Tout au long de la campagne électorale, les chefs des cinq partis officiels ont droit à la protection de la Sûreté du Québec (SQ), une pratique qui n’existe que depuis trois élections générales et qui fait grimper les coûts.
Avant 2018, seul le premier ministre sortant pouvait compter sur la sécurité rapprochée de la SQ pour toute la durée de la campagne. Ce n’est que lors du jour du vote que les autres chefs pouvaient bénéficier de la même protection, explique une porte-parole de la SQ, la lieutenante Joyce Kemp.
Depuis 2012, le corps policier a apporté «des ajustements», indique Mme Kemp. Rappelons que cette année-là marque l’attentat survenu le soir de l’élection du Parti québécois (PQ) au Métropolis, là où des militants péquistes et la nouvelle première ministre, Pauline Marois, étaient rassemblés pour célébrer les résultats électoraux.
De nouvelles technologies et des ressources supplémentaires sont désormais déployées, précise Mme Kemp. Cette réalité, jumelée au fait que tous les chefs de parti peuvent bénéficier d’une protection depuis les élections de 2018, a eu une incidence importante sur les coûts.
Aux élections de 2022, les dépenses de la SQ pour la sécurité des chefs se sont élevées à 5,11 millions $, contre 2,44 millions $ en 2018, soit plus du double.
En 2014, les frais encourus par la SQ totalisaient plus de 722 000 $, et, en 2012, ils étaient de 1,58 million $, selon des chiffres fournis par l’organisation policière en réponse à une demande en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.
Mme Kemp indique que différents facteurs sont à prendre en compte pour expliquer la variation des coûts, tels que la durée de la campagne et le nombre de déplacements. Durant la campagne de 2022, les effectifs ont couvert entre 150 et 200 événements, évoque la porte-parole.
«En constante adaptation»
Au cours de la campagne, la SQ assure la protection des cinq chefs de parti par l’entremise d’«une opération spéciale». Celle-ci est coordonnée par la direction des mesures d’urgence du corps policier.
Du déclenchement de la course jusqu’au jour du scrutin, un centre de contrôle des opérations est en activité, indique Mme Kemp.
«Dans ce centre de contrôle, on retrouve plusieurs équipes spécialisées de la Sûreté du Québec qui sont mises à contribution et qui travaillent avec différents partenaires sur le terrain», explique-t-elle en entrevue.
La SQ assure notamment une vigie des menaces ou des événements potentiels pouvant survenir.
La SQ refuse de préciser le nombre d’effectifs qui sont mis à contribution au cours de la campagne électorale. Le déploiement policier peut varier en fonction des activités.
«Ce n’est pas un nombre fixe. Ça peut changer à tout moment», mentionne Mme Kemp.
Elle évoque que la SQ sera «en constante adaptation» et n’aura pas «un modèle spécifique» jusqu’à la fin.
Pas un copier-coller
Lors de la campagne électorale de 2022, la forte présence policière autour de la plupart des chefs de parti avait attiré l’attention, paraissant plus imposante que lors des élections précédentes.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, avait révélé à l’époque, en point de presse, que la police lui avait présenté des vestes pare-balles par mesure préventive.
À quoi ressembleront les mesures de sécurité et le déploiement policier pour la campagne électorale en cours? Sans avancer dans les détails, Mme Kemp affirme qu’il ne faut pas s’attendre à un copier-coller d’il y a quatre ans.
Les forces de la SQ ajustent leur niveau d’intervention selon les informations communiquées ou les menaces pouvant planer.
«Ce ne serait pas juste de considérer les mesures qui avaient été mises en place en 2022 comme une norme applicable à toutes les élections. On adopte plutôt une approche qui est flexible, qui va reposer sur l’évaluation continue des risques. Ce n’est pas un modèle rigide dès le départ», explique-t-elle.
La Presse Canadienne a interrogé les cinq partis à savoir s’ils avaient des préoccupations entourant la sécurité de leur chef et avaient demandé un renforcement de la protection pour la campagne.
La Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, le Parti conservateur du Québec et Québec solidaire (QS) ont essentiellement répondu compter sur les services de la SQ et s’en remettre à leurs recommandations. Seul le PQ n’a fait aucun commentaire.
QS a précisé que «la très grande majorité des menaces ou commentaires haineux» reçus à l’endroit de sa porte-parole, Ruba Ghazal, «sont principalement orientés sur le fait qu’elle est une femme racisée».
«Cela étant, elle n’a pas nécessairement plus de mesures de sécurité mises en place pour cet aspect précis», a indiqué un attaché de presse du parti.
Les menaces envers les élus de l’Assemblée nationale ont augmenté ces dernières années. Les données de la SQ sur les signalements pour des propos menaçants ou de menaces à l’endroit des députés montrent toutefois un recul depuis environ quatre ans.
En 2023, 2024 et 2025, la SQ a reçu respectivement 183, 166 et 159 signalements. Cela représente une diminution considérable par rapport aux années précédentes, le nombre de signalements atteignant près de 400 en 2021 et 333 en 2022. Mais le niveau reste plus important qu’en 2019, où la SQ en avait recueilli 16.

