S’il forme le prochain gouvernement, le Parti libéral du Québec (PLQ) maintiendra la loi 94 interdisant le port de signes religieux chez le personnel dans les écoles.
Cette loi – qui touche également les parents bénévoles, mais pas les élèves – peut créer des situations d’exclusion et des «problèmes», a admis le chef libéral Charles Milliard mardi.
Par exemple, il n’est plus possible pour une mère voilée de venir donner un coup de pouce à l’épluchette de blé d’Inde annuelle organisée à l’école de son enfant.
Or, M. Milliard ne s’engage pas à modifier la loi 94, quitte à déplaire à une partie de son électorat, disant vouloir attendre la décision de la Cour suprême sur la loi 21.
Le plus haut tribunal du pays doit se prononcer prochainement sur la validité de la loi 21, qui interdit depuis 2019 le port de signes religieux à plusieurs employés de l’État au Québec.
«Nous, on a décidé que, pour l’instant, on ne souhaite pas faire de changements», a déclaré M. Milliard en point de presse dans la circonscription de Maurice-Richard, à Montréal.
«Comme l’ensemble des mesures qui ont été mises en place par la Coalition avenir Québec (CAQ), j’ai mentionné que je n’avais pas l’intention de faire de changements dans ces lois.»
M. Milliard avait déjà dit par le passé qu’il ne toucherait pas à la loi 21, mais il ne s’était jamais prononcé spécifiquement sur la loi 94 et les parents bénévoles dans les écoles.
«Pensez-vous que ça crée des situations d’exclusion?», lui a demandé une journaliste, mardi.
«Oui, ça en crée, a-t-il répondu. On voit des exemples (...) qui semblent créer des problèmes. Mais il y a aussi un jugement de la Cour suprême qui va être important dans ce dossier-là.»
«Je pense qu’il va être important d’entendre ça», a-t-il ajouté, disant vouloir être le «leader d’un État de droit». Il a qualifié son approche de «méthodique, non partisane, non politicienne».
«Tasser la marmite du poêle»
Le chef libéral justifie son inaction en disant souhaiter «tasser la marmite du poêle» devant la «surdose d’annonces identitaires de la part du Parti québécois (PQ)».
«On a besoin de changer de ton par rapport à notre vivre-ensemble au Québec», dit-il.
Il rappelle que la cheffe caquiste Christine Fréchette s’est ouvertement questionnée sur la loi 94 – adoptée par son propre gouvernement – dimanche dernier, avant de se rétracter.
«Même Mme Fréchette reconnaît que c’est un problème. Pour moi, c’est un enjeu, mais en ce moment, je pense qu’il faut enlever de la pression», a expliqué M. Milliard.
En réponse à une question, il a reconnu que les enjeux de laïcité avaient fait l’objet de «discussions à l’interne». «Cet alignement-là est celui du parti», a-t-il soutenu.
Élection référendaire: «les gens ne semblent pas réaliser»
Par ailleurs, Charles Milliard déplore que des Québécois «ne semblent pas réaliser que l’élection de lundi enclenche» un processus référendaire.
Selon lui, si le PQ l’emporte, «on va être dans une situation où le gouvernement va vouloir faire des gains davantage pour faire avancer le “Oui” que pour faire avancer le Québec».
«Ça me préoccupe», a-t-il dit, invitant tous ces gens qui «se cherchent une maison» à voter pour son parti au lieu de voter pour le PQ en se disant qu’ils voteront “Non” plus tard.
«Il faut comprendre qu’avec l’élection du PQ, à partir de mardi, on entre dans une ère de chicanes, de négociations avec Ottawa», a-t-il prévenu en mêlée de presse.
«Et on va toujours, au PQ, privilégier ce qui va permettre au “Oui” de grandir, avant de permettre (...) au Québec simplement de grandir», a-t-il réitéré.
M. Milliard faisait campagne, mardi, dans les circonscriptions montréalaises de Maurice-Richard, de Laurier-Dorion et d’Acadie, ainsi qu’à Blainville, dans les Laurentides.
Il a annoncé, lors d’un arrêt dans les bureaux d’Illuxi, qu’un gouvernement libéral accorderait 5 % des contrats informatiques de l’État à des entreprises québécoises.
L’adversaire du PLQ à Montréal est Québec solidaire (QS), alors que c’est le PQ qui devance les libéraux dans Blainville, selon l’agrégateur de sondages Qc125.
Toujours selon Qc125, le PLQ peut s’attendre à remporter entre 31 et 42 sièges lundi prochain. Ça en prend 64 pour former un gouvernement majoritaire.
