Le Parti québécois promet un allègement du prix de l’essence, bonifié selon le revenu.
De passage à Longueuil, vendredi, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé à réduire de moitié la TVQ sur l’essence et de cesser d’imposer la taxe sur le prix déjà taxé, ce qui représenterait une diminution évaluée à environ 0,07 $ le litre.
Sur une base annuelle, il s’agirait d’une économie de 200 $ pour l’automobiliste qui fait un plein de 60 litres par semaine. Cette mesure ne serait toutefois pas permanente, mais bien d’une durée d’un an, ce qui priverait l’État de 700 millions $ durant cette année.
Bien qu’il soit en faveur d’un Québec indépendant, cela n’empêche pas M. St-Pierre Plamondon de chercher à s’harmoniser avec les autres provinces. «C’est aussi un enjeu de s’ajuster au reste des autres provinces et d’avoir un prix de l’énergie qui est concurrentiel pour nos entreprises parce que là, le Québec est complètement déconnecté. On a 20 cents de distance avec le prix de l’essence en Ontario. J’ai indiqué quand même assez rapidement à l’époque qu’on devrait tenter d’harmoniser le prix pour que le Québec ne soit pas une juridiction complètement à part qui pénalise ses entreprises et ses particuliers parce que le prix de l’essence est complètement déconnecté. Donc, il y a une part d’harmonisation qui est nécessaire.»
De plus, pour les personnes dont le revenu annuel est inférieur à 40 000 $, il promet un remboursement annuel de l’essence de 125 $, une mesure évaluée à 450 millions $, mais qui serait financée, elle, à même les surplus du Fonds vert. «Notre logique, c’est que pour les 50 % de Québécois qui sont les moins nantis, ce n’est pas vrai que c’est la même pression que pour les 50 % des Québécois les mieux nantis. Donc, on ne peut pas faire que du mur-à-mur. Il fallait agir sur le prix de l’essence, mais il fallait aussi reconnaître que la pression est beaucoup plus forte pour les ménages plus pauvres», a-t-il expliqué.
Une personne qui bénéficierait des deux mesures se retrouverait donc avec une économie annuelle de 345 $, ou 6,63 $ par semaine.
Le chef péquiste reconnaît que les pétrolières pourraient très bien venir combler la baisse et l’empocher, d’où la décision d’en faire une mesure temporaire, précise-t-il. «C’est un risque. Un risque qui ne s’est pas matérialisé partout, mais c’est un risque et si on voit ce comportement-là, évidemment qu’on va changer notre fusil d’épaule et y aller davantage en remise à la population. Donc, on a un engagement ici sur un an qui nous permet ensuite de faire l’évaluation et de voir quelle approche nous permettra de rejoindre le consommateur.»
M. St-Pierre Plamondon a toutefois catégoriquement rejeté l’idée d’imposer un prix plafond à l’essence, estimant que l’État n’a pas à se livrer à une régulation du marché. «On n’est pas dans une économie fondée sur la régulation par l’État des prix. Ç’a déjà été essayé dans l’histoire de l’humanité et ça n’a pas été un succès. On est dans une économie de marché fondée par la concurrence.»
Et si les mécanismes de concurrence ne fonctionnent pas, c’est clairement la faute du fédéral, selon lui. «Il y a un mécanisme pour s’assurer que la concurrence ait lieu. C’est le Bureau de la concurrence, c’est fédéral et c’est un désastre. Ça fait des années... Ça fait des années qu’ils ferment les yeux, qu’ils ne font rien. S’il y a un secret de Polichinelle au Québec, c’est qu’il n’y a pas de concurrence dans le milieu de l’essence.»
Quant à l’argument des experts voulant que de baisser les prix de l’essence encourage la consommation et, en fin de compte, la pollution, il réplique que ce qu’il propose ne s’inscrit pas du tout dans cette logique. «Ils ont raison en général. Si l’essence coûte un dollar, c’est vrai que l’incitatif à prendre des transports collectifs ou à changer pour l’électrique est moindre. Mais il y a un principe en économie qu’ils ont sous-estimé dans leur déclaration, c’est celui de l’élasticité de la demande. (...) Lorsqu’on est autour de 2 $ le litre, si on diminue à 1,93 $ le litre, la propension de la population à changer pour l’électrique ou le transport collectif qui sera nettement moins cher ne change absolument pas. Mais évidemment que si je vous annonçais ce matin qu’on diminue de moitié le prix de l’essence, là vous verriez en effet un impact sur la propension à changer.»
Paul St-Pierre Plamondon a par ailleurs été intrigué par l’idée de ne plus permettre aux pétrolières d’afficher leurs prix dans une devise qui n’existe pas, c’est-à-dire en dixièmes de cent, ce qui permet de créer l’illusion qu’un litre à 1,99,9 $ est moins cher qu’un litre à 2,00 $, reconnaissant qu’il ne s’était jamais posé la question simplement par habitude. «On peut se pencher sur ce sujet-là, puis voir s’il y a une harmonisation réglementaire qui pourrait permettre plus de clarté. Parce qu’en effet, c’est parce qu’on l’a toujours vu comme ça, dès notre enfance. Moi, c’est toujours comme ça que j’ai vu un litre affiché, mais en effet, ça ne correspond pas à la réalité de l’utilisation de la monnaie qu’on a.»
