Environnement

Une alliance d'élus propose à Mark Carney de taxer les pétrolières

Réunie pour un sommet sur le climat à Edmonton, jeudi, l’alliance «Retroussons nous les manches pour le climat», qui regroupe près de 300 maires et conseillers municipaux à travers le pays, demande au premier ministre Carney de «bâtir le pays plutôt que de le brûler».

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Des autobus et des voitures ont brûlé à Jasper (Alberta) le 26 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE Des autobus et des voitures ont brûlé à Jasper (Alberta) le 26 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE (AMBER BRACKEN)

Des élus municipaux de toutes les provinces lancent une carte pour suivre les catastrophes climatiques partout au pays en temps réel et proposent au premier ministre Mark Carney de taxer les bénéfices des pétrolières et gazières pour financer des mesures d’adaptation et de lutte au changement climatique.

Réunie pour un sommet sur le climat à Edmonton, jeudi, l’alliance «Retroussons nous les manches pour le climat», qui regroupe près de 300 maires et conseillers municipaux à travers le pays, demande au premier ministre Carney de «bâtir le pays plutôt que de le brûler».

«Les changements climatiques coûtent déjà à l’économie canadienne entre 1 et 5 % de son PIB», a lancé l’ancienne mairesse de Montréal Valérie Plante, lors d’une conférence de presse dans une galerie d’art de la capitale albertaine. 

Même si elle n’est plus une élue, Valérie Plante est toujours coprésidente de l’alliance «Retroussons nous les manches pour le climat».

«Les impacts climatiques coûtent près de 9 milliards de dollars par année en entretien des routes, des ponts, des réseaux d’eaux usées et des autres infrastructures publiques du pays» et les municipalités assument les deux tiers de cette facture, a fait valoir l’ancienne mairesse de Montréal.

Le regroupement d’élus a lancé jeudi une «carte des impacts climatiques 2026», qui doit permettre de suivre en temps réel les catastrophes climatiques partout au pays cet été.

«Ici en Alberta, nous sommes dans l’épicentre de la conversation sur l’expansion des combustibles fossiles, alors que la science est claire: la combustion (de gaz et de pétrole) est la première cause des changements climatiques qui détruisent certaines de nos communautés, année après année», a indiqué Valérie Plante dans le discours d’ouverture de la conférence de presse.

Le regroupement d’élus a réaffirmé les cinq principales demandes du groupe.

Il faut «bâtir un réseau électrique national alimenté par les énergies renouvelables» et construire «un train à grande vitesse connecté aux réseaux de bus interurbains», a indiqué maire de Jasper, Richard Ireland, dans une entrevue avec La Presse Canadienne avant que la conférence de presse ait lieu.

«Il faut aussi construire au moins deux millions de logements écoénergétiques hors marché privé et mettre en place des programmes de rénovation des bâtiments pour mieux conserver la chaleur en hiver et la fraîcheur en été.

«Finalement, on doit financer une véritable stratégie nationale de résilience, d’intervention et de reconstruction» pour que les communautés soient prêtes à faire face aux catastrophes climatiques à venir, a ajouté le maire albertain, dont la communauté a été ravagée par un incendie de forêt il y a deux ans.

Taxer les pétrolières et les gazières

Pour financer une partie des cinq mesures pour «la sécurité climatique et économique du pays», l’alliance propose une taxe sur les bénéfices des sociétés pétrolières et gazières.

«L’Union européenne se penche sur une taxe sur les profits exceptionnels des pollueurs» et «c’est le genre de choses qui pourraient être mises de l’avant par le gouvernement canadien» pour financer des mesures d’adaptation au changement climatique, mais aussi «soulager le portefeuille des Canadiens», a expliqué Valérie Plante.

L’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault, qui était présent lors de la conférence de presse, a indiqué, dans une entrevue avec La Presse Canadienne, qu’il appuyait désormais cette idée.

«Comme les combustibles fossiles sont le plus grand contributeur aux impacts des changements climatiques (...), il faut avoir une discussion sur le rôle que ces entreprises-là doivent jouer pour aider ceux et celles qui sont pris avec les impacts des changements climatiques, comme les municipalités et, jusqu’à maintenant, force est de constater qu’elles jouent un rôle inexistant», a indiqué l’ancien ministre.

Un sondage national, réalisé par Liaison Stratégies pour Retroussons-nous les manches pour le climat et Climate Caucus, révèle que 66 % des Canadiens sont favorables à une taxe sur les bénéfices des gazières et des pétrolières dont les recettes serviraient à aider les ménages à réduire leurs factures d’énergie. 

Le sondage, publié en début de semaine, montre que le soutien est le plus élevé en Ontario (69 %) et au Québec (73 %). Les trois quarts des électeurs libéraux (74 %) sont favorables à cette taxe. 

Selon une analyse du Centre canadien de politiques alternatives, l’industrie pétrolière et gazière canadienne engrange 170 millions $ de profits supplémentaires par jour depuis le début du conflit en Iran.

«Aux prix actuels, le secteur est en passe de réaliser des bénéfices faramineux de 90 milliards de dollars au cours des 12 prochains mois», selon le Centre canadien de politiques alternatives.

Deux ans après les ravages de l’incendie

En marge de la conférence de presse de jeudi, le maire de Jasper, Richard Ireland, a expliqué que sa communauté est toujours en train de se reconstruire, deux ans après des incendies de forêt dévastateurs alimentés par les changements climatiques.

«Nous avons perdu environ 375 structures dans la communauté. Plus de 100 d’entre elles sont en cours de reconstruction, ce qui est très positif», a expliqué le maire à La Presse Canadienne, avant d’ajouter que «nous allons reconstruire notre ville différemment afin de la rendre moins vulnérable à notre principale menace, qui reste les incendies de forêt».

Depuis les ravages de l’incendie, est-ce que les habitants de cette communauté albertaine ont changé leur manière de percevoir l’industrie pétrolière et gazière, dont les produits sont les principales causes des changements climatiques?

À cette question, le maire Ireland répond que «l’un des problèmes auxquels nous sommes confrontés, tant localement en Alberta que dans tout le pays, est cette spirale du silence. C’est-à-dire que les gens hésitent parfois à s’exprimer lorsqu’ils pensent que leur opinion est minoritaire».

En d’autres mots, a précisé le maire de Jasper, «il est difficile de cerner les pensées des gens tant qu’ils ne les expriment pas, mais je sais que beaucoup sont maintenant prêts à prendre la parole et à affirmer qu’un avenir plus propre est ce dont nous avons besoin».

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste