«Je crois qu’il y a déjà eu des affiches installées auparavant, mais je pense qu’elles ont toutes connu le même sort», affirme Kenneth Deer, porte-parole de la Nation mohawk de Kahnawà:ke.
M. Deer fait référence à une affiche de campagne du Parti québécois installée sur la route 207, à la bretelle d’accès à l’autoroute 30, dans la communauté Kanien’kehá:ka (mohawk) située au sud de Montréal.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La pancarte a été retirée sans ménagement par un membre de la communauté à l’aide d’une masse. Celui-ci a déclaré à CTV News qu’il était furieux qu’un parti politique québécois tente de faire campagne dans sa communauté.
M. Deer est impliqué dans le mouvement international des peuples autochtones et participe souvent à des forums aux Nations Unies et ailleurs.
La colère de ce membre de la communauté reflète probablement des sentiments similaires au sein de la collectivité, selon lui, «Je ne pense pas qu’il y ait qui que ce soit en ville qui se plaigne que quelqu’un soit allé retirer l’affiche», a-t-il dit.
Le grand chef Cody Diabo, du Conseil mohawk, a visionné la vidéo et espère qu’elle rappellera aux partis politiques québécois les traditions de sa communauté.
«Nous ne participons pas», a-t-il affirmé. «J’ai simplement pensé qu’il s’agissait d’un membre de la communauté qui exprimait ses sentiments sur la question.»
Le wampum à deux rangs
Kenneth Deer a expliqué que le peuple Kanien’kehá:ka n’est ni canadien ni québécois et ne s’implique pas dans les élections extérieures. De même, ces gouvernements n’interfèrent pas avec les actions politiques ou culturelles sur le territoire autochtone.
«Cela repose sur cette relation à deux rangs, cette relation de nation à nation», a-t-il dit.
Dans la relation des «deux rangées», les non-Autochtones sont représentés par un grand voilier et les Autochtones par un canot, naviguant ensemble sur le fleuve de la vie.
«Selon cette philosophie, nous estimons que ce serait une violation de cette relation si nous nous immiscions dans le choix de la personne qui barre leur voilier, et ils ne devraient pas s’immiscer dans le choix de la personne qui barre notre canot», a affirmé M. Deer.
Geoff Kelley a occupé pendant huit ans le poste de ministre libéral des Affaires autochtones (aujourd’hui appelé ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits). Il a assuré la liaison entre la Ville de Québec et le Conseil mohawk de Kahnawake.
Il a souligné que les partis politiques doivent être conscients de la relation « à deux rangées », mais, fort de son expérience de plusieurs campagnes électorales, il a mis en garde contre le fait d’accorder trop d’importance à la décision d’un membre du personnel du PQ d’ériger cette affiche à Kahnawake. M. Kelley a expliqué que ces affiches sont mises en place par des bénévoles bien intentionnés, qui n’étaient peut-être pas au courant des réalités de Kahnawake.
«Dire que cela envoyait un message à une communauté ou quelque chose du genre, j’attendrais un peu avant de l’affirmer», a-t-il ajouté. «Mon fils (Gregory Kelley, candidat libéral de Jacques-Cartier) le fait maintenant, je l’ai fait pendant sept élections, et vous essayez de convaincre des bénévoles d’aller coller des affiches sur les poteaux téléphoniques.»
Non-participation
Geoff Kelley a souligné qu’il est important de se rappeler que les Autochtones du Canada n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1960, et en 1969 au Québec. «Pendant longtemps, ils ont été exclus de nos élections; c’est pourquoi certaines Premières Nations choisissent de ne pas y participer, ce qui est tout à fait dans leur droit», a-t-il dit.
Bien qu’ils en aient le droit, les membres de la communauté de Kahnawake votent rarement, voire jamais, aux élections fédérales ou provinciales, et il n’y a pas de bureaux de vote sur le territoire.
«Nous ne participons pas parce que ce n’est pas notre système», a rapporté M. Diabo. «Ce n’est pas notre système de gouvernement, ni notre système politique. Nous restons dans notre domaine, et nous nous attendons à ce que les gouvernements fédéral et provincial restent dans le leur.»
De plus, Élections Québec a indiqué que la Loi électorale du Québec ne s’applique pas sur les territoires autochtones, car ceux-ci relèvent de la compétence fédérale.
«Il serait donc préférable que les partis et les candidats qui souhaitent installer des affiches électorales sur le territoire d’une réserve ou d’un territoire autochtone vérifient auprès des autorités de la réserve ou du territoire en question», a indiqué la porte-parole Julie St-Arnaud-Drolet.
Le Parti québécois n’a pas répondu aux demandes de commentaires de CTV News.
«Une méconnaissance de notre position politique»
Kenneth Deer estime que l’installation de cette affiche témoigne d’un manque de compréhension et d’un besoin de sensibilisation.
«Je pense, encore une fois, que le Parti québécois n’a pas conscience, sur le plan politique, de la situation politique et des relations entre les peuples autochtones, la population québécoise et la population canadienne», a-t-il souligné. «Cela continue de démontrer une méconnaissance de nos positions politiques et de notre vision des élections québécoises et canadiennes.»
«Il y a toujours plus à faire pour comprendre les questions de compétence, quels sont les pouvoirs et la compétence d’une communauté, d’un conseil de bande, des chefs traditionnels», a précisé Geoff Kelley. «Il y a toujours des questions importantes.»
M. Deer aimerait que les gouvernements extérieurs fassent preuve de plus de respect envers les peuples autochtones. «Parce qu’ils ne comprennent pas les peuples autochtones, je pense que c’est là une différence fondamentale, et c’est pourquoi nous avons tendance à connaître des conflits ou des affrontements : ils ne comprennent pas vraiment notre point de vue, ce qui mène à des malentendus», a-t-il ajouté.
