La première ministre sortante Christine Fréchette a affirmé avoir écrit à son homologue à Ottawa, Mark Carney, pour lui demander une rencontre «dès que possible» en lien avec des allégations d’ingérence américaine dans les élections québécoises, à venir le 5 octobre.
DOSSIER | ÉLECTIONS QUÉBEC 2026
«Des informations sérieuses sur de possibles risques d’ingérence étrangère dans l’élection québécoise viennent d’être divulguées», a déclaré vendredi la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) avant une allocution devant le congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM).
Mme Fréchette commentait ainsi les reportages parus sur les différentes plateformes de Québecor, qui rapportent que l’administration du président Donald Trump aurait tenté de négocier avec son gouvernement pour discuter de la réduction de certains tarifs douaniers, dont ceux qui touchent l’aluminium – une industrie importante dans la province.
«Je dois vous dire que je suis très préoccupée par cette situation et je tiens à ce que la lumière soit faite sur la totalité de cet enjeu.»
— La première ministre sortante Christine Fréchette
«Je voudrais dire aux Québécois qu’il y a un seul principe qui va nous guider pour le choix du prochain gouvernement: ce ne sont que les Québécois qui doivent avoir la possibilité du choix du prochain gouvernement», a ajouté la cheffe de la CAQ.
Deux sources québécoises gouvernementales auraient indiqué aux médias de Québec que l’ambassade américaine à Ottawa a communiqué avec le gouvernement de Christine Fréchette au cours des derniers mois. Il n’y aurait toutefois pas eu de négociation concrète.
Fréchette avisée «il y a quelques jours»
Après son allocution devant la FQM, Mme Fréchette a assuré avoir «fermé la porte» dès qu’elle a su que des documents existaient pour étayer l’hypothèse d’une tentative alléguée d’ingérence de Washington, mais a été appelée à clarifier le fil des évènements.
La cheffe caquiste dit avoir été informée de la situation «il y a quelques jours» et avoir alors entamé ce qui était, à ses yeux, de mise en pareil cas: alerter le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).
C’est la «procédure dans ce type de situation», dit Mme Fréchette. «Nous, on n’a pas les outils pour analyser ce type de situation.»
Interrogée par les médias en mêlée de presse, la première ministre sortante s’est défendue d’avoir appliqué une tactique électoraliste en attendant plusieurs jours avant de mentionner les évènements, quoiqu’elle n’a pas été immédiatement en mesure d’identifier une date exacte du moment où elle a pris connaissance des documents.
«Pour moi, la situation était gérée du côté du SCRS, mais maintenant ça devient public. […] Ça devient un enjeu d’intérêt public, parce qu’un article sort.»
Le nom du Parti québécois (PQ) serait apparu dans certains documents de ce dossier, selon les médias de Québecor: le parti a été identifié par un think thank américain comme la formation politique à «soutenir» aux élections.
Paul St-Pierre Plamondon a assuré devant les médias au congrès de la FQM que son parti n’a pas été contacté. «Pas proche», a-t-il insisté.
En fin d’après-midi, le gouvernement a partagé une déclaration écrite de la première ministre sortante. Cette fois, on a précisé que Mme Fréchette a été informée samedi, soit le 19 septembre dernier, de l’existence des publications du groupe, le DARC.
«Une rencontre avec le SCRS s’est tenue mercredi», a écrit la première ministre sortante.
Et «sans la sortie médiatique de ce matin, je ne vous parlerais pas de tout ça aujourd’hui», assure Mme Fréchette.
La première ministre sortante tient aussi à rappeler qu’à ce jour, «aucune information ne nous a été confirmée indiquant que de l’ingérence aurait été observée dans le cadre de notre processus électoral».
«Timing étrange»: «PSPP» sourcille
Paul St-Pierre Plamondon n’a pas voulu parler de «coup monté», mais entretient quand même des doutes sur le «timing étrange» de la divulgation de cette information.
Le chef du PQ a dit que «si des choses bizarres se passent au début de la campagne électorale, je suis surpris qu’on n’ait pas été contacté pour nous dire que ceci est en train de se passer».
«Je suis surpris aussi qu’on choisisse deux jours avant le vote par anticipation pour sortir cette information», a renchéri «PSPP» après la série d’allocutions devant le monde municipal à Québec, auxquelles il a lui-même pris part, en plus de Mme Fréchette et d’autres chefs.
M. St-Pierre Plamondon trouve aussi que Mme Fréchette a eu «beaucoup d’appétit pour parler de Donald Trump» en début de campagne, quand la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis avait encore plus de temps de glace dans le quotidien électoral au Québec.
Le chef péquiste n’a pas explicitement dit qu’il voyait aujourd’hui un effort de son adversaire pour recadrer le débat électoral vers la position du Québec dans la guerre tarifaire.
Une proportion de 30,3 % des répondants à un sondage Noovo/Crave/Nanos paru à la mi-septembre trouvait que Christine Fréchette est la mieux placée afin de faire face aux menaces du président américain Donald Trump, devant M. St-Pierre Plamondon qui la suivait alors à 17,8 %.
Quelle que soit son identité, le prochain premier ministre du Québec devra certainement finir par naviguer la barque provinciale dans ce conflit commercial, mais d’ici là, M. St-Pierre Plamondon refuse «que les États-Unis kidnappent notre processus électoral».
