Financer adéquatement les infrastructures en eau, protéger la ressource et utiliser l’hydroélectricité pour réduire la dépendance aux énergies fossiles figurent parmi les priorités environnementales des prochaines élections québécoises, selon des intervenants consultés par La Presse Canadienne. L’adoption d’une loi climat pour encadrer les actions du gouvernement et une réforme de la Loi sur les espèces menacées sont également des priorités mises de l’avant par les intervenants.
Selon Vire au vert, qui regroupe 24 organisations environnementales, la gestion et la protection de l’eau doivent être un enjeu prioritaire des prochaines élections.
Les actions prises par le gouvernement du Québec pour assurer la pérennité des infrastructures en eau sont insuffisantes. C’est l’avis des groupes environnementaux, de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), mais aussi de la commissaire au développement durable, Janique Lambert.
Celle-ci indiquait, dans son dernier rapport, que les infrastructures en eau «nécessitent des investissements de plusieurs milliards de dollars».
Dans ce rapport, publié au mois de mai dernier, la commissaire rappelle qu’un sous-financement chronique des infrastructures en eau pose un risque pour la qualité de l’eau, augmente les risques de débordements d’eaux usées non traitées, représente une source de danger pour la santé humaine et entraîne une rupture de l’équité entre les générations, notamment.
«Répertorier l’ensemble des prélèvements d’eau dans un registre public pour mieux suivre les usages et l’évolution de la demande, pour une meilleure gestion en période de sécheresse», fait donc partie des demandes des demandes du groupe Vire au vert au prochain gouvernement.
«Il y a plusieurs villes qui doivent mettre un frein à leur développement parce qu’elles n’ont pas assez d’eau disponible pour alimenter les résidents», en raison, notamment, de la vétusté des infrastructures d’eau, a souligné Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, qui fait partie du groupe Vire au vert.
Ces infrastructures sous-financées et vieillissantes sont plus vulnérables aux changements climatiques.
La valeur totale des actifs à risque de défaillance élevé ou très élevé pour les infrastructures en eau s’élevait à 18,2 milliards $ au Québec en 2023, selon le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU).
Il faut donc investir dans des infrastructures «grises», comme les réseaux d’égout, les postes de pompage ou les stations d’épuration, a souligné le directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, mais aussi dans les «infrastructures naturelles», comme les parcs éponges, les forêts urbaines ou les infrastructures vertes drainantes.
Ces infrastructures vertes permettent de mieux capter l’eau pour limiter les risques d’inondation, de plus en plus fréquents en raison des changements climatiques.
Marc-André Viau aimerait également voir davantage d’initiatives de récupération de l’eau de pluie.
Il a donné l’exemple de fermes, comme la ferme laitière Valnico, située à Sainte-Brigitte-des-Saults, qui récupère l’eau de pluie pour différents besoins, ou encore la Maison du développement durable, à Montréal, qui est équipée d’un bassin servant à collecter l’eau de pluie en vue de son utilisation dans les toilettes.
Davantage d’accès à l’eau
La coalition Vire au vert demande aussi au prochain gouvernement de préserver les rares accès publics existants à l’eau, mais aussi d’en créer de nouveaux.
«On a besoin de rapprocher la nature des endroits où les gens habitent. Donc, ça veut dire aussi donner des espaces, des accès publics à la nature, que ce soit les lacs, les forêts, c’est un enjeu qui est très important», a-t-il dit.
Selon les recherches de Sébastien Rioux et Rodolphe Gonzales, deux professeurs et chercheurs à l’Université de Montréal, au moins 98 % des bords des lacs et rivières du Québec sont inaccessibles.
Leurs recherches montrent aussi que, dans environ 75 % des municipalités du Québec, moins de 1 % des rives sont accessibles et au moins la moitié des plans et cours d’eau sont privatisés à plus de 95 %.
Interdire la destruction des lacs
Toujours sur la question de l’eau, la coalition Vire au vert demande au prochain gouvernement de s’engager à interdire totalement la destruction des lacs pour remblayer les déchets miniers.
Au Québec, l’utilisation de plus de 650 hectares de plans d’eau pour y déverser des déchets miniers a été approuvée depuis 2002, selon des données recueillies par l’organisation Eau secours.
Un sondage récemment commandé par Équiterre montre que 82 % de la population souhaite que le prochain gouvernement du Québec priorise une mesure interdisant l’utilisation des lacs pour rejeter les dépôts miniers.
Énergie et réduction des GES
En matière d’énergie, les partis politiques qui aspirent au pouvoir doivent éviter de «s’en tenir à des plateformes électorales tournées vers une économie du passé», selon Johanne Whitmore, chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.
L’incertitude géopolitique, souvent utilisée dans les derniers mois pour justifier des reculs en environnement, doit devenir, au contraire, «un levier politique».
Ainsi, selon elle, il faut saisir l’opportunité de transformer en force ce qui est perçu comme une faiblesse.
Plutôt que d’importer notre énergie d’une autre province pour alimenter nos déplacements, il faut utiliser l’hydroélectricité que l’on produit.
Le Québec, souligne la chercheuse, importe près de 15 milliards $ par an en pétrole et gaz, soit la majeure partie de son déficit commercial.
Donc, «si on veut réduire notre dette commerciale, devenir plus résilient et autonome face aux incertitudes géopolitiques» et diminuer notre contribution aux changements climatiques, «il faut s’affranchir du pétrole et du gaz».
Malheureusement, le gouvernement semble avoir pris le chemin inverse dans les derniers mois, souligne la chercheuse en rappelant que celui-ci a, entre autres décisions controversées, décidé de «repousser nos cibles pour l’électrification des transports et retirer les subventions aux véhicules électriques».
La chercheuse avance que le prochain gouvernement devrait «remplacer les énergies importées par l’efficacité énergétique», favoriser «la mobilité partagée et l’électrification des transports grâce à notre électricité propre et abordable» afin de «réduire les dépenses des ménages, de créer de la richesse locale et de renforcer la sécurité énergétique».
Loi climatique
Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) soutient que, dans un contexte où les crises climatiques et de biodiversité s’accentuent, et «considérant que celles-ci exacerbent les autres crises sociales, le Québec a l’occasion, et la responsabilité, de se positionner comme un leader crédible, cohérent et ambitieux» en matière d’environnement.
Le CQDE réclame l’adoption d’une «loi climat» qui agirait comme «une sorte de boussole pour guider toutes les actions du gouvernement avec cohérence, avec prévisibilité».
Cette loi obligerait notamment le gouvernement à adopter des budgets carbone.
Les budgets carbone, utilisés dans d’autres juridictions, comme le Royaume-Uni, sont des feuilles de route de décarbonation qui indiquent la quantité d’émissions de carbone que chaque grand secteur de l’économie doit respecter.
«On demande des cibles inscrites dans la loi qui soient déclinées par secteur d’activité pour plus de prévisibilité», affirme le CQDE.
La loi climat proposée par le CQDE inscrirait également dans la loi les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES), renforcerait le rôle du comité consultatif sur les changements climatiques et imposerait que «chaque décision législative, budgétaire ou d’investissement du gouvernement» soit soumise à une analyse climatique.
Un registre prévu depuis longtemps
Le CQDE demande aussi au prochain gouvernement de s’engager à mettre en ligne le registre d’information environnementale, prévu à l’article 118.5 de la Loi sur la qualité de l’environnement.
«Ça fait vraiment longtemps, ça fait sept ans, que ce registre est prévu par la loi», a indiqué Sophie Turri, directrice des communications du CQDE.
L’article 118,5 de cette loi stipule que le ministre de l’Environnement doit tenir un registre public contenant une panoplie de renseignements sur des projets et des activités industriels.
Par exemple, le registre doit indiquer la description et la source des contaminants provoqués par un projet, le type de rejets dans l’environnement ou encore les conditions qu’un promoteur doit respecter.
L’objectif d’un tel registre est de permettre aux citoyens de comprendre et de surveiller les enjeux environnementaux qui touchent leur communauté.
Le groupe de juristes réclame aussi une réforme de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables de façon à ce que le ou la ministre de l’Environnement ait non seulement le pouvoir de l’appliquer, mais aussi l’obligation.
«Les pouvoirs qui sont dans la loi sont présentement surtout discrétionnaires, et donc, les protections ne sont pas nécessairement activées. C’est au choix du ministre. Il faudrait que ce soit obligatoire, que lorsqu’une espèce est désignée, le ministère doit identifier son habitat essentiel et le protéger», a souligné Sophie Turri.
Moderniser le régime forestier, assurer un financement adéquat au transport collectif, protéger davantage les milieux naturels, mettre en place des politiques qui favorisent l’économie circulaire et s’assurer de respecter les mécanismes de consultation publique, comme le Bureau d’audiences publiques en environnement, font également partie des attentes de la coalition Vire au vert en vue de la prochaine campagne électorale provinciale.
Dans la dernière année, plusieurs groupes de la société civile ont dénoncé la multiplication de pièces législatives qui peuvent affaiblir la protection de l’environnement, comme la «loi visant à réduire la bureaucratie» qui permet de transférer les surplus accumulés du Fonds d’électrification et de changements climatiques vers le Fonds des générations et le Fonds des réseaux terrestres.
Le regroupement Vire au vert déplore que «nos politiciens aient choisi d’affaiblir les politiques et la réglementation environnementale, les mécanismes de participation publique et de contourner les institutions démocratiques» en réaction à la «destruction des règles du commerce» par l’administration Trump aux États-Unis.

