Un nombre record de dirigeants canadiens se trouvent à Tokyo cette semaine pour participer à ce qui est devenu la plus importante mission commerciale de l’«Équipe Canada» dans la région indo-pacifique.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Près de 300 personnes représentant 175 entreprises canadiennes se réuniront à l’hôtel Sheraton Miyako, au centre-ville de Tokyo, afin de nouer des contacts avec des dirigeants japonais. Les Canadiens n’ont qu’un seul objectif en tête: forger des partenariats au pays du soleil levant.
Trois des principaux ministres du premier ministre Mark Carney, responsables des dossiers du commerce international, de l’industrie et de la défense, ont été dépêchés au Japon pour aider à ouvrir la voie. Mais certains analystes estiment que les discussions sur les occasions d’affaires pourraient être éclipsées par des inquiétudes concernant le rapprochement récent du Canada avec le plus grand concurrent régional du Japon : la Chine.
«Le Japon est un partenaire de confiance. C’est un membre du G7. C’est une démocratie comme la nôtre avec laquelle nous entretenons une relation stratégique importante. Nous ne pouvons pas compromettre cette relation simplement parce que nous cherchons à diversifier nos relations avec la Chine», met en garde Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique.
Le Japon est le cinquième partenaire commercial du Canada, avec des échanges bilatéraux s’élevant à plus de 35 milliards de dollars l’an dernier. Il est également le troisième plus grand investisseur au Canada. Mais l’entente conclue en janvier par M. Carney avec le président chinois Xi Jinping, visant à supprimer la quasi-totalité des droits de douane sur les véhicules électriques chinois, suscite des inquiétudes. L’afflux de véhicules électriques chinois à bas prix à travers l’Asie a pesé sur les résultats financiers de tous les constructeurs automobiles japonais.
L’entente Carney-Xi plafonne à 49 000 le nombre de véhicules électriques chinois pouvant entrer au Canada cette année, en échange d’une réduction des droits de douane chinois sur les produits agricoles tels que le canola et les fruits de mer. Les modalités doivent être renégociées afin de prolonger l’entente au-delà de 2026.
«En gros, cet automne, il faudra discuter de la prolongation des allégements tarifaires dont bénéficie le Canada pour le canola et d’autres produits. Et la question est : la Chine demandera-t-elle davantage de concessions?», a exprimé Mme Nadjibulla, ajoutant qu’elle s’attend à ce que la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, doive répondre à des questions difficiles au Japon pour savoir si ces quotas seront augmentés, et à quelles conditions elle autorisera les constructeurs automobiles chinois à fabriquer des véhicules au Canada.
Mme Joly devrait rencontrer des représentants du gouvernement et des intervenants lundi, tandis que le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, a prévu des rencontres avec Toyota et Honda plus tard dans la semaine.
«Au-delà de l’ombre de l’ACEUM»
Goldy Hyder, président du Conseil des affaires du Canada, affirme que l’approfondissement des liens commerciaux avec le Japon dépendra en fin de compte de la manière dont le Canada gérera la révision de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
«Le Japon a clairement indiqué que, pour que les investissements se poursuivent – en particulier dans la fabrication automobile –, il souhaite que nous conservions un accès préférentiel aux États-Unis d’Amérique et, franchement, à l’Amérique du Nord», a déclaré M. Hyder lors d’une entrevue accordée à Tokyo.
Alors que des questions entourent l’avenir de la fabrication automobile japonaise au Canada, un optimisme croissant règne quant à l’exportation d’une plus grande quantité de technologie militaire canadienne outre-Pacifique.
En mars, le Cabinet japonais a approuvé un budget de défense record de plus de 66 milliards de dollars américains pour l’exercice financier 2026. Cet appel à l’augmentation des dépenses intervient alors que la Chine modernise rapidement son armée et continue de proférer des menaces à l’encontre de Taïwan.
«Le Japon doit réagir face à une Chine de plus en plus affirmée dans la région. À cela s’ajoutent la Corée du Nord à l’ouest et la Russie au nord. Les Japonais évoluent dans un environnement difficile», explique Jonathan Berkshire Miller, du Pendulum Group. Selon cet analyste, le Japon, qui dépendait jusqu’à présent de ses relations avec les États-Unis, cherche désormais à consolider sa base industrielle de défense en collaborant avec des alliés comme le Canada.
Contrairement aux constructeurs automobiles qui hésitent à s’implanter au Canada sans avoir accès à l’ensemble du marché nord-américain, M. Miller affirme que les investissements dans la défense «transcendent les aléas de l’ACEUM».
«Les responsables de la défense ne s’inquiètent pas des droits de douane. Les capacités de défense doivent reposer sur la perception et l’évaluation des menaces.»
— Jonathan Berkshire Miller, Pendulum Group
Parmi les 175 entreprises canadiennes participant à la mission commerciale, plus de 40 œuvrent dans le secteur de la défense et de la sécurité. Ces entreprises fabriquent des drones et des systèmes de surveillance sous-marine, tandis que d’autres développent des technologies satellitaires et possèdent une expertise en intelligence artificielle et en lutte contre les cyberattaques.
Lundi, le ministre de la Défense, David McGuinty, visitera la base navale de Yokosuka – quartier général principal et port opérationnel de la Force d’autodéfense maritime du Japon – et rencontrera son homologue japonais.
Plusieurs protocoles d’entente devraient être signés entre des entreprises canadiennes et japonaises au cours de la semaine. Outre le secteur de la défense, des entreprises des secteurs de l’agriculture, de la foresterie, de l’énergie propre et de la technologie participent également à la mission commerciale. La mission commerciale «Équipe Canada» prendra fin vendredi.

