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Châteaux forts: se porter candidat quand la course est perdue d'avance

«Les budgets sont beaucoup plus limités. On a une limitation au niveau des pancartes.»

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Le drapeau du Québec flotte sur un mât à Ottawa, vendredi 24 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Le drapeau du Québec flotte sur un mât à Ottawa, vendredi 24 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld (Adrian Wyld)

Mener une campagne électorale quand on sait que l’emporter est quasiment impossible en découragerait sûrement plus d’un. Pourtant, à chaque élection, ils sont nombreux à se porter candidats dans des circonscriptions où la bataille est très loin d’être gagnée pour le parti qu’ils représentent.

Stéphane Richard a accepté de défendre les couleurs du Parti québécois (PQ) en 2022 dans Marquette. La circonscription du sud-ouest de Montréal est considérée comme un château fort du Parti libéral du Québec (PLQ), qui a toujours mis la main sur ce comté depuis sa création en 1980.

C’est le désir de porter les idées du PQ ainsi que d’assurer une voix pour les souverainistes et sympathisants péquistes qui ont motivé M. Richard à faire le saut, après avoir reçu un appel des instances nationales du parti.

«Oui, c’est une circonscription qui est un château fort libéral depuis sa création. Mais il y a des souverainistes, il y a des gens du Parti québécois qui sont là. On a un devoir de représentation. Si on ne présente pas de candidat, on a un sentiment d’être mis de côté», soutient-il en entrevue.

Jean-Claude Aimé Kumuyange a été candidat de Québec solidaire (QS) en 2018 dans D’Arcy-McGee, aussi un bastion libéral dans l’ouest de la métropole.

M. Aimé Kumuyange n’a jamais vu «cette campagne uniquement comme une course à gagner».

«Pour moi, vraiment, elle représentait avant tout l’occasion de rencontrer des gens, de comprendre les réalités, de contribuer aussi à la vie collective», affirme-t-il.

L’ex-candidat dit avoir eu aussi le souci de réveiller l’«envie politique» chez les personnes issues de l’immigration, dans une circonscription composée de plusieurs communautés de minorités visibles.

Dans certains pays, la vie politique peut s’avérer bien différente de celle d’ici, en raison de la violence et de la guerre, expose M. Aimé Kumuyange, d’origine rwandaise.

Il a cherché à présenter un autre visage de la politique afin que ces personnes immigrantes «deviennent des citoyens engagés, impliqués» et pour «se sortir des clivages politiques hérités du pays d’origine».

«Non, la politique n’est pas que la violence. La politique nous concerne parce qu’elle parle de nous, de notre vie de tous les jours. (...) On les sensibilisait à ça», mentionne celui qui s’est penché sur le concept de «traumatisme politique» chez les personnes immigrantes dans sa thèse de doctorat.

M. Aimé Kumuyange est doctorant en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et chercheur associé à l’Observatoire québécois de la démocratie.

Des ressources limitées

M. Aimé Kumuyange affirme s’être activé sur le terrain pour rejoindre les électeurs malgré les faibles probabilités de se faire élire: porte-à-porte, distribution de dépliants, participation à des débats et organisation de tournois de soccer familiaux.

«J’avais des activités tous les jours. J’avais des chaussures que je pense avoir usées à force de marcher», se souvient-il.

M. Richard a également mené une campagne sur le terrain. Il a pris part à un débat, des rencontres ainsi qu’à des entrevues radio et télé. Il a cependant renoncé à faire du porte-à-porte, conscient de l’issue de la course, mais aussi en raison du peu de ressources à sa disposition.

«Les budgets sont beaucoup plus limités. On a une limitation au niveau des pancartes. Par exemple, ma campagne, c’était à peu près une centaine de pancartes. C’est peu», confie le graphiste de profession.

«Les ressources sont souvent attribuées aux circonscriptions qui sont plus prenables, plus gagnables. C’est logique d’une certaine façon, mais c’est dommage quand on veut vraiment représenter le parti coûte que coûte dans un château fort, malgré tout, contre vents et marées», déplore M. Richard.

M. Aimé Kumuyange relate aussi avoir compté sur des ressources financières moindres qu’ailleurs. Il partageait un local électoral avec une candidate d’une circonscription voisine.

«Mais je mobilisais les ressources humaines. J’essayais de chercher des bénévoles, mes amis, ma famille, ma mère, mes frères, mes collègues pour venir m’aider», évoque-t-il.

Avoir eu davantage de moyens, M. Aimé Kumuyange estime qu’il aurait pu améliorer son score le jour des élections. Il a terminé deuxième avec 7,25 % des voix. Le candidat libéral de l’époque, David Birnbaum, l’avait emporté avec une majorité de plus de 17 000 votes.

M. Richard trouve dommage que les candidats défendant les couleurs du parti dans des bastions non péquistes soient négligés. Donner plus de ressources pourrait faire une différence, croit-il lui aussi.

«Je pense que si on a des candidats qui veulent s’impliquer pour vrai et qui sont motivés (...) ce serait bien que les partis donnent les ressources dans ces moments-là, quitte à gagner 5, 10, 15 % de plus. Pas nécessairement remporter la circonscription, mais juste faire avancer et réveiller certaines personnes ou de les faire sortir voter», plaide celui qui avait terminé cinquième avec 8,06 % des suffrages en 2022.

Ne rien tenir pour acquis

Chez les candidats dont la victoire est quasiment assurée, il ne faut pas pour autant se contenter de mettre peu d’efforts.

C’est du moins ce que soutient Christine St-Pierre, ex-ministre libérale qui a été élue haut la main à cinq reprises comme députée dans Acadie, entre 2007 et 2018.

Quand elle a été parachutée dans ce bastion du nord-est de Montréal, Mme St-Pierre savait que la circonscription était «à 99 % prenable» pour le PLQ. Toutefois, elle dit n’avoir jamais rien tenu pour acquis.

«J’étais confiante. Je savais que je n’avais pas à me battre. Je savais qu’il fallait, par contre, que je ne néglige pas les électeurs. Tu ne vas pas juste mettre ta pancarte sur le poteau, puis tu attends qu’ils aillent voter. Il faut que tu ailles quand même à la rencontre des électeurs», explique Mme St-Pierre.

Pour elle, il y avait également «l’orgueil» de récolter une bonne majorité et la nécessité d’obtenir «un taux de participation qui te donne une certaine crédibilité et une légitimité».

Mme St-Pierre multipliait les rencontres avec des organisations et des personnalités locales influentes ainsi que les visites dans des restaurants et des commerces. Parfois, elle était appelée à prêter main-forte dans d’autres circonscriptions.

L’ex-députée a mis cette énergie à chacune de ses campagnes, la même que si elle était dans une circonscription difficilement gagnable pour les libéraux, assure-t-elle.

«Pour moi, c’était important. (...) Et c’était bien, bien important de ne jamais oublier que je suis députée d’abord. Ça fait cliché de dire ça, mais moi, je ne l’oubliais jamais. Si j’étais là, c’est parce qu’il y a du monde qui avait mis leur X à côté de mon nom, puis il fallait que je sois à la hauteur», affirme Mme St-Pierre, aujourd’hui analyste politique.

Au cours de ses cinq mandats, elle s’assurait de rester visible sur le terrain et de prendre part aux différentes activités de la circonscription.

«Avec Jean Charest, il insistait beaucoup, beaucoup, beaucoup sur la présence des députés sur le terrain dans l’intérieur des mandats. Il disait après une élection: ‘‘la prochaine campagne électorale commence aujourd’hui’’», se remémore Mme St-Pierre.

Frédéric Lacroix-Couture

Frédéric Lacroix-Couture

Journaliste