Le ministre indien du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, a déclaré que la récente visite du premier ministre Mark Carney dans son pays avait ouvert la voie à une refonte complète des relations entre le Canada et l’Inde.
M. Goyal est au Canada cette semaine pour des réunions sur le commerce et l’investissement, qui commencent lundi par une discussion avec le ministre canadien du Commerce international, Maninder Sidhu.
M. Goyal affirme que les relations entre le Canada et l’Inde seront très importantes dans les années à venir et que les deux pays souhaitent vivement conclure un accord de libre-échange d’ici la fin de l’année.
Le Canada et l’Inde mènent des négociations commerciales depuis 2010. Ces négociations ont été suspendues par Ottawa en 2023 après que le gouvernement fédéral eut accusé New Delhi d’avoir joué un rôle dans l’assassinat du militant sikh canadien Hardeep Singh Nijjar à Surrey, en Colombie-Britannique.
M. Carney, qui a fait du rétablissement des relations avec l’Inde une priorité après son accession au poste de premier ministre en 2025, s’est rendu à Mumbai et à New Delhi en mars. Il s’agissait de la première visite d’un premier ministre canadien depuis huit ans.
Ce voyage s’est conclu par une rencontre avec le premier ministre indien Narendra Modi et la signature d’une série d’accords — dont un contrat de 2,6 milliards $ visant à fournir environ 22 millions de livres d’uranium à l’Inde pour la production d’énergie nucléaire, ainsi que 10 accords commerciaux d’une valeur totale de plus de 5,5 milliards $.
Avant sa visite internationale, certains sikhs canadiens ont appelé le gouvernement à adopter une position plus ferme vis-à-vis de l’Inde.
Une délégation canadienne s’est rendue à New Delhi pour des négociations commerciales au début du mois et une autre délégation indienne prévoit de revenir au Canada pour poursuivre les discussions plus tard dans l’année.
«Je pense que ce partenariat est en train de se redéfinir très, très rapidement», a déclaré M. Goyal lundi.
Le ministre a affirmé que la visite de M. Carney «avait complètement changé la façon dont le Canada et l’Inde se percevaient mutuellement».
«Elle a ouvert la voie à une refonte complète de cette relation, en établissant de nouveaux programmes et de nouveaux objectifs, a-t-il expliqué. Je constate clairement que la rapidité et la volonté des deux parties, le Canada et l’Inde, sont phénoménales lorsqu’il s’agit de travailler ensemble.»
Outre l’objectif de conclure un accord de libre-échange d’ici la fin de l’année, M. Goyal a indiqué que les deux pays s’efforçaient également de tripler leurs échanges commerciaux pour atteindre 50 milliards $ d’ici 2030.
M. Goyal est accompagné de plus de 100 hauts représentants d’entreprises issues de secteurs tels que les mines, l’énergie, l’automobile et l’aérospatiale, dans ce que l’Inde qualifie de plus grande délégation commerciale jamais envoyée au Canada.
Au cours de sa visite à Ottawa, M. Goyal a rencontré M. Carney et la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand. Pendant son séjour au Canada, il doit également rencontrer les PDG de grandes entreprises, de jeunes pousses et de fonds de pension.
M. Sidhu a souligné que les deux pays ont pris part à une «diplomatie WhatsApp» et que le Canada doit envoyer une délégation en Inde pour poursuivre les négociations commerciales plus tard dans l’année.
Les libéraux se sont fixé pour objectif de doubler les exportations hors États-Unis au cours de la prochaine décennie et se sont félicités d’avoir signé 20 accords stratégiques en matière de commerce et de défense à travers le monde au cours de l’année écoulée.
M. Carney s’est rendu dans 25 pays au cours de 17 voyages internationaux depuis mars 2025.
M. Sidhu a précisé que le gouvernement cherchait à signer deux autres accords commerciaux majeurs avant la fin de l’année, avec le bloc commercial sud-américain du Mercosur et l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est.
Une volonté d’agir rapidement
Vina Nadjibulla, vice-présidente de la recherche et de la stratégie à la Fondation Asie-Pacifique du Canada, a mentionné lors d’une entrevue qu’il existait une volonté politique des deux côtés d’avancer le plus rapidement possible vers un accord de libre-échange.
Elle a ajouté que les deux pays cherchaient à diversifier leurs relations et à réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. L’Inde a récemment signé des accords commerciaux avec l’Union européenne, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande.
Mme Nadjibulla a souligné que l’Inde offrait au Canada un marché gigantesque et une économie complémentaire. Le Canada, a-t-elle précisé, peut fournir du pétrole à l’Inde.
Mme Nadjibulla a rappelé que l’Inde avait été durement touchée par les perturbations dans le détroit d’Ormuz dues à la guerre en Iran, ajoutant que l’Inde est le troisième importateur mondial de pétrole.
Selon elle, l’Inde achetait déjà du pétrole canadien, mais il existe «un potentiel bien plus important». Elle a ajouté que l’Inde s’intéressait également à l’uranium, aux minéraux critiques et aux technologies renouvelables du Canada.
«Je pense que l’énergie peut absolument servir de point d’ancrage pour la construction de ce nouveau partenariat économique», a-t-elle affirmé.
«La fiabilité de l’approvisionnement est un enjeu majeur, et c’est exactement ainsi que le Canada se positionne en Asie. (…) Nous sommes une source d’approvisionnement fiable qui transitera par l’océan Pacifique sans aucun goulot d’étranglement», a-t-elle fait valoir.
Mme Nadjibulla a expliqué que le Canada est déjà un important fournisseur de lentilles, de pois et de potasse.
Elle a ajouté que l’Inde souhaiterait également développer des partenariats technologiques dans les domaines de l’IA et de l’informatique quantique, et attirer les investissements canadiens.
«Il s’agit d’un changement radical par rapport à la situation d’il y a encore deux ans et, du côté indien, on attribue clairement cette réinitialisation au leadership du premier ministre Carney», a-t-elle indiqué.
— Avec des informations de David Baxter

