La 24e journée de la campagne électorale au Québec a été assombrie par un drame au Festival western de Saint-Tite, où trois chefs prévoyaient déjà de se rendre selon leur horaire. En ce qui a trait aux enjeux, il a été question de nouveau de la crise de l’itinérance, de même que de gaz de schiste et de transport.
Après avoir retardé un peu son arrivée, le chef libéral, Charles Milliard, a été le premier à se rendre à Saint-Tite, comme il était prévu à son calendrier, suivi en après-midi par la cheffe caquiste Christine Fréchette et le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.
Au petit matin samedi, un conducteur dans la vingtaine a percuté des piétons et fait six blessés sur le site du festival en Mauricie. Si le festival a repris son cours, l’événement a tout de même semé l’inquiétude et la consternation, et les chefs ont appelé à faire toute la lumière sur les circonstances.
Les blessures variaient en gravité, mais on ne craignait pour la vie d’aucune des victimes, selon la Sûreté du Québec. L’enquête se poursuit, mais la SQ a affirmé que l’homme n’aurait pas agi de façon préméditée.
M. Milliard a précisé sa pensée après avoir fait un lien cette semaine lors des débats des chefs entre l’anxiété des jeunes et le référendum prévu par le Parti québécois.
«Je ne dis pas que les jeunes se réveillent le matin, pensent au référendum et sont anxieux», a précisé M. Milliard en mêlée de presse à Saint-Tite samedi après-midi.
«Je dis que la situation économique est anxiogène en ce moment et le référendum va seulement l’empirer.»
Logement et itinérance
En conférence de presse dans les locaux de l’organisme Résilience Montréal, la porte-parole solidaire Ruba Ghazal a annoncé des engagements en matière de logement pour contrer la crise de l’itinérance.
Ainsi, un gouvernement de Québec solidaire (QS) investirait 1,5 milliard $ pour créer 6000 logements de transition, et accorderait aussi 135 millions $ par année à l’accompagnement psychosocial dans ces logements.
Les 6000 logements font partie des 50 000 logements sociaux et communautaires qu’avait promis QS dans son plan plus tôt dans la campagne.
Mme Ghazal a réitéré l’intention de son parti de nommer un «superministre» chargé de coordonner l’action du gouvernement en matière d’itinérance.
La porte-parole solidaire a également pris part samedi après-midi à la Marche contre les féminicides, à Montréal.
«Ce que les femmes ont besoin en ce moment, pour leur sécurité, ce ne sont pas des vœux pieux, ce n’est pas juste de dire que c’est inacceptable, c’est aussi des engagements financiers, de l’argent», a dit Mme Ghazal, disant être prête à travailler avec tout le monde après le 5 octobre.
Cinq associations féministes et de femmes autochtones ont exhorté les partis politiques à prendre des engagements concrets dans la lutte contre les féminicides et les violences faites aux femmes et aux femmes autochtones.
Gaz de schiste
En campagne samedi, les chefs ont été appelés à aborder la question du gaz de schiste.
Un sondage «Synopsis-La Presse» publié samedi matin montre que les Québécois sont divisés sur le gaz de schiste: 38 % y sont favorables alors que 37 % sont contre. Aussi, 25 % des personnes interrogées ont répondu: «Je ne sais pas».
La décision de la cheffe caquiste, Christine Fréchette, quant à la relance de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste n’est pas encore arrêtée, mais, selon elle, les Québécois ont «une plus grande ouverture» à cette énergie.
Elle estime que les Québécois ont «changé un peu d’optique» à l’égard de l’exploitation du gaz de schiste, et qu’il faut tenir compte de la diversification des marchés pour réduire la dépendance face aux États-Unis.
Christine Fréchette était dans la circonscription de Trois-Rivières – où elle tente de se faire élire – pour faire une série d’annonces.
Pour Québec solidaire, pas question d’aller vers le gaz de schiste. Selon Mme Ghazal, pour se tenir debout face à Donald Trump, il faut mettre de l’avant «ce qui fait notre force, c’est-à-dire l’énergie propre, l’hydroélectricité, l’éolien, la géothermie».
Le Parti québécois a indiqué qu’il avait commandé son propre sondage sur la question et qu’il comptait le rendre public prochainement.
«On a un sondage qui démontre que, quand les gens sont consultés sur le gaz de schiste à proximité de chez eux, la réponse n’est pas si positive que ça. Et on peut les comprendre, parce que c’est une pollution de l’eau, une pollution de la qualité de vie, puis des conséquences à long terme quand le puits est mal fermé», a expliqué le chef péquiste lors d’une mêlée de presse à Saint-Tite.
Le chef libéral, Charles Milliard, a accusé Christine Fréchette de faire du «avance recule» sur le gaz de schiste et a dit que ça ne faisait pas partie de ses priorités énergétiques.
Le chef conservateur, Éric Duhaime, de son côté, est un fervent défenseur du gaz de schiste, affirmant que la technologie a évolué et qu’il pourrait même être une option écologique.
Rassemblement contre le TGV d’Alto
Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) a pris part samedi à un rassemblement contre le train à grande vitesse (TGV) d’Alto, qui doit relier Québec à Toronto. Éric Duhaime se dit préoccupé par les coûts et les impacts sur les producteurs agricoles.
Le projet de TGV, qui est dans une phase de développement et de préconstruction, doit passer par Trois-Rivières, Laval, Montréal, Ottawa et Peterborough.
Le projet a fait parler de lui cette semaine, alors que l’Union des producteurs agricoles a formellement demandé au gouvernement fédéral de le suspendre.
M. Duhaime a évoqué la séparation de terres agricoles et des expropriations pour un projet de 100 milliards $ «douteux et coûteux» dans une période «où les finances publiques sont aussi difficiles».
Le Parti québécois s’oppose aussi au projet. Son chef, M. St-Pierre Plamondon, a dit samedi ne pas avoir l’intention de reconsidérer son opposition au projet, et ce, même si les promoteurs du TGV Alto augmentent la mise pour exproprier les terres agricoles.
C’est ce qu’il a fait savoir à la suite d’un reportage de Radio-Canada qui indique que les indemnités à verser aux agriculteurs touchés pourraient atteindre 350 % de la valeur de la terre.
En mêlée de presse au Festival western de Saint-Tite, M. St-Pierre Plamondon a rappelé qu’il craignait l’explosion des coûts de ce projet fédéral et que les indemnisations proposées suggèrent qu’il avait raison.
