Élections Québec 2026

Des experts appellent les politiciens à revoir les priorités dans le système de santé

Les défis du réseau de la santé sont inévitablement liés aux élections provinciales.

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Le personnel hospitalier travaille dans la nouvelle aile de l'hôpital de Verdun, à Montréal, le mardi 17 février 2026. Le personnel hospitalier travaille dans la nouvelle aile de l'hôpital de Verdun, à Montréal, le mardi 17 février 2026. (Christopher Katsarov/The Canadian Press)

Le portefeuille de la santé est le plus important de l’État. Le Québec y consacre 43 % de son budget, ce qui représente 68,7 milliards $ pour 2026. Les défis du réseau de la santé sont inévitablement liés aux élections provinciales. Les électeurs veulent recevoir des soins de qualité quand ils en ont besoin. 

La Presse Canadienne s’est entretenue avec trois experts qui ont identifié là où le prochain gouvernement devrait mettre son énergie pour améliorer le système de santé québécois.

«On ne peut pas tout avoir»

«On approche de choix difficiles», affirme Erin Strumpf, chercheuse au centre de recherche interuniversitaire CIRANO. La population souhaite vivre en santé le plus longtemps. Pour y arriver, elle estime qu’il faut en quelque sorte un virage du curatif vers la prévention. 

François Béland est un retraité qui continue de se consacrer à la recherche et à l’enseignement, notamment au département de gestion, d’évaluation et de politique de santé à l’Université de Montréal. Il résume le travail des décideurs ainsi: ils ont une somme d’argent, ils doivent choisir où on l’investit et ce qu’on fait avec. Selon lui, ils doivent mobiliser une expertise, en faisant de l’évaluation comparée et de la recherche fondamentale, et qu’«on se serve de ces savoirs pour prendre des décisions, sachant bien qu’en faisant telle chose, on va laisser tomber certaines choses que l’on aimerait faire». 

Mme Strumpf le dit ainsi: «On ne peut pas dépenser de plus en plus et ‘’squeezer’’ nos professionnels de plus en plus. Ça prendrait un pas de recul et de réfléchir sur nos priorités comme société en santé. Et ça ne veut pas dire qu’on choisisse soit la prévention, soit la médecine curative. C’est de se demander où on va et ce qu’on veut comme société». 

Pourquoi le PQ veut-il abolir Santé Québec? Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon promet notamment d’abolir Santé Québec. L’analyse d’Alain Rayes.

Elle donne un exemple concret en citant certains nouveaux traitements pour le cancer qui prolongent la vie de quelques mois, d’une année tout au plus. «Les traitements coûtent très chers et ça donne qu’on a moins pour investir dans les autres aspects de la santé de notre population», expose-t-elle.

Le budget en santé n’a cessé de croître dans les dernières années pour atteindre des sommets historiques. «À mon avis, il faut une conversation dans la société et pas juste mesurer le nombre de médecins, le nombre de visites, le temps d’attente pour les chirurgies et tout ça, mais de vraiment revisiter un peu nos priorités parce qu’on ne peut pas tout avoir. Pour moi, c’est un projet sociétal», soutient Mme Strumpf, qui est aussi professeure d’économie et au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail à l’Université McGill. 

Services aux personnes âgées

Dans cinq ans, environ une personne sur quatre aura 65 ans ou plus au Québec. Devant cette courbe démographique, une crise des services aux aînés se pointe à l’horizon, ou elle est en train d’avoir lieu. 

«La pratique médicale aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’elle était il y a 30 ans étant donné le vieillissement et la présence de suivi de maladies chroniques. C’est une pratique nouvelle de faire des suivis de maladies chroniques. Ce n’est pas de la gestion ponctuelle de problèmes médicaux», fait valoir Mylaine Breton, de la Chaire de recherche du Canada en gouvernance clinique des services de première ligne. 

Elle trouve qu’on ne met pas assez de ressources pour réussir les soins à domicile au Québec, alors que la majorité des gens veulent rester dans leur maison le plus longtemps. 

«Juste d’aider ou de soutenir les pairs aidants, je pense qu’il y a énormément à aller chercher. D’outiller les patients parce que les patients âgés, on peut leur donner des capacités à participer à un rôle actif dans leurs soins», affirme Mme Breton, qui enseigne aussi au département des sciences de la santé communautaire à l’Université de Sherbrooke. 

François Béland parle de l’importance «d’accrocher» les personnes âgées au bon moment, avant que la maladie ne devienne trop grave. Il insiste sur la nécessité de réformer la façon d’organiser les services. 

Selon lui, il faudrait que différents types de professionnels de la santé s’occupent de la capacité organisationnelle et financière des services aux aînés. «La façon de prendre le problème, c’est de dire quelles sont les catégories de personnes âgées? Quels genres de services ces gens-là ont besoin?» dit-il. 

«Ceux qui sont capables de prendre les décisions, ce n’est pas les CIUSSS. Ce sont ceux qui sont responsables de l’ensemble des services qui constituent la trajectoire de soins des personnes âgées, de telle sorte que c’est eux qui vont savoir que oui, je peux donner 70 000 $ en services à domicile, mais personne ne va être pénalisé, donne-t-il en exemple. Actuellement, ce n’est pas comme ça que ça marche. Actuellement, si quelqu’un donne 70 000 $ en services à domicile, ils vont déclarer faillite et ils vont faire un déficit. Alors on va prendre cette personne, on va la mettre dans un CHSLD qui va coûter 90 000 $.

«Les services à domicile n’ont de sens que s’ils sont situés dans les trajectoires et s’ils sont suffisamment souples pour qu’ils puissent s’adapter», explique M. Béland. 

La place du privé en santé 

La place grandissante du privé en santé inquiète Mylaine Breton. «C’est une patate chaude», dit-elle. Il faut s’assurer de garder notre système de santé public et universel, et de plus en plus, il y a des menaces, soutient l’experte en gouvernance des services de première ligne. 

«Les soins virtuels, pour moi, c’est une grosse brèche parce qu’on permet au privé et au public de cohabiter avec les mêmes ressources», mentionne Mme Breton. En effet, au Québec, un médecin qui pratique dans le réseau public peut offrir des services de télémédecine dans le secteur privé sans se désaffilier de la RAMQ. 

Un ministre de la Santé mentale réclamé au Québec: qu’est-ce que ça ferait? La Dre Claire Gamache, présidente de l’AMPQ, a précisé le rôle qu’aurait un ministre de la Santé mentale.

«Ça rouvre une porte au privé sans précédent qui n’est pas assez balisée», commente Mme Breton. Elle constate que non seulement le virtuel prend de l’ampleur, mais aussi ce qu’elle appelle le «privé-privé», c’est-à-dire des patients qui payent directement de leur poche pour des services normalement couverts par le régime d’assurance publique. L’exemple typique est une personne qui paye pour une consultation avec un médecin parce qu’elle n’arrive pas à avoir un rendez-vous dans le réseau public. 

Cela exacerbe des inégalités, car les plus nantis peuvent recevoir des soins plus rapidement. «Au Québec, il y a plus de personnes qui payent de leur poche pour des services qui sont couverts. Pour moi, c’est un problème, et j’ai peur que ça s’accentue», admet Mme Breton. Elle souhaite des changements au niveau de la législation pour encadrer les consultations virtuelles qui sont en plein essor. 

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste