Le nombre de personnes en situation d’itinérance est en augmentation à travers la province, a confirmé mercredi la ministre de la Santé, Sonia Bélanger. De plus, le portrait de l’itinérance change: on retrouve plus d’aînés et aussi plus de jeunes issus de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).
Selon certains acteurs, l’une des solutions pour améliorer la situation serait d’avoir plus de médecins de rue, et même que tous les étudiants en médecine puissent faire une partie de leur résidence en offrant des soins dans la rue.
Il y a déjà du travail de rue qui se fait, a reconnu Claude Pinard, président du comité exécutif de la Ville de Montréal, à l’occasion d’un webinaire organisé par le Collège des médecins (CMQ), mercredi. «Je pense qu’on devrait bonifier l’offre de médecins de rue», a-t-il déclaré, ajoutant qu’il faudrait changer le mode de rémunération s’il le faut pour qu’il y ait plus de médecins qui offrent ce genre de services de santé.
«Est-ce qu’on pourrait créer cette catégorie de médecins de rue, une médecine sociale, une médecine très, très près des gens, hors édifice ? [...] Ne pas arrêter la conversation à dire que ce serait complexe à installer. N’arrêtons pas ça là. Ayons une conversation qui est basée sur la dignité des êtres humains, et à cause de cette dignité, on va faire en sorte que ça fonctionne.»
Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Fady Dagher, abonde dans le même sens. Au moment où les étudiants en médecine deviennent résidents, il aimerait que ces derniers puissent être jumelés à des policiers. «Ils sont affectés à des stages dans les centres d’urgence, pourquoi ils ne seraient pas affectés dans des stages d’urgences dans la rue avec les policiers, demande-t-il. Donc, de patrouiller avec les policiers, qu’ils voient la réalité sociale dans la rue. Administrer [des soins] dans la rue afin d’éviter les portes tournantes de l’hôpital, désengorger les hôpitaux, les urgences, il y a sûrement un intérêt», avance-t-il.
M. Dagher souhaite que tous les médecins, durant leur cursus de formation, puissent passer du temps dans la rue «pour pouvoir diagnostiquer et faire une différence».
Le portrait de l’itinérance change
Lors du webinaire du CMQ, la ministre Bélanger a fait savoir qu’elle avait consulté les résultats préliminaires d’un dénombrement réalisé en avril 2025 avec l’Institut national de santé publique du Québec.
«C’est un phénomène qui est en augmentation, a-t-elle affirmé. Et lors du dernier dénombrement, il y a plus de trois ans, on estimait qu’il y avait environ 10 000 personnes au Québec qui étaient en situation d’itinérance visible.» Les résultats du dernier dénombrement seront communiqués sous peu, a précisé Mme Bélanger.
Elle a également constaté que le portrait des personnes en situation d’itinérance change au Québec. «On voit de plus en plus de personnes âgées, des personnes avec troubles mentaux, des personnes ayant des problématiques de dépendance, mais aussi des jeunes, en particulier les jeunes qui sortent de la DPJ. Le passage à la vie adulte fait en sorte que c’est un moment de grande vulnérabilité et on retrouve malheureusement de plus en plus de jeunes aussi en situation d’itinérance, les femmes notamment. On voit qu’il y a un changement dans le profil des personnes que, traditionnellement, on pouvait retrouver en situation d’itinérance.»
Des problèmes de santé qui se répètent à l’infini
Le Dr Olivier Farmer, psychiatre, constate que peu de choses se font en amont. Les personnes qui vont à l’urgence pour être soignées y retournent souvent pour les mêmes problèmes de santé, comme un diabète mal contrôlé, des problèmes vasculaires aux extrémités, des abcès, etc.
«Ce sont des problèmes qui vont se répéter à l’infini. Donc, ils vont toujours aller à l’urgence pour les mêmes problèmes. Ils vont avoir un traitement ponctuel et après ils retournent à la rue et ça ne donne rien», déplore Dr Farmer. Il rappelle à ses collègues médecins que chaque soin est une occasion d’amorcer une trajectoire pour aider les gens à se sortir de la rue et aller en logement.
«C’est là que les médecins doivent être sollicités, dans les besoins de prévention. La vaccination, le traitement de l’hypertension artérielle, le traitement du diabète, juste avoir des dents pour pouvoir manger correctement. Ce sont tous des éléments de base. C’est la raison pour laquelle la [Dre Mylène Drouin, directrice santé publique pour la région de Montréal] disait que le logement est un puissant déterminant de la santé. Parce que ce sont des choses qu’on peut faire beaucoup plus facilement en logement que quand on est dans la rue», résume Dr Farmer.
Mme Bélanger a vanté les efforts de son gouvernement pour créer des logements abordables. En 2025, plus de 10 000 logements sociaux et abordables ont été construits et ils sont habités actuellement, a-t-elle mentionné. Pour l’année en cours, 9000 logements abordables et sociaux sont en chantier.

