Politique

Voyage à Washington: Jamil Jivani «parle en son nom propre», dit Poilievre

Mis à jour le 

Publié le 

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, fait son entrée à la Chambre des communes en compagnie du député Jamil Jivani, le 8 avril 2024, à Ottawa. Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, fait son entrée à la Chambre des communes en compagnie du député Jamil Jivani, le 8 avril 2024, à Ottawa. (Adrian Wyld)

Le chef conservateur Pierre Poilievre a indiqué mardi que le député ontarien Jamil Jivani ne parlait pas au nom du parti, après que ce dernier ait affirmé à un site d’information américain de droite que le Canada se desservait lui-même avec une «crise anti-américaine».

Lors d’une mêlée de presse, M. Poilievre a été assailli de questions concernant le récent voyage de M. Jivani à Washington et ses propos tenus à Breitbart News, selon lesquels les Canadiens «se tireraient une balle dans le pied s’ils persistaient dans cette crise anti-américaine».

Interrogé sur son accord avec les propos de M. Jivani, M. Poilievre a répondu par la négative.

«Les Canadiens sont légitimement indignés par les droits de douane injustifiés et les déclarations du président», a rétorqué M. Poilievre.

M. Poilievre a précisé que c’était également le message qu’il avait transmis à M. Jivani lors de leur conversation au sujet du voyage et des propos tenus, mais il n’a pas répondu directement à la question de savoir s’il pensait que M. Jivani brouillait le message que les conservateurs tentaient de faire passer.

«Il parle en son nom propre, et je parle au nom du parti», a dit M. Poilievre.

M. Jivani a passé plusieurs jours à Washington au début du mois, où il a rencontré son ami d’université, le vice-président J.D. Vance, ainsi que d’autres représentants de l’administration Trump.

M. Jivani n’a pas été invité à s’y rendre par le gouvernement canadien, mais a été informé de la situation par le ministre canadien du Commerce extérieur, Dominic LeBlanc, avant son voyage.

M. Poilievre a affirmé que, pour négocier avec les Américains, le Canada doit se concentrer sur ce qu’il peut faire lui-même, notamment exploiter ses ressources naturelles et attirer les investissements, afin d’être en position de force pour plaider auprès des États-Unis en faveur d’un accès sans droits de douane.

Trump menace de bloquer l’ouverture du pont reliant Windsor à Detroit Le président américain Donald Trump menace de ne pas autoriser l’ouverture d’un nouveau pont reliant Windsor, en Ontario, et Détroit, dans le Michigan, arguant que les États-Unis devraient d’abord être indemnisés.

M. Poilievre et les conservateurs ont tenté de prendre leurs distances avec la Maison-Blanche de Donald Trump et ses politiques après avoir perdu des appuis au profit des libéraux avant les élections fédérales de l’année dernière.

M. Poilievre a indiqué qu’il encourageait les députés à utiliser leurs réseaux pour lutter contre les droits de douane américains, soulignant que M. Jivani représente une circonscription «particulièrement touchée» par ce différend.

M. Jivani est le député de Bowmanville—Oshawa North. M. Poilievre a précisé que plus de 1000 emplois avaient été perdus dans la région en raison des droits de douane.

Plus tôt cette année, General Motors a supprimé la troisième équipe de travail à l’usine d’Oshawa, en Ontario, qui produit des camionnettes. L’année dernière, l’entreprise a fermé son usine d’Ingersoll, en Ontario.

«Je pense qu’il est nécessaire que tous les députés utilisent toutes leurs relations et mettent tout en œuvre pour faire annuler les droits de douane et protéger les emplois canadiens», a mentionné M. Poilievre mardi.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a également répondu mardi aux récentes déclarations de M. Jivani.

«Je n’appelle pas cela une crise de colère, a avancé M. Ford, rejetant les commentaires du député sur la stratégie du Canada. Ce que j’appelle cela, c’est s’assurer que nous communiquons avec le peuple américain.»

Selon M. Ford, il est important de continuer à faire pression sur les Américains avant les négociations sur l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), et d’expliquer qu’«un droit de douane imposé au Canada est une taxe imposée au peuple américain».

L’ACEUM doit être révisé cette année, alors qu’Ottawa est confronté à une relation bilatérale bouleversée par le programme tarifaire radical de M. Trump et ses menaces répétées d’annexion.

M. Ford s’est également dit heureux de voir M. Jivani aller aux États-Unis.

«Personne ne saurait qui est Jamil Jivani si je ne l’avais pas embauché dans mon bureau, a souligné M. Ford, faisant référence au fait que M. Jivani a déjà travaillé comme conseiller pour son gouvernement. Je ne le connaissais absolument pas.»

Dans son entrevue avec Breitbart News, M. Jivani a également déclaré que «certains libéraux ont quitté la réserve (ndlr: “way off the reservation”)», une expression d’origine américaine désignant les Amérindiens qui ont quitté les terres où le gouvernement les avait forcés à se reloger, ce qui constituait alors un délit.

Kimberly Murray, ancienne interlocutrice spéciale d’Ottawa pour les sépultures anonymes liées aux pensionnats autochtones, a expliqué sur les médias sociaux que l’utilisation de ce terme par M. Jivani est raciste et offensante, et qu’elle perpétue des stéréotypes néfastes sur les peuples autochtones.

Le député libéral Wade Grant, membre de la nation Musqueam, a également réagi aux propos de M. Jivani, affirmant : «Chaque semaine, je parcours des milliers de kilomètres depuis ma réserve pour travailler pour les Canadiens à Ottawa, et je n’ai toujours pas de blessures par balle aux pieds.»

Des rencontres «productives»

M. Jivani avait expliqué au début du mois qu’il avait eu des réunions «productives» avec l’administration Trump. Il a précisé sur les médias sociaux qu’il avait rencontré des représentants de la Maison-Blanche et du département d’État américain et que le président lui avait demandé de transmettre un message: dire aux Canadiens qu’il les aime.

Dans une vidéo publiée sur les médias sociaux, M. Jivani a déclaré qu’il s’attendait à des critiques de la part d’«activistes anti-américains enragés et gesticulants», mais qu’il pensait que les Canadiens voulaient quelqu’un qui soit prêt à «aller au-delà des apparences» pour obtenir des résultats.

«C’est ce que promet un accord commercial avec les États-Unis. Il promet plus de stabilité afin que nous puissions développer notre économie et que notre pays puisse être fort et formidable et réaliser son énorme potentiel, a-t-il ajouté. Je pense que c’est tout ce que nous voulons tous. Et c’est pourquoi je me rends à Washington.»

Avec des informations de Kelly Geraldine Malone

Sarah Ritchie

Sarah Ritchie

Journaliste

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste