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Un rapport albertain estime le coût de la séparation à 170 G$ sur 5 ans

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La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, s’apprête à prononcer un discours à l’occasion de la Journée de l’Alberta, à Calgary, le dimanche 30 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, s’apprête à prononcer un discours à l’occasion de la Journée de l’Alberta, à Calgary, le dimanche 30 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh (Jeff McIntosh)

Un rapport publié mercredi par le gouvernement de l’Alberta indique que si la province souhaitait se séparer du Canada, elle devrait débourser jusqu’à 170 milliards $ et recruter au moins 70 000 fonctionnaires pour y parvenir.

Ce rapport, commandé par la province à l’École de politique publique de l’Université de Calgary, précise que le coût minimum s’élèverait à 50 milliards $ au cours des cinq premières années et qu’il pourrait atteindre 170 milliards $, bien que plusieurs facteurs puissent modifier cette estimation.

Ce montant couvre les coûts d’investissement liés à l’acquisition des infrastructures, des fournitures et des biens immobiliers actuellement pris en charge par Ottawa, le recrutement de personnel chargé de gérer et de superviser la transition, ainsi que la part de l’Alberta dans la dette fédérale.

L’université a nuancé bon nombre de ses estimations en précisant qu’«aucune analyse», aussi approfondie soit-elle, ne permettrait de prédire facilement les conséquences d’une séparation, car les facteurs déterminants qui influencent le coût échappent au contrôle de l’Alberta.

«Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il s’agirait d’une décision retentissante», indique le rapport.

«La séparation de l’Alberta du Canada et sa transformation en pays indépendant impliquent bien plus que le simple tracé de nouvelles frontières, la construction d’un nouvel État, la nomination de nouveaux responsables politiques et l’adoption de nouvelles politiques. Cela modifierait radicalement le fonctionnement des services publics, du commerce, de la fiscalité et de la législation.»

Le gouvernement de la première ministre Danielle Smith a commandé ce rapport en juin afin de permettre aux Albertains de mieux comprendre les coûts liés à la séparation, en amont du référendum prévu le mois prochain, qui permettra de déterminer si les Albertains souhaitent rester au sein du Canada ou organiser un vote contraignant sur leur sortie de la fédération.

Mme Smith avait auparavant estimé le coût de la séparation à un montant bien plus élevé (400 milliards $) que celui indiqué dans le rapport publié mercredi, mais son ministre des Finances a affirmé que les coûts et les aspects logistiques restaient prohibitifs.

Dans une déclaration, Jason Nixon a indiqué que cela illustrait pourquoi la province exhortait les Albertains à voter en faveur du maintien au sein du Canada le 19 octobre.

Mark Carney met en garde contre le «bluff dangereux» du référendum en Alberta Le premier ministre Mark Carney estime que le référendum en Alberta constitue un «bluff dangereux» si l’on croit que le résultat pourrait servir de levier dans de futures négociations. Il a également affirmé qu’il comptait faire campagne pour l’unité canadienne.

«Le gouvernement de l’Alberta a toujours été clair: nous soutenons une Alberta forte et souveraine au sein d’un Canada uni», a insisté M. Nixon.

«C’est pour cela que nous continuerons à nous battre chaque jour.»

Différents scénarios possibles

Le rapport de l’université, pour lequel le gouvernement a alloué un budget de 1,5 million $, se compose d’une vue d’ensemble et de quatre rapports techniques abordant des sujets allant du fonctionnement de la séparation aux considérations budgétaires.

Il examine deux scénarios: le premier suppose que la séparation de l’Alberta du reste du Canada se déroulerait sans heurts, Ottawa et les autres partenaires commerciaux ne dressant que peu d’obstacles, tandis que le second part du principe que l’Alberta devrait mener des négociations acharnées sur chaque aspect de la transition.

Le premier scénario envisage un avenir où une Alberta indépendante pourrait prospérer, avec un taux de croissance du produit intérieur brut à long terme supérieur de 3,4 % à celui qu’elle connaîtrait si la province restait au sein du Canada, des excédents budgétaires, des possibilités de baisses d’impôts, ainsi qu’une hausse de l’emploi et des salaires.

Le rapport énumère également certaines «opportunités» pour l’Alberta si elle choisissait de se séparer, incluant le fait d’être libérée de la législation fédérale sur le climat, qui ralentit l’exploitation des sables bitumineux, et de la Loi canadienne sur la santé, qui empêche le développement d’options privées en matière de soins de santé.

Dans un scénario difficile, le rapport note que la séparation pourrait finalement s’avérer impossible. 

Si elle devait se produire, ce ne serait qu’au terme d’années de négociations au cours desquelles Ottawa ne ferait que peu de concessions et mettrait en place de nombreuses barrières commerciales. 

L’Alberta aurait également du mal à obtenir la reconnaissance de la communauté internationale si le reste du Canada s’opposait à sa volonté d’indépendance, prévient le rapport. Les États-Unis pourraient également exercer une pression sur l’Alberta en matière commerciale et exiger une part des recettes pétrolières de la province en échange d’un accès au marché, si le Canada venait à interrompre le transport maritime côtier.

Dans l’ensemble, ce scénario prévoit une baisse de 16,2 % du PIB de l’Alberta à long terme, accompagnée de déficits publics importants, d’une hausse des impôts, d’une baisse de l’emploi et d’une baisse des salaires.

Le rapport explore également des scénarios concernant la monnaie, la mise en place d’une armée, le service postal et les envois internationaux pour les résidents, les services frontaliers et le contrôle du trafic aérien.

Une «farce» de rapport

Jeff Rath, avocat et figure de proue du mouvement séparatiste albertain, a qualifié ce rapport de «véritable farce».

Il a affirmé que l’université avait formulé un certain nombre d’hypothèses erronées et a contesté l’idée selon laquelle l’Alberta devrait prendre en charge une partie de la dette fédérale.

M. Rath s’est également dit convaincu que l’administration américaine se révélerait être une alliée d’une Alberta indépendante et signerait immédiatement un accord commercial.

«En ce qui me concerne, ce rapport est totalement partial et constitue une véritable perte de temps», a lancé M. Rath lors d’une entrevue mercredi.

Ce référendum a été convoqué en début d’année par Danielle Smith.

La première ministre a affirmé que des années d’ingérence du gouvernement fédéral avaient paralysé l’économie de l’Alberta et exaspéré les habitants au point que certains considèrent la sécession comme une alternative crédible qui mérite d’être examinée dans le cadre d’un référendum.

Les sondages indiquent systématiquement qu’une large majorité d’Albertains souhaite rester au sein du Canada. 

Les détracteurs de Mme Smith font valoir que cela confirme leur argument selon lequel elle joue à la fois le rôle de pyromane et de pompier en organisant un scrutin visant à diviser le Canada tout en défendant la cause de l’unité nationale.

Selon eux, elle aurait convoqué ce référendum non pas pour apaiser les ressentiments latents envers Ottawa, mais simplement pour satisfaire les séparatistes purs et durs de son Parti conservateur uni.

Avec des informations de Dayne Patterson, à Calgary