QUÉBEC — Le candidat caquiste dans Rousseau, Louis-Charles Thouin, qui a distribué des billets de 20 $ et de 10 $ lors d’une activité de bingo, s’est attiré les critiques de ses adversaires vendredi.
La porte-parole solidaire, Ruba Ghazal, a comparé cette pratique à de l’achat de votes.
«Ça n'a pas de bon sens qu'au Québec en 2026, dans une élection, qu’on donne de l'argent à la population comme ça. (...) Je n’accepterais jamais ça dans mon équipe», a-t-elle affirmé en mêlée de presse en marge du Sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), vendredi.
Le «Journal de Québec» a révélé jeudi que le 8 septembre dernier, Louis-Charles Thouin a donné de l’argent liquide en cadeau aux gagnants d’un bingo organisé pour des aînés. Il avait mis des billets de 20 $ ou 10 $ dans des casquettes et des chandails. L’élu a même reconnu les faits et a présenté des excuses.
Rappelons que la loi électorale interdit de verser un montant d’argent en échange d’un vote.
Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a dénoncé la banalisation de tels comportements.
«Cessez de banaliser des gestes qui font en sorte que la population perd confiance envers ses élus. C'est pas bon pour les gens qui se donnent corps et âme pour convaincre la population qu'on est capable au Québec», a-t-il affirmé.
Jeudi, la cheffe caquiste, Christine Fréchette, a qualifié le comportement de son candidat de «grave erreur de jugement». Elle l’a toutefois gardé dans son équipe.
Pour le chef libéral, Charles Milliard, les gestes de M. Thouin sont «inacceptables».
«Ce qui me surprend encore plus, si une telle chose est possible, c’est que Mme Fréchette défend ça ce matin, alors que c’est la première à mettre son équipe au travail pour trouver des puces à tous les autres partis, a lancé Charles Milliard. Bien pris qui croyait prendre.»
En entrevue au FM93, Charles Milliard s'est fait questionner sur le fait que le mot «corruption» revenait souvent lorsqu'il était question des libéraux.
«Le mot en "C" il peut s'adresser à plein d'autres partis, et il peut aussi vouloir dire "casquette avec 20 $ dedans"», a-t-il répondu.
Selon le chef conservateur, Éric Duhaime, la cheffe caquiste devrait faire preuve «d’humilité» après cet incident.
«Je dirais à Mme Fréchette: “l'arroseur arrosé”», a-t-il lancé.
Tous les chefs de parti étaient présents lors du Sommet électoral de l’UMQ. Or, Christine Fréchette a quitté rapidement, sans répondre aux questions des journalistes.
Pas la première controverse
Ce n’est pas la première fois que Louis-Charles Thouin est plongé dans une controverse.
En 2024, il était parmi les députés caquistes qui avaient organisé des activités de financement en présence de ministres et lancé des invitations laissant entendre que l’on pouvait ainsi discuter et faire avancer des enjeux de transports, par exemple.
Or, Élections Québec stipule qu’une contribution à un parti doit être faite «sans compensation ni contrepartie».
M. Thouin avait invité les élus municipaux de sa circonscription à un «cocktail privé» au coût de 100 $, formule 5 à 7, en présence de la ministre des Transports d’alors, Geneviève Guilbault.
Dans son message de sollicitation, le député caquiste avait précisé: «chaque député doit, chaque année, amasser des fonds en vue des prochaines élections, toutefois, cette année, j’ai décidé de vous proposer une nouvelle formule».
La commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet, avait ouvert une enquête à la demande du député Vincent Marissal, alors de Québec solidaire.
Elle avait conclu que le député de Rousseau n’avait pas commis de manquement au code d’éthique des élus, mais avait ajouté qu’elle allait faire valoir «certaines considérations et certains enjeux éthiques et déontologiques en lien avec le financement politique» ainsi que des «lignes directrices».
M. Thouin a été élu en 2018 et 2022 pour la CAQ dans Rousseau.
–Avec les informations de Patrice Bergeron, de La Presse Canadienne.
Thomas Laberge, La Presse Canadienne

