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La CAQ pourrait survivre à cette cuisante défaite, mais le parti sera fragile

Sans un seul siège à l’Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec a-t-elle, justement, un avenir? Et qu’en est-il de l’avenir de Christine Fréchette comme cheffe?

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Défaite de la CAQ: Fréchette «respecte» la décision des électeurs québécois La première ministre sortante et cheffe de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette, réagit aux résultats des élections provinciales.

La remontée de la CAQ dans les mois suivant l’élection de Christine Fréchette comme cheffe et première ministre avait été significative. Les sondages, qui ne donnaient plus que 9 % des intentions de vote au parti de François Legault à la fin de mars, étaient devenus beaucoup plus généreux au fur et à mesure que Mme Fréchette donnait sa propre couleur au parti, propulsée qu’elle était par la fonction et la visibilité de première ministre. Deux jours avant le déclenchement des élections, le 25 août, une firme de sondage lui donnait même 27 % des intentions de vote, à égalité statistique avec le Parti québécois qui était à 28 %.

La campagne ne s’est toutefois pas déroulée comme prévu, l’inexpérience de Christine Fréchette et de ses stratèges de même que le bilan des huit années de pouvoir caquiste dont elle n’a pu s’affranchir malgré ses efforts, ont fait tomber ces intentions de vote comme les feuilles d’automne. Samedi, à deux jours du scrutin, quatre sondages n’accordaient à la CAQ que de 13 % à 20 % des intentions de vote.

Sans un seul siège à l’Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec a-t-elle, justement, un avenir? Et qu’en est-il de l’avenir de Christine Fréchette comme cheffe?

Des structures qui veulent survivre

Pour ce qui est du parti, les experts interrogés par La Presse Canadienne sont divisés quant à la possibilité que la CAQ puisse demeurer dans le paysage politique québécois. «Je pense que le parti peut survivre, affirme Thierry Giasson, professeur de science politique à l’Université Laval. Il a des structures, il a une direction, il a des militants. C’est un parti qui a été construit et qui est né il y a 15 ans maintenant. Donc, oui, c’est un parti récent, c’est un des plus récents dans l’histoire du système partisan actuel. Mais il pourrait survivre parce qu’il y a des gens qui croient à cette idée d’une troisième voie, qui l’ont animée et qui voudront probablement faire en sorte qu’elle survive.»

«Il ne faut jamais avouer un parti vaincu ou vouer des partis à leur fin imminente. Des partis, ce sont des structures qui sont habitées et animées et ces structures-là veulent survivre. Les personnes sont là parce qu’elles y croient, elles ont un projet et elles y adhèrent», poursuit-il.

Un parti fragile

Son collègue Martin Papillon, politicologue à l’Université de Montréal, est moins certain: «La Coalition avenir Québec n’est pas un parti qui a des racines historiques profondes au Québec dans différentes circonscriptions. C’est un parti qui, à l’échelle historique, est relativement nouveau. Bien qu’il ait obtenu une très forte majorité aux dernières élections, on le voit présentement, c’est un parti qui reste relativement fragile. Sans député élu à l’Assemblée nationale, avec un ancrage qui n’est pas très fort localement dans les circonscriptions si on perd l’ancrage institutionnel à l’Assemblée nationale la survie du parti peut effectivement être en jeu.»

Cependant, s’empresse-t-il d’ajouter, «on a souvent prédit la mort de partis politiques au Québec, plus récemment la mort du Parti québécois, et on s’est trompé. Donc il faut relativiser quand même». Il note que la CAQ n’a pas des assises solides de longue date à l’échelle locale et que sans ancrage à l’Assemblée nationale, «ça va devenir très difficile pour ce parti-là de survivre, surtout que c’est une coalition de personnes qui ont ou qui avaient des ancrages ailleurs au niveau politique qui vont peut-être retourner à la maison comme les électeurs qui ont décidé de le faire».

La CAQ, rappelle-t-il, a changé le paysage politique du Québec en recrutant un électorat qui ne se retrouve pas dans le clivage traditionnel entre souverainistes et fédéralistes. «Cet électorat est toujours présent. Mais jusqu’à quel point va-t-il continuer à soutenir un parti qui n’a pas d’assises à l’Assemblée nationale, ça reste à voir.»

«Des créatures extrêmement résilientes»

À l’opposé, Marc André Bodet, qui enseigne la science politique à l’Université Laval, hésite à prononcer l’oraison funèbre. «Une des caractéristiques fondamentales des partis politiques dans une démocratie comme la nôtre, c’est qu’ils sont des créatures extrêmement résilientes, particulièrement dans le contexte où nous avons un financement public qui assure une certaine prévisibilité pour tenter d’exister, d’autant plus que la Coalition avenir Québec n’est pas un parti à la marge de la politique québécoise, bien au contraire, elle a gouverné pendant deux mandats. La recherche sur le sujet est vraiment claire: tuer un parti politique quand il y a du financement public, c’était extrêmement difficile.»

Marc André Bodet était parmi ceux qui refusaient de prédire la mort du Parti québécois après le résultat catastrophique de l’élection précédente. «Je serais bien mal placé pour ne pas donner la même chance au coureur à la Coalition avenir Québec et ce, pour la même raison que j’ai été sceptique par rapport au Parti québécois. On est dans un électorat aujourd’hui qui est d’abord à la recherche de personnalités à la tête des partis politiques, ce qui peut permettre à une organisation moribonde ou encore avec des appuis limités, d’apparaître sur le radar politique.»

D’après lui, la CAQ pourrait revenir parce qu’«il y a un marché pour un parti autonomiste, disons de centre droit, d’autant plus que les électeurs et électrices au Québec, n’ont presque plus de loyauté pour un parti politique plutôt qu’un autre, donc le marché politique est ouvert, il suffit d’avoir la bonne personne, la bonne organisation au bon moment.»

Christine Fréchette fait le bilan de sa campagne La cheffe de la Coalition avenir Québec et première ministre sortante, Christine Fréchetre, a fait le bilan de sa campagne électorale devant les journalistes dimanche.

L’avenir de Christine Fréchette en jeu

Dans le cas de Christine Fréchette, cependant, les trois experts sont unanimes: même si, vendredi dernier, sur les ondes de Radio-Canada Mauricie-Centre-du-Québec, elle affirmait: «Je vais rester là (...) C’est mon poste et je vais m’y investir», elle risque de devoir partir.

«Sans aucun député, elle va devoir quitter la direction de la CAQ», affirme sans ambages Thierry Giasson, qui voit dans le résultat «un scénario presque similaire à celui de Kim Campbell au fédéral, en 1993, où elle commence la campagne à la tête d’une énorme majorité héritée de Brian Mulroney puis, au terme d’une campagne assez catastrophique, s’était retrouvée avec deux députés». Mme Campbell, aussi défaite dans sa circonscription, avait dû quitter «et ça va être sans doute le sort de Christine Fréchette», estime-t-il, surtout que la remontée de la CAQ sous sa houlette aurait dû lui permettre de sauver les meubles: «Une intention de vote ça ne sert à rien, un vote ça sert à quelque chose. Si on n’est pas capable sur le cours des 39 jours de la campagnes de maintenir ces intentions de vote-là pour qu’elles se convertissent en vote, on n’a pas rempli sa mission.»

Martin Papillon abonde dans le même sens, mais ne ferme pas complètement la porte à son maintien en poste: «Christine Fréchette a quand même réussi à séparer le parti de François Legault et de son héritage. Cette opération-là, qui s’est faite en quelques mois, est quand même relativement bien réussie avec toutes les nuances qu’il faut ajouter dans les résultats électoraux. Est-ce que ça peut durer dans le temps? C’est moins sûr parce que, encore une fois, l’ancrage de ce parti-là au niveau de la population n’est pas très fort et celui de Mme Fréchette non plus.

Pour Martin Bodet, la question ne se pose même pas: «Les chances qu’elle conserve le leadership sont presque nulles, surtout que c’est une des plus grandes défaites, au moins en termes de siège et la plus grande baisse d’appui de l’histoire de la politique québécoise. Donc, avec zéro siège? Je pense qu’elle doit quitter.»

Pierre Saint-Arnaud

Pierre Saint-Arnaud

Journaliste