«La CAQ est incapable de gérer les projets informatiques.»
Des révélations sur les dépassements de coûts en lien avec le développement d’un système de Santé Québec rend Charles Milliard «à boutte» et a donné beaucoup de munitions au chef du Parti libéral du Québec (PLQ) pour tirer à boulets rouges vers Équipe Christine Fréchette lundi en pleine campagne électorale.
«Qu’est-ce que Christine Fréchette n’a pas compris dans la gestion de ce dossier-là?», a lancé M. Milliard en marge d’une annonce électorale à Montréal, près de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Les autres partis ont joint sa voix à celle du chef libéral dans d’autres points de presse matinaux.
Radio-Canada a rapporté dans un article publié lundi matin que la facture de la relance du projet informatique du Système d’information en finances et en approvisionnement (SIFA), qui doit remplacer une quarantaine de systèmes informatiques anciens en finances et achats dans le système de santé, est passée d’un budget autorisé de 96 millions de dollars (M$) en 2022, à des centaines de millions de dollars de plus au printemps et début de l’été 2026.
«C’est une décision qu’elle a prise»
«C’est un autre système informatique de la CAQ qui engloutit de l’argent, qui engloutit les fonds publics», a lancé Charles Milliard, qui demande à Christine Fréchette des explications et se tient visiblement prêt à aborder le sujet auprès de la cheffe caquiste lors des débats des chefs cette semaine.
«Qu’est-ce qu’espérait la CAQ?», a demandé le chef libéral en point de presse. «Que ça ne sorte pas avant le 6 octobre. Ben, chers amis, on est le 14 septembre, demain il y aura un débat des chefs, et j’espère que demain, peut-être aujourd’hui, Christine Fréchette sortira de son mutisme pour commenter ce sujet là.»
D’après le chef libéral, Mme Fréchette est «première ministre en date de 2026», «y’a pu de François Legault», et donc la cheffe du parti ne peut pas blâmer l’administration de son prédécesseur. «C’est une décision qu’elle a prise», a souligné le leadeur du PLQ.
Selon ce que révèle Radio-Canada, le gouvernement de Christine Fréchette a décidé de relancer le projet informatique SIFA de Santé Québec, même si ses propres experts lui recommandaient de ne pas aller de l’avant.
Une analyse réalisée par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, KPMG et MNP relève plusieurs problèmes: des coûts manquants ou sous-estimés, des retards importants, une mauvaise planification et des risques de nouveaux dépassements.
Malgré ces avertissements, le Conseil des ministres a autorisé la reprise du projet en juillet. Le gouvernement avait alors annoncé une nouvelle enveloppe de 329 M$, mais Radio-Canada rapporte que le coût estimé était déjà rendu à 464,8 M$ et qu’il pourrait avoisiner le milliard de dollars à terme.
«C’est une décision qui a été prise par le Conseil avec toute l’information disponible», s’est fâché Charles Milliard lundi à Montréal.
Le PQ promet une pause des projets informatiques
Tout juste de l’autre côté du fleuve Saint-Laurent, à Longueuil, la candidate péquiste Marie-Claude Sarrazin dans la circonscription de Groulx a fait écho aux propos de M. Milliard.
«C’est à mon sens irresponsable qu’on conseil de ministres d’un gouvernement en fin de parcours adopte un décret en plein été pour autoriser une dépense supplémentaire de 900 millions de dollars […] alors que tous les voyants étaient au rouge», a déclaré l’avocate qui a été procureure lors de la commission d’enquête sur SAAQclic.
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), voit aussi le rouge que Mme Fréchette n’aurait pas vu, sous forme de drapeaux.
«Ça fait un bout de temps, depuis que Christine Fréchette est à la CAQ, qu’elle se cache derrière le bilan de la CAQ, en disant que ce n’est pas sa faute, alors que c’est elle qui a donné le go à ce projet-là; c’est elle qui l’a fait malgré tous les drapeaux rouges soulevés», a affirmé Mme Ghazal dans un point de presse électoral où elle voulait traiter de la dynamisation de l’Est de Montréal.
«On a une autre démonstration de l’incompétence des la CAQ en matière de gestion des fonds publics», a pour sa part lâché Me Sarrazin en marge d’une sortie publique de son collègue député sortant de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé.
«Cette incompétence est signée Christine Fréchette.»
— Me Marie-Claude Sarrazin, candidate péquiste dans Groulx
Les experts remettent en question les économies promises par Santé Québec. La société d’État affirme que le SIFA permettra d’économiser au moins 1,1 milliard de dollars (G$), mais l’analyse juge ces bénéfices surestimés et mal documentés.
Santé Québec défend toutefois sa décision de poursuivre. Elle soutient que maintenir les vieux systèmes coûterait aussi très cher et que la modernisation demeure nécessaire.
Au Parti québécois (PQ), on promet un «pause dans les projets informatiques», «non pas pour les abandonner, […] mais pour ne pas les faire sur la même mauvaise lancée», dit la candidate péquiste.
Me Marie-Claude Sarrazin promet aussi un «audit de tous les projets informatiques en cours pour éviter des projets «mammouths» qui mènent à la «dérive».
Les parallèles avec SAAQclic
Le chef libéral fait tous les parallèles possibles avec le fiasco SAAQclic de la Coalition avenir Québec (CAQ). Il y a «beaucoup de similitudes», a-t-il réalisé.
«Premièrement, c’est le même montant ; deuxièmement, c’est le même parti, troisièmement; c’est le même fournisseur», a énuméré le chef libéral.
«C’est pire que SAAQclic, ce qu’il se passe aujourd’hui», a pour sa part dramatisé le chef conservateur, Éric Duhaime, en parlant d’un «autre fiasco», d’un «nouveau SAAQclic» en marge d’une annonce électorale en immigration au centre-ville de Montréal.
«Pire que pire, ils n’ont même pas écouté les signaux de leur propre machine et vont de l’avant», a dit M. Duhaime en la CAQ du doigt et en appelant, comme Charles Milliard, à des explications de la part de la cheffe du parti.
«C’est une décision qui a été prise il y a moins de deux mois. Mme Fréchette doit répondre de ses actes. […] Mme Fréchette va devoir répondre aujourd’hui.»
— Éric Duhaime, chef du PCQ
Le projet SAAQclic devait moderniser les systèmes informatiques de la Société de l’assurance automobile du Québec et permettre aux citoyens d’effectuer davantage de transactions en ligne.
Son déploiement, en février 2023, a toutefois viré au fiasco. Des problèmes informatiques ont paralysé plusieurs services de la SAAQ et provoqué d’importantes files d’attente dans les points de service.
La facture du projet a également explosé. Initialement évaluée à 638 M$ en 2017, la transformation numérique de la SAAQ pourrait finalement coûter environ 1,1 G$ d’ici 2027, soit près de 500 millions de plus que prévu.
La vérificatrice générale a ensuite soulevé d’importants problèmes dans la gestion du projet, notamment dans le suivi des coûts et des risques. La controverse a éventuellement mené à la démission du ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, en février 2025, puis à la création de la commission Gallant pour faire la lumière sur la gestion du projet.
La réponse de Duranceau
Au moment d’écrire ces lignes, Christine Fréchette n’avait pas fait de déclaration publique sur le sujet, mais France-Élaine Duranceau a publié un message sur X sur l’heure du midi.
La présidente du Conseil du trésor et ministre sortante de la Cybersécurité et du numérique croit que le projet autorisé par le Conseil des ministres se chiffre à 329,4 millions de dollars; que «le 1 G$ qui circule n’est pas le coût de SIFA», a-t-elle écrit.
La ministre sortante calcule également que le projet permettra, à terme, 1,2 milliard de dollars en économies.
«On avait deux options : tout abandonner en perdant les sommes déjà investies, sans obtenir un système modernisé, et payer une pénalité de plusieurs millions de dollars pour bris de contrat», dit Mme Duranceau, qui est d’avis que son parti a fait preuve «de courage politique».
«On a autorisé Santé Québec à relancer le projet à l’intérieur de balises, et non pas à foncer tête baissée», assure Mme Duranceau. «Tous les drapeaux rouges ont été soulevés et pris en considération dans notre recommandation.»
Au nom de la CAQ, Mme Duranceau promet qu’un «comité de suivi qui devra rendre compte mensuellement des dépenses encourues et effectuer un retour obligatoire au Conseil des ministres d’ici le 30 janvier 2027 afin de démontrer que les coûts, l’échéancier et la capacité de livrer correspondent à ce qui a été approuvé».
En préparation pour les débats télévisés à venir, incluant celui présenté sur Noovo et Crave mercredi, Mme Fréchette n’avait pour sa part pas de sortie électorale publique officielle à son programme lundi, mais on la reverra bien vite.
Tous les chefs des principaux partis politiques québécois seront réunis le mercredi 16 septembre à 20h pour un débat dont le format sera inspiré de l’émission Les Débatteurs de Noovo.
La première ministre sortante, Christine Fréchette, le chef libéral, Charles Milliard, ainsi que Paul St-Pierre Plamondon (PQ), Ruba Ghazal (QS) et Éric Duhaime (PCQ) auront l’occasion d’exposer leur vision pour le Québec de demain, avant les élections provinciales du 5 octobre.
C’est l’animateur Michel Bherer qui sera aux commandes de la soirée produite par Noovo Info. Le débat des chefs et les autres contenus liés à celui-ci seront accessibles gratuitement sur Crave.
