BLAINVILLE — Un parti politique français s'ingère dans la campagne électorale québécoise pour appuyer Québec solidaire (QS).
La France Insoumise (LFI), une formation d'extrême gauche française qui comporte une aile québécoise, participera lundi à une activité organisée par l'équipe de campagne de Sol Zanetti, le co-porte-parole masculin de QS, dans sa circonscription de Jean-Lesage.
Soulignons que les interventions d'un parti ou d'un État étranger dans les affaires internes d'un autre État sont considérées comme de l'ingérence.
Dans une capture d'écran transmise à La Presse Canadienne, Wilfried Supper, de LFI Québec, lance un appel à d'autres sympathisants en faisant savoir que le parti sera présent lors d'une rencontre avec la députée QS sortante Manon Massé, puis fera du porte-à-porte.
«L'occasion de rencontrer des membres de QS et de soutenir leur campagne», peut-on lire.
À 17 h 00 il est prévu que des discussions politiques auront lieu au local électoral de M. Zanetti.
Appelé à préciser la nature du soutien de LFI à la campagne de QS, l'attaché de presse de la campagne de Ruba Ghazal, Victor Wong, a précisé que l'activité était bien organisée par QS et non par LFI.
Il a indiqué que le bénévole qui a envoyé le message s'implique avec LFI «indépendamment» de son engagement pour QS.
L’attaché de presse de QS a toutefois estimé qu’il ne s’agissait pas d’ingérence, en donnant l’exemple de personnes du Parti québécois qui ont milité pour le Bloc québécois.
Une série de questions ont été transmises par La Presse Canadienne à M. Supper pour qu'il explique notamment pourquoi son groupe LFI soutient QS et quelle la nature de l'appui à la campagne de M. Zanetti et de QS.
M. Supper n'avait pas donné suite à nos demandes en soirée.
En 2025, le fondateur de LFI, le controversé Jean-Luc Mélenchon, était venu faire une visite au Québec et participer à une activité de QS. Il avait alors partagé la tribune avec Ruba Ghazal.
Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, il avait soutenu que la gauche devait ne pas craindre de «cliver» et ne pas seulement être préoccupée par sa «bonne image».
Tribun réputé, il est lui-même connu pour avoir lui-même une personnalité clivante.
M. Mélenchon entretenait des liens avec les présidents vénézuélien Hugo Chavez et bolivien Evo Morales et il est accusé par ses adversaires de reprendre les positions de Vladimir Poutine.
Il a fait savoir plus tôt cette année qu'il allait être candidat à l'élection présidentielle de 2027.
En juin 2024, Ruba Ghazal avait fait campagne pour inciter les nombreux Français vivant au Québec à voter pour le Nouveau Front populaire français (NFP), coalition qui comprend LFI. Mme Ghazal avait toutefois précisé que cet appui ne signifiait pas qu’elle devenait porte-parole de ces formations ni qu’elle était d’accord avec toutes leurs positions.
Au premier tour de la présidentielle française de 2022, M. Mélenchon est arrivé premier à Montréal avec 34,88 % des suffrages exprimés par les Français expatriés qui s'étaient déplacés pour voter, devant Emmanuel Macron à 31,85 %, tandis que Marine Le Pen était cinquième à 3,97 %. À Québec, M. Macron était arrivé premier avec 30,34 %, suivi de M. Mélenchon à 28,13 %.
Ingérence
Rappelons qu’il n’est pas d’usage pour les partis et les élus étrangers d’intervenir dans les affaires et la politique interne d’un autre État.
Cela est considéré comme de l’ingérence étrangère et les gouvernements sont en général prompts à dissuader ou à dénoncer toute ingérence dans ce qui est considéré comme du domaine réservé.
Ainsi, jamais une formation politique québécoise ou canadienne n’a osé se prononcer sur la politique intérieure française ou s’y ingérer.
D’ailleurs, la politique officielle du gouvernement français concernant l’avenir politique du Québec et le mouvement indépendantiste québécois en est une de «non-ingérence, non-indifférence». Ottawa a d’ailleurs déjà manifesté son irritation à propos de cette «non-indifférence».
En 2023, le gouvernement fédéral a mis sur pied la Commission sur l’ingérence étrangère, une enquête publique pour examiner les ingérences de la Chine, de la Russie et d'autres acteurs dans les élections fédérales de 2019 et 2021.
Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

