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Élections: le poids des femmes risque un recul par rapport à 2022

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Les femmes représentent 46 % des candidats des cinq principaux partis politiques provinciaux au cours de la campagne électorale en cours. L’Assemblée nationale photographiée à Québec le 5 juin 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Les femmes représentent 46 % des candidats des cinq principaux partis politiques provinciaux au cours de la campagne électorale en cours. L’Assemblée nationale photographiée à Québec le 5 juin 2024. (Jacques Boissinot/La Presse canadienne)

La proportion de femmes élues à l’Assemblée nationale risque de reculer, craint le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), qui plaide en faveur d’une loi pour forcer les partis politiques à atteindre la parité.

Une telle loi permettrait «d’arrêter de parler» de parité et «de faire autre chose», estime la directrice générale de GFPD, Valérie Caron, en entrevue. «Est-ce qu’on peut régler le dossier et avancer», plaide-t-elle.

Les partis politiques sont déjà soumis à certaines conditions, notamment de présenter au moins deux candidats aux élections générales. «C’est simplement ajouter une condition à la loi», avance Mme Caron.

Elle cite l’exemple de la Nouvelle-Zélande et du Mexique qui ont légiféré en faveur de la parité.

Les femmes représentent 46 % des candidats des cinq principaux partis politiques provinciaux dans la campagne électorale en cours, selon une recension de l’organisme qui milite pour accroître la place des femmes dans les institutions démocratiques.

La zone paritaire entre les hommes et les femmes est généralement considérée comme étant dans une fourchette d’entre 40 % et 60 %. Pour sa part, GFPD estime que la zone paritaire se situe plutôt entre 45 % et 55 %.

Moins de femmes chez les conservateurs

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) est la seule des cinq formations à être éloignée de la zone paritaire avec 29 % de candidates dans ses rangs.

Pour leur part, les quatre autres formations se situent en zone paritaire. Québec solidaire (QS) atteint le haut de la fourchette avec 59 % de candidates, suivi de 54 % pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le Parti québécois (PQ) est à 46 %, suivi des libéraux à 43 %.

Questionné sur le sujet au début du mois de septembre, le chef conservateur, Éric Duhaime, a dit qu’il ne «s’est pas vraiment attardé» à cette question. Il a expliqué que ce sont les militants des associations de circonscription qui ont choisi les candidats.

Il croit qu’il faut «arrêter de regarder les gens en fonction de leur sexe, leur religion, leur orientation sexuelle ou leur genre».

Il a indiqué que la proportion de candidats issus de la diversité culturelle serait plus élevée chez les conservateurs que dans la population générale, même s’il ne s’agissait pas d’un critère de sélection.

Le projet de loi proposé par GFPD s’opposerait ainsi à l’approche du laisser-faire prôné par M. Duhaime.

Pour sa part, Mme Caron juge que la parité renforce «la qualité démocratique» en assurant une représentation plus fidèle de la population.

Elle souligne que les femmes sont plus nombreuses à exercer des métiers dans certains domaines, comme la santé et l’éducation. Leur présence contribuerait à élargir les points de vue et l’expertise au pouvoir.

«On se prive d’un bassin de talent immense (en ne s’assurant pas de recruter suffisamment de femmes pour atteindre la parité)», déplore-t-elle.

Moins de luttes faciles pour les femmes

Les candidates atterrissent moins souvent que les hommes dans une circonscription où elles ont de bonnes chances de l’emporter, selon la recension de l’organisme.

Dans les circonscriptions présumées «sûres» ou «gagnables», elles ne représentent que 42 % des candidats en tête, selon les prévisions du site Qc125 à partir des plus récents sondages.

«Les hommes sont mieux positionnés actuellement pour passer le vote et pour se rendre en nombre plus important à l’Assemblée nationale», analyse Mme Caron.

La comparaison entre les partis est plus difficile lorsqu’on regarde les circonscriptions «sûres» ou «gagnables». Le nombre de sièges acquis aux caquistes, aux solidaires ou aux conservateurs est trop petit pour en tirer des conclusions.

Chez les libéraux, 43 % des candidats pressentis vainqueurs sont des femmes, un poids similaire à l’ensemble des candidats. Pour les péquistes, c’est 41 %, soit un peu moins que le poids de 46 % pour l’ensemble des candidats de la formation souverainiste.

Bien des choses peuvent changer alors que la campagne suit son cours et que plusieurs luttes sont serrées, mais la directrice générale de GFPD craint que le poids des femmes recule à l’Assemblée nationale.

Les femmes sont beaucoup plus présentes sur la scène politique depuis que le premier ministre libéral Jean Charest a nommé un conseil des ministres paritaire en 2007, même si les femmes ne représentaient que le quart des élus à l’Assemblée nationale.

La représentation féminine à l’Assemblée nationale a fait un bond en 2018 pour atteindre 42,4 %, puis a franchi un nouveau record en 2022 à 46,4 %.

Elles sont beaucoup plus présentes à Québec que sur la scène fédérale. Le tiers (33 %) des députés du Québec étaient des femmes en 2025, selon l’Institut de la statistique. Les mairesses, pour leur part, dirigeaient le quart des municipalités (25,9 %) en 2025.

Mme Caron aimerait briser le cycle «des avancées et des reculs» avec sa proposition de loi au provincial.

«On a été la dernière province à donner le droit de vote aux femmes, rappelle-t-elle. Ça serait tellement beau qu’on soit la première à leur faire une invitation fidèle (à leur présence dans la population) à l’Assemblée nationale.»

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste