Le vieillissement de la population transforme les besoins en santé. L’Association des médecins gériatres du Québec (AMGQ) propose des solutions aux partis politiques, l’une d’elles étant de créer des postes d’infirmières pivots en gériatrie pour mieux coordonner les parcours de soins des aînés.
L’idée s’inspire des infirmières pivots qui existent dans le Programme québécois de cancérologie. L’objectif est de favoriser une prise en charge plus fluide et individualisée entre les différents professionnels impliqués dans les trajectoires de soins d’une personne âgée malade.
La Dre Julia Chabot, présidente de l’AMGQ, souligne d’emblée que certains aînés sont en très bonne santé. Les gériatres mettent leur énergie sur ceux qui ont un «vieillissement plus difficile», notamment les personnes avec des troubles neurocognitifs, comme l’Alzheimer.
L’infirmière pivot en gériatrie serait là pour aider à naviguer à travers le système de santé. «On peut s’imaginer que le patient ou le proche aidant, par exemple, pourrait appeler et dire: “écoutez, il se passe une telle situation, est-ce que je dois aller à l’urgence? Est-ce que c’est le CLSC que je dois contacter?”», illustre Dre Chabot.
Les personnes de 65 ans et plus représentaient 20 % de la population en 2021, mais comptaient pour 47 % des dépenses de santé, selon une publication de 2024 de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. Cette tendance va s’intensifier au cours des prochaines années avec le vieillissement de la population. Pour mieux adapter l’organisation des soins aux besoins des personnes âgées, l’AMGQ souhaite que le gouvernement mette sur pied un Programme québécois de gériatrie.
«Les soins de santé qui sont donnés à nos personnes âgées deviennent de plus en plus complexes. Les gens ont plus de comorbidité, de problèmes de santé, prennent de plus en plus de médicaments, on voit de la perte d’autonomie, des troubles cognitifs», décrit Dre Chabot.
Les gériatres sont les spécialistes des problèmes de santé des personnes âgées. Mais un aîné, même avec plusieurs enjeux de santé, n’a pas nécessairement besoin d’un gériatre. Parfois, c’est un physiothérapeute, un nutritionniste ou une infirmière qui peut le mieux répondre à son besoin.
D’autant plus qu’il y a seulement 161 gériatres au Québec. Ils ne peuvent donc pas s’occuper de toutes les personnes âgées de la province.
Former la prochaine génération aux enjeux des aînés
L’un des projets du Programme québécois de gériatrie serait d’avoir un système de gériatre répondant, qui fonctionnerait par appel ou vidéoconférence. Cela ferait en sorte de rapprocher ces spécialistes des autres professionnels de la première ligne qui gravitent autour des personnes aînées. Au besoin, les gériatres pourraient même voir des patients de façon urgente.
Une autre mesure mise de l’avant par l’AMGQ est de mieux former la prochaine génération de médecins au volet gériatrique. «Il faut s’assurer que tous nos professionnels de la santé sont équipés pour pouvoir prendre soin de la population âgée, puis ça, ça passe vraiment par l’éducation», commente Dre Chabot. Elle rêve de voir le cursus scolaire de différentes professions mettre un accent beaucoup plus important sur les aînés.
«Si on a commencé à former beaucoup plus les équipes interdisciplinaires à l’urgence, on les a plus formées à la gériatrie, à la réalité de la population vieillissante, je pense qu’on va mieux prendre en charge [les personnes aînées] à l’urgence», soutient Dre Chabot.
Par ailleurs, les cinq principaux partis politiques veulent renforcer le soutien à domicile avec différentes promesses. L’AMGQ soulève toutefois que la coordination des soins avec les équipes médicales est actuellement difficile.
«Il n’y a aucun doute là-dessus: tout ce qui est structure, mesures pour favoriser le maintien à domicile, on va applaudir ça, mentionne Dre Chabot. Là où est-ce que je veux juste m’assurer qu’on n’a pas d’angle mort, c’est que pour maintenir les gens à domicile, il y a aussi le volet de soins qu’il ne faut pas oublier. [...] Il faut toujours s’assurer qu’on va attacher ça avec l’aspect médical.
«On peut faire énormément avec des services à domicile, que ça soit de l’aide au bain, de l’aide au ménage, de l’aide à toutes sortes de choses. Mais si ce n’est pas attaché à l’équipe de soins, ça va être très difficile de garder la personne à domicile.»
La Dre Chabot rappelle l’importance de l’interdisciplinarité et du travail d’équipe des différents professionnels impliqués dans les soins aux aînés. Présentement, le système de santé est encore trop façonné en silo, c’est-à-dire que les épisodes de soins d’une personne âgée sont considérés comme des épisodes distincts et il manque de communication entre les différents professionnels de la santé.

