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Les habitants du campement Notre-Dame peu intéressés par la campagne électorale

«Il y a eu des promesses qui ne sont peut-être pas à la hauteur des besoins exprimés par les organismes communautaires.»

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Itinérance: le message des personnes en situation d’itinérance et des intervenants aux partis politiques L’itinérance semble être l’une des priorités de plusieurs partis politiques en vue des élections. Des politiciens parlent du problème, mais vont-ils sur le terrain à la rencontre des intervenants et des personnes en situation d’itinérance?

Dan Dumont affirme qu’il n’a pas suivi la campagne électorale au Québec.

Il explique qu’il souffre de plusieurs problèmes de santé, notamment de caillots sanguins dans le cerveau et d’un cancer métastatique. Ses bras et ses mains sont couverts de croûtes, et il raconte se faire mordre par des araignées et des insectes chaque nuit.

Mais bien qu’il ne se soit pas intéressé à la politique, lui et bon nombre de ses voisins sont devenus centraux dans la campagne électorale.

M. Dumont vit dans la rue depuis plus de six ans et a installé deux tentes dans un grand campement de la rue Notre-Dame, dans l’est de Montréal. Environ 200 tentes abritent les habitants du campement sur cette bande d’herbe située à deux pas d’une vue magnifique sur le fleuve Saint-Laurent.

C’est une petite communauté où plusieurs personnes se disent plus préoccupées par l’arrivée du froid que par les élections du 5 octobre.

«Je peux pas rester dehors cet hiver», a déclaré M. Dumont.

Le campement a accaparé l’actualité de la campagne électorale après que la police a révélé, le 17 septembre, que quelqu’un y avait amené un bébé. Les autorités municipales estiment qu’environ 180 personnes vivent sur le site.

«D’une tristesse infinie», «gênant»: le dossier de l’itinérance retient l’attention au jour 22 de la campagne électorale Voyez le compte-rendu de Jean-François Poudrier.

«Gênant pour notre société»

Tous les chefs de parti du Québec ont exprimé leur indignation ou se sont dits embarrassés par cette information, qui a propulsé l’enjeu de l’accessibilité au logement au premier plan de la campagne. Le bébé a même été l’un des premiers sujets abordés avec les chefs de parti lors de leur troisième et dernier débat.

Le gouvernement du Québec a indiqué qu’un peu plus de 12 000 personnes vivaient dans la rue en 2025, ce qui représente une augmentation importante au cours de la dernière décennie. Les estimations provinciales indiquent que ce nombre a augmenté de 44 % entre 2018 et 2022, suivi d’une hausse supplémentaire de 19 % au cours des trois années suivantes.

Selon le gouvernement, environ 42 % de la population sans domicile fixe de la province vivait à Montréal en 2025.

«C’est gênant pour notre société. On est une société riche», a déclaré le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, lors d’un arrêt de campagne le 17 septembre.

«On ne devrait pas accepter ça. Des solutions, il y en a.»

Le campement est situé dans la circonscription que le chef du PQ a représentée à l’Assemblée nationale du Québec. S’adressant aux journalistes, il a dit qu’il ferait du sort des itinérants la «priorité sociale du gouvernement».

La découverte du bébé a également perturbé la campagne de la cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, l’amenant à rencontrer la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, vendredi soir. À l’issue de cette rencontre, Mme Fréchette a affirmé aux journalistes qu’elle avait promis de collaborer avec la mairesse sur un certain nombre de dossiers, notamment le logement de transition et la santé mentale, si son parti formait à nouveau le gouvernement.

Mais la réaction des responsables politiques ne se répercute pas auprès de toutes les personnes les plus touchées.

Scepticisme au campement

M. Dumont a dit qu’il n’avait aucune idée que le campement avait fait la une des journaux et qu’il n’avait pas entendu parler du bébé qui avait été retrouvé. Il a expliqué qu’il était trop occupé à se soucier des voleurs et de sa santé.

Il a néanmoins une demande à adresser au prochain gouvernement du Québec: accélérer la rénovation du parc de logements sociaux afin qu’il puisse avoir un toit au-dessus de sa tête.

Mais M. Dumont et d’autres personnes sans domicile fixe se disent sceptiques quant à la volonté du prochain gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour aider à résoudre leurs problèmes ou quant à l’idée de s’associer au processus politique.

Les organismes locaux ont également intensifié leurs pressions sur les chefs de parti, en organisant mercredi matin une manifestation devant l’Assemblée nationale.

Des promesses qui ne sont «pas à la hauteur»

À Québec, la Maison Revivre vient en aide aux personnes dans le besoin. Son directeur général François Dumont (qui n’a aucun lien de parenté avec Dan Dumont) affirme que le secteur communautaire se réjouit que les responsables politiques prennent au sérieux la question des sans-abri. Mais il estime qu’ils doivent aller plus loin.

«Pour nous, c’est important que le message soit entendu, que les ressources soient insuffisantes présentement. Tant au niveau du logement qu’au niveau des services aux personnes plus vulnérables, mais aussi au niveau des organismes communautaires», a-t-il soutenu.

«Il y a eu des promesses qui ne sont peut-être pas à la hauteur des besoins exprimés par les organismes communautaires.»

De retour à Montréal, à quelques tentes de Dan Dumont, un autre résidant du campement, connu sous le nom de Devint, aidait un homme à réparer son vélo. Avec ses amis, il a monté plusieurs tentes qui font office de garage, de remise à outils, de placard et de chambres, le tout protégé par une clôture de fortune.

Devint est considéré comme le «porte-parole» du campement. La Presse Canadienne a accepté de ne pas publier son nom complet, car il craint des répercussions sur d’éventuelles occasions d’emploi et sur ses enfants, qui ne vivent pas avec lui dans le campement.

Protection de la jeunesse: le PQ s’engage à réaliser le projet Agora Déclic Le PQ s’engage à supporter le projet Agora Déclic qui aménagera 144 logements pour héberger des jeunes issus de la DPJ. Cette aide s’ajoute au plan du PQ de réduire de moitié l’itinérance d’ici 2030.

Sa plus grande crainte est que le campement soit à nouveau démantelé, le laissant sans nulle part où aller. La Ville a procédé à plusieurs reprises au démantèlement de la zone ces dernières années, mais les tentes sont toujours revenues. Un porte-parole de la Ville a déclaré dans un courriel qu’il n’était pas prévu de retirer les tentes de Notre-Dame.

Mercredi, la police a annoncé avoir procédé à une arrestation dans le cadre d’une enquête sur un réseau de trafic de drogue ciblant les personnes vulnérables du campement. Elle précise qu’un homme de 23 ans fait l’objet de plusieurs chefs d’accusation liés aux armes et à la drogue, après que la police a saisi des drogues dures et d’autres éléments de preuve sur place.

«Qu’ils viennent s’asseoir une semaine»

Devint ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de la campagne électorale. Il croit que les politiciens sont déconnectés de la réalité de la rue. Et il a ri des promesses visant à réduire de moitié le nombre de sans-abri d’ici 2030.

«Comment qu’ils vont faire? Qu’ils viennent m’en parler, on va voir s’ils vont réussir. Parce qu’il y a bien des affaires là-dedans qu’ils comprennent pas», dit-il.

«Qu’ils viennent (s’asseoir) juste une semaine, je te dis après deux jours ils seront plus là.»