Les réactions n’ont pas tardé, vendredi, après que La Presse Canadienne eut publié une entrevue avec le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, dans laquelle il a dit évaluer à 130 millions $ le coût d’un prochain référendum, soit 110 millions $ pour le scrutin et 10 millions $ par année dans les deux années précédentes pour la préparation.
La réaction la plus virulente est venue du chef conservateur, Éric Duhaime, qui a affirmé d’entrée de jeu que «tranquillement, le jupon commence à dépasser de M. Plamondon».
Se trouvant devant un supermarché, il a invoqué «le monde qui ont (sic) de la misère à payer leur épicerie quand ils arrivent à la caisse. Puis pendant ce temps-là, le gouvernement du Parti québécois voudrait dépenser 130 millions de dollars pour leur référendum. Comment ils peuvent être aussi déconnectés de la préoccupation du monde, puis du vrai monde? Je suis découragé de voir que le Parti québécois est imperméable à écouter ce que l’écrasante majorité des Québécois souhaitent. C’est-à-dire, oubliez ça, mettez ça en veilleuse, puis occupez-vous des problèmes qui nous préoccupent», a-t-il laissé tomber, en invoquant la crise du logement, l’accès à la propriété, la santé et l’endettement. La seule solution pour éviter ces dépenses, selon lui, est de confier la balance du pouvoir au Parti conservateur.
Et le coût de l’An 1?
Christine Fréchette, de son côté, estime qu’il s’agit de beaucoup d’argent qui serait plus utilement dépensé ailleurs, mais elle a surtout reproché au Parti québécois son «absence de transparence», soulignant que celui-ci ne chiffre pas l’autre portion de l’équation, soit le coût de la souveraineté elle-même.
«Qu’en est-il de l’année 1 d’un Québec souverain? Ils sont complètement muets là-dessus. (…) Ça, c’est un 130 millions de dollars qui, franchement, pourrait être investi ailleurs, mais c’est surtout qu’ils ont développé un document de 500 pages sur un Québec souverain. Mais étonnamment, ce document de 500 pages n’a pas de connexion avec la réalité. Il n’est pas dans leur cadre financier. À quoi bon nous décrire ce que sera un Québec souverain si cette réalité-là, d’un Québec souverain, n’apparaît pas dans leur cadre financier?».
La cheffe caquiste a dit croire que cette façon de faire n’inspirera pas confiance aux électeurs québécois.
Du côté des libéraux, le chef Charles Milliard s’est interrogé sur l’évaluation, non pas des coûts du scrutin, mais des dépenses préalables. «Je n’ai pas moi-même fait le calcul parce que ce n’est pas dans mes priorités, mais ça m’apparaît peu, surtout la portion pré-référendum. (…) Tout ce qu’il y a de préparation, on se rappelle ce qui s’est passé en 1995. Ça a coûté assez cher aussi.»
Le chef libéral a invoqué les multiples sondages montrant que la grande majorité des Québécois ne souhaitent pas de référendum, ajoutant: «je ne dis pas que c’est illégitime, je dis que ce n’est pas souhaitable d’aucune façon».
«La démocratie a un prix»
Pour Québec solidaire, la somme n’a soulevé aucun tollé, ce qui n’est guère étonnant puisque la formation, comme l’a rappelé sa cheffe parlementaire, Ruba Ghazal, est aussi souverainiste. «Nous voulons faire l’indépendance du Québec en ralliant la population, puis en consultant la population le plus largement possible, et on a prévu aussi un montant pour cet exercice démocratique très sain et très important pour faire un pays pour le peuple, par le peuple.» Avant même qu’il soit question d’un scrutin, Québec solidaire a prévu un montant de 220 millions $ pour une assemblée constituante.
Confronté aux réactions de ses adversaires, Paul St-Pierre Plamondon a fait valoir que «la démocratie a un prix», mais qu’elle est supérieure à d’autres systèmes où la population n’est pas consultée. «Consulter les gens puis les laisser décider, c‘est un système qui fonctionne mieux et qui a un certain prix, mais qui n’est pas un prix non plus démesuré», a-t-il affirmé.
Il a cependant ajouté que l’objectif est également «de mettre fin au gaspillage du fédéral qui dédouble tout ce qu’on fait. Et qui gaspille comme nulle part ailleurs et ça nous coûte des milliards de dollars», a-t-il poursuivi en invoquant les scandales du système de paye Phoenix, du système de traitement de prestations aux aînés Curam et de l’application ArriveCan.
