🗳️ Élections Québec 2026

Campagne électorale: loin des yeux, loin du scrutin

«Les politiciens ne viennent pas nous voir. Ils ne nous parlent pas.»

Publié le 

Des Inuit discutent ensemble sur la terrasse de la Maison de la famille, à Puvirnituq, au Nunavik, le 4 septembre 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE Des Inuit discutent ensemble sur la terrasse de la Maison de la famille, à Puvirnituq, au Nunavik, le 4 septembre 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE (Katrine Desautels)

Au nord du 55e parallèle, on ne ressent pas qu’il y a une course à cinq partis pour élire le prochain gouvernement du Québec. La Presse Canadienne a arpenté les rues de certains villages du Nunavik, et pas une seule pancarte électorale n’était affichée à un peu plus de trois semaines du scrutin.

Aux dernières élections générales du Québec, en 2022, le taux de participation dans la circonscription de l’Ungava était de 30,21 %, loin de la moyenne provinciale de 66,15 %.

Plusieurs habitants du Nunavik ne savent pas que le Québec est en campagne électorale, car de manière générale, ils ne s’intéressent pas à la politique provinciale. La raison? «Les politiciens ne viennent pas nous voir. Ils ne nous parlent pas», lâche Jimmy, un Inuit qui ne souhaite pas être identifié.

Le cynisme est palpable dans les communautés du Grand-Nord. «Qu’est-ce que ça va changer», demande une jeune adulte, si les résidents de Puvirnituq font part de leurs préoccupations aux partis politiques?

Un vendredi matin début septembre, une vingtaine de citoyens sont réunis à la Maison familiale de Puvirnituq, un village d’environ 2000 habitants au Nunavik. Ils piquent une jasette et profitent du soleil qui est particulièrement chaud pour le Nord à cette période de l’année.

D’ailleurs, les changements climatiques inquiètent la population inuite. Ils sont conscients des conséquences et les ressentent déjà. «Les étés sont de plus en plus longs, et les premières neiges arrivent de plus en plus tard», affirme une Inuite.

Élections provinciales: les partis parlent-ils des vrais enjeux? Noovo Info s’est notamment demandé quel était l’intérêt des électeurs en ce moment, quelles étaient les priorités des citoyens et si, selon eux, les différents partis en parlent suffisamment.

Faire campagne autrement

Les cinq principaux partis ont officiellement inscrit un candidat sur la liste d’Élections Québec pour représenter l’Ungava, la plus vaste circonscription du Québec, dont la superficie dépasse celle de l’Alberta. En plus du Nunavik, la circonscription compte une vingtaine de municipalités, dont Chibougamau, Chapais et la région d’Eeyou Istchee Baie-James.

L’absence de pancartes ne signifie pas une absence de campagne au Nunavik, affirme par courriel la candidate libérale, Sandrine Rioux. Pour rejoindre les électeurs, le Parti libéral du Québec (PLQ) compte faire de la publicité sur les radios du Nord. Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) ont adopté la même stratégie pour rejoindre les électeurs.

Le PQ fait valoir que depuis l’investiture de sa candidate, Sonia Caron, en avril dernier, elle a rencontré différents organismes présents au Nunavik, notamment du milieu de la santé et de l’éducation. «Mme Caron a déjà établi des liens solides avec les acteurs nordiques, ce qui lui permet de revoir ses méthodes pour rejoindre les électeurs et les électrices, notamment par téléphone ou en visioconférence», écrit un porte-parole du parti.

De son côté, QS a expliqué par courriel que son candidat, Antoine Côté, a été désigné tardivement. Par conséquent, et en raison de la réalité géographique de l’Ungava, aucune pancarte électorale n’a été affichée. Le parti confirme toutefois que M. Côté fait campagne. «Nous avons aussi beaucoup de contenu sur nos différentes pages pour essayer d’intéresser la population à nos idées, vu que de plus en plus de monde consomme du contenu politique via internet», mentionne une attachée de presse de QS.

Le PLQ a aussi l’intention de faire des campagnes numériques géolocalisées sur Facebook et Instagram. Il dit vouloir s’adapter aux enjeux des différentes communautés de la circonscription. «Les réalités de la Jamésie, d’Eeyou Istchee et du Nunavik sont différentes, et nos façons de communiquer doivent l’être également», commente par écrit Mme Rioux. Elle prend l’engagement que son premier déplacement officiel, si elle est élue, sera à Kuujjuaq, au Nunavik.

Les demandes faites au Parti conservateur pour son candidat Marc Damant, ainsi qu’à la Coalition avenir Québec pour sa candidate Amélie Béchard (qui a remplacé Paul Dadie après une controverse) n’ont pas trouvé réponse.

Des logements surpeuplés

Même s’ils sont désabusés face aux motivations des partis politiques, les Inuit ont à cœur leur communauté et ils aimeraient voir des améliorations. Par exemple, par rapport au logement. Au Nunavik, les familles sont nombreuses et souvent entassées dans de petites habitations. Il n’est pas rare de voir 10 personnes habiter un même logement.

En discutant avec un café autour d’une table, on sent qu’il s’agit d’un enjeu important. Les Inuit le disent clairement: ils souhaitent plus de logements. Ils trouvent que la construction de nouvelles maisons ne va pas assez vite. Du moins, pas au rythme de la croissance démographique. Il y avait un peu plus de 14 000 habitants au Nunavik selon le recensement de 2021, et le taux de croissance naturelle de cette population est de trois à quatre fois supérieur à la moyenne québécoise.

«Bâtir plus vite et moins cher» : le PCQ veut «libéraliser» l’industrie de la construction Le Parti conservateur du Québec souhaite augmenter l'offre de logements au Québec en «libéralisant» l'industrie de la construction, ce qui inclurait une réduction du nombre de métiers règlementés et une «simplification» du Code de construction du Québec.

D’autre part, les matériaux de construction sont de moins bonne qualité que jadis, selon le témoignage d’une femme. Elle se rappelle les maisons solides que son père construisait et elle trouve que désormais «les murs sont faits en papier». Avec le gel et le dégel, les maisons bougent et plusieurs bris surviennent, dit-elle.

Des citoyens déplorent aussi qu’ils paient des taxes, mais que l’argent investi ne les touche presque jamais. On cite l’exemple du transport, où l’enveloppe sert à entretenir les routes, les ponts, le transport en commun, alors qu’au Nunavik, les déplacements entre villages se font par avion, et les quelques routes dans les villages sont en mauvais état, «tout le temps», affirment-ils.

Les Inuit ne sont pas régis par la Loi sur les Indiens. Les exemptions de taxes associées au statut d’Indien ne s’y appliquent donc pas.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste