MONTRÉAL — Le ministre des Finances sortant, Eric Girard, assure que la Coalition avenir Québec compte harmoniser son régime fiscal pour intégrer la «mégadéduction à la productivité» du gouvernement fédéral, et ce, à coût nul.
En conférence de presse à Montréal, mercredi, M. Girard a encensé la mesure annoncée le 15 septembre par le premier ministre Mark Carney, même s'il maintient, à l'instar de sa cheffe Christine Fréchette, que le Québec aurait dû être consulté, ou du moins averti, avant qu’elle soit rendue publique.
«C'est une excellente mesure pour les entreprises québécoises, c'est une excellente mesure pour le Québec», a déclaré le ministre Girard avant d'ajouter: «Est-ce qu'on aurait dû avoir un préavis de 24 heures? Oui.»
Questionné sur la façon dont Ottawa a géré ce dossier, le ministre fédéral des Finances, François Philippe-Champagne, a défendu son approche, affirmant qu'il avait discuté avec M. Girard lors du Sommet canadien de l’investissement après l'annonce.
«En fait je l'ai confronté et il m'a dit que ce n'était pas possible de nous informer. Aucune province ou territoire n'a été informée», a raconté ce dernier.
La mégadéduction à la productivité permettrait aux entreprises de déduire l'entièreté de leurs dépenses en biens, comme l'achat de machinerie, de matériaux de construction ou de nouvelles technologies.
Québec estime que cette mesure priverait le gouvernement d'un revenu brut de 1 milliard $ par année, soit environ 5 milliards $ pour cinq ans.
Cependant, M. Girard a soutenu que cette harmonisation n'aurait aucun impact sur les finances de l'État si la CAQ formait le prochain gouvernement. S'appuyant sur une étude de la Banque TD, il a estimé que cette mégadéduction pourrait générer 600 millions $ en croissance économique.
L'étude précise que «la hausse potentielle de la croissance du PIB réel pourrait se situer entre 0,3 % et 0,8 % pendant la période de mise en œuvre»; les projections du ministre se fient sur une croissance de 0,5 %.
Et le 400 millions restant? Un gouvernement caquiste fermerait cet écart en resserrant deux crédits à l'investissement du Québec: le crédit d'impôt pour investissement et innovation et le congé fiscal pour grands projets d'investissement. À eux deux, ces crédits d'impôt représentent des dépenses de 938,3 millions $, qu'il est possible de réduire de près de moitié, mais seulement «si c'est bien fait».
À moins de deux semaines du vote, M. Girard a tenté de faire valoir qu'il était l'homme de la situation pour effectuer ces économies. «Il n'y aura pas d'impact sur le cadre financier, mais ça nécessite encore une fois une expertise pour resserrer avec précision (les deux crédits d'impôt)», a-t-il promis.
Le ministre des Finances, qui sollicite un troisième mandat dans la circonscription de Groulx, a écorché au passage le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec.
Réduire «l'impôt des sociétés pour l'ensemble des revenus des entreprises», comme le proposent ces deux formations politiques, «ne crée aucun nouvel investissement», a-t-il allégué.
A contrario, la mesure fiscale du fédéral que la CAQ compte intégrer, «elle est précise, elle est chirurgicale, elle s'adresse aux nouveaux investissements et c'est précisément ce qu'on veut générer au Québec et au Canada», a souligné M. Girard.
Samira Ait Kaci Ali, La Presse Canadienne

