Le premier ministre Mark Carney se rendra lundi à Antigua-et-Barbuda, où il aura l’occasion de s’entretenir avec les chefs de gouvernement d’autres pays du Commonwealth, ainsi qu’avec le roi Charles.
La plupart des réunions prévues cette semaine porteront sur le commerce et l’investissement.
Mais ce rassemblement offre également à M. Carney l’occasion de rencontrer des représentants d’une grande variété de pays qu’il n’aurait peut-être pas l’occasion de visiter autrement, selon Patricia Fortier, diplomate canadienne à la retraite.
«Cinquante-six pays, des Caraïbes, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Nord, de la région indo-pacifique. (…) C’est un véritable festin diplomatique», a-t-elle souligné.
Parmi les membres du Commonwealth figurent de grands pays, comme le Royaume-Uni, l’Australie, l’Inde et le Nigeria, ainsi que bon nombre des plus petits pays du monde, tels que Tuvalu, un archipel de l’océan Pacifique comptant environ 10 000 habitants.
Mme Fortier a qualifié cet événement de «rassemblement extraordinaire».
Depuis son entrée en fonction, M. Carney a consacré une grande partie de son temps à voyager pour consolider les relations multilatérales, alors qu’il tente de réduire la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis.
Les liens du Canada avec le Commonwealth, en particulier avec les petits États, pourraient contribuer à cet effort. Les organisations multilatérales comme les Nations unies accordent une voix à chaque pays membre, quelle que soit sa taille, a fait remarquer Mme Fortier.
«Si vous essayez de faire avancer les choses au sein d’une organisation multilatérale, il est très, très important de prêter attention aux petits États, a-t-elle avancé. Les Caraïbes, l’Afrique et certains États insulaires du Pacifique peuvent faire ou défaire vos initiatives.»
Des relations passées
Michael Manulak, professeur associé en affaires internationales à l’université Carleton, a indiqué que le Canada avait déjà utilisé cette stratégie avec succès par le passé, lorsqu’il était un acteur multilatéral influent sous le premier ministre Lester Pearson, ainsi que dans les années 1980.
«L’un des principaux groupes sur lesquels le Canada s’appuyait souvent était le Commonwealth», a-t-il expliqué.
Le Canada entretenait de bonnes relations avec un grand nombre de pays d’Afrique et des Caraïbes, ce qui permettait à Ottawa de faire appel à ces dirigeants pour soutenir la position du Canada sur les questions internationales, a-t-il ajouté.
Ronald Sanders, haut-commissaire d’Antigua au Canada, a rappelé qu’il fut un temps où «le Canada présentait un candidat à un poste à l’ONU en sachant qu’il disposait d’emblée de 14 voix».
Ces relations ont évolué à mesure que les différents gouvernements canadiens se sont rapprochés des États-Unis et du Mexique, au détriment de leurs relations avec les pays des Caraïbes.
«Nous espérons pouvoir rétablir cette relation aujourd’hui», a-t-il déclaré.
Le Commonwealth moderne a été créé en 1949 et la plupart de ses membres ont des liens avec l’Empire britannique. Ensemble, ils représentent une part importante de la population mondiale: 2,7 milliards de personnes.
«C’est un héritage de l’impérialisme britannique, mais c’est désormais une association consensuelle», a mentionné M. Manulak.
Il a ajouté que le Commonwealth offrait au Canada une plateforme pour renforcer ses relations bilatérales avec «tout un ensemble de pays avec lesquels nous n’avons peut-être pas beaucoup de contacts au quotidien. Et je pense que cela peut être vraiment précieux».
M. Manulak a indiqué que le commerce et l’investissement seraient les thèmes principaux de la réunion. Il a précisé que c’était un sujet sur lequel la secrétaire générale du Commonwealth, Shirley Botchwey, insistait depuis son entrée en fonction en 2025.
«Il y aura de nombreuses discussions sur les moyens concrets de réduire les barrières commerciales», a-t-il précisé.
Plusieurs entretiens prévus
M. Carney ne passera qu’une seule journée à cette réunion, au cours de laquelle il assistera à un dîner organisé par le roi à l’intention des nouveaux dirigeants du Commonwealth et à un souper officiel, également organisé par le roi, ainsi qu’à des séances à huis clos et à d’autres réunions.
M. Carney devrait également tenir des entretiens bilatéraux, mais les responsables ont refusé de dévoiler à l’avance l’identité de ses interlocuteurs.
M. Sanders a indiqué que M. Carney rencontrerait le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne.
M. Browne proposera un accord bilatéral avec le Canada qui «pourrait déboucher sur des coentreprises et des activités favorisant la croissance économique et créant des opportunités commerciales pour les entreprises canadiennes», selon M. Sanders.
Des responsables du gouvernement canadien ont décrit la réunion du Commonwealth comme une plateforme permettant au Canada de développer ses échanges commerciaux, ses investissements et sa coopération stratégique.
Ils ont souligné que le Canada entretenait actuellement des échanges commerciaux d’une valeur de 100 milliards $ avec les pays du Commonwealth.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, se joindra à M. Carney lors de cette réunion.
Elle a mentionné à La Presse Canadienne lors d’une entrevue que le Canada «soutient les initiatives concrètes du Commonwealth qui renforcent les chaînes d’approvisionnement et améliorent l’accès aux marchés, et qui favorisent la diversification commerciale».
Elle a ajouté que le Commonwealth s’était fixé des «objectifs ambitieux» visant à porter le volume des échanges commerciaux entre les pays du Commonwealth à 2000 milliards $ d’ici 2030.
Les responsables ont indiqué que la réunion mettrait l’accent sur la résilience et l’atténuation des effets du changement climatique, une priorité majeure pour les États qui subissent directement les effets de la montée du niveau des océans.
«Étant donné que bon nombre de ces petits États sont des îles et sont les plus touchés par le changement climatique, je pense que ce sujet sera également abordé», a souligné Mme Fortier.
M. Sanders a rappelé que c’est au sein du Commonwealth que les premières discussions sur le changement climatique ont vu le jour. Il a expliqué que le Commonwealth avait déjà agi collectivement sur des enjeux majeurs par le passé, notamment en contribuant à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.
Le roi Charles devrait aborder la question de l’héritage de l’esclavage lors de la réunion à Antigua. Les responsables n’ont pas répondu directement lorsqu’on leur a demandé si M. Carney participerait à l’une de ces discussions.
M. Manulak a expliqué que, si les Britanniques sont très réticents à assumer la responsabilité de l’esclavage et du colonialisme — ainsi que les implications financières que cela pourrait entraîner —, les pays des Caraïbes «ont naturellement un point de vue différent sur cette question. Dans les Caraïbes, ce sujet va être au cœur des débats».
Tamanisha John, professeure associée au département de sciences politiques de l’université York, a prédit que le Canada choisirait de rester discret et, s’il était mis sous pression, soutiendrait la position du gouvernement britannique.
Elle a souligné que, même si le roi Charles présentait des excuses, le gouvernement britannique s’opposait aux réparations.
Avant la cérémonie d’ouverture mardi, M. Carney organisera un déjeuner de travail avec les dirigeants des pays des Caraïbes.
Des responsables gouvernementaux ont déclaré que ce serait l’occasion pour M. Carney d’aborder les questions du commerce et des investissements, de la lutte contre le changement climatique et de la sécurité régionale.
«Les Caraïbes et le Canada entretiennent depuis longtemps une relation particulière, en partie grâce à leur héritage colonial britannique commun, mais aussi grâce aux échanges commerciaux entre les provinces maritimes et les îles des Caraïbes», a fait savoir Mme Fortier.
Mme John a ajouté que les banques canadiennes sont très présentes dans la région, ce qui donne au Canada un poids dans l’orientation de leurs perspectives de développement.
«Le système financier que le Canada met en place dans les Caraïbes fonctionne selon des mécanismes très discriminatoires qui finissent par favoriser (…) les entreprises nord-américaines», a-t-elle avancé.
Avec des informations de Dylan Robertson

