des recommandations ciblées pour identifier les patients à haut risque qui nécessitent une vigilance accrue.»

Les médicaments amaigrissants, une aubaine pour les pharmacies des supermarchés La popularité d’Ozempic et d’autres médicaments à base de GLP-1, utilisés pour traiter le diabète de type 2, a explosé ces dernières années.

Si certains effets secondaires peuvent se manifester très rapidement, d’autres pourront n’émerger que plus tardivement, ce qui compliquera la détection de l’association possible avec la médication, disent les auteurs.

Cela met en lumière, a dit la docteure Rochon, l’importance pour les patients de noter par écrit le nom de la nouvelle médication et la date du début du traitement. Elle invite aussi les patients à réviser régulièrement avec leur médecin ou leur pharmacien les médicaments qui leur sont prescrits.

«Il est important de disposer de ce genre d’informations pour pouvoir éventuellement commencer à discerner les tendances qui se dessinent, a-t-elle précisé. Cela permet de commencer à identifier ce genre d’événements qui pourraient conduire à une cascade de prescriptions.»

Les cascades de prescriptions peuvent «alourdir la charge thérapeutique, réduire l’observance et accroître le risque d’hospitalisation, ce qui souligne l’importance de la prévention», écrivent les chercheurs ontariens.

L’identification d’une cascade, ajoutent-ils, offre «une occasion importante» de procéder à une révision du traitement médicamenteux et de déterminer si des modifications doivent être apportées au traitement initial ou aux traitements ultérieurs.

«Je pense que nous devons réfléchir à l’impact que cela pourrait avoir sur les gens, au fait qu’ils développent des problèmes dont ils n’ont pas forcément besoin et qu’ils suivent des traitements dont ils n’ont pas forcément besoin pour les soigner», a résumé la docteure Rochon.

Il ne faut pas en conclure que les médicaments à l’origine des effets secondaires sont nécessairement inappropriés pour le patient, a-t-elle dit, mais une certaine vigilance est de mise.

L’équipe ontarienne souligne en terminant que les femmes âgées peuvent être davantage exposées aux conséquences néfastes sur la santé d’une prescription inappropriée, car elles vivent plus longtemps, souffrent davantage de maladies chroniques et sont plus susceptibles que les hommes d’être confrontées à la polypharmacie et à des effets indésirables liés aux médicaments.

«Il est donc important d’étudier ces différences potentielles», disent les chercheurs.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical The BMJ.

Jean-Benoit Legault

Jean-Benoit Legault

Journaliste