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Un groupe ouïghour demande au Canada de s'opposer à la «loi sur l'unité» de la Chine

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Mehmet Tohti, directeur général du Projet de défense des droits des Ouïghours, est photographié à Ottawa le mardi 11 juillet 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Mehmet Tohti, directeur général du Projet de défense des droits des Ouïghours, est photographié à Ottawa le mardi 11 juillet 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick (Sean Kilpatrick)

Un militant pour les droits des Ouïghours estime que la réaction d’Ottawa face à une nouvelle loi chinoise sur l’unité ethnique est tiède et ne respecte pas la promesse faite par le Canada de lutter contre la répression transnationale.

Pékin a promulgué une loi qui donne au gouvernement chinois une base juridique pour poursuivre des personnes ou des organisations situées en dehors de la Chine si leurs actions sont jugées préjudiciables au progrès de «l’unité ethnique».

«C’est un exemple typique d’oppression transnationale», a déclaré Mehmet Tohti, directeur général du Projet de défense des droits des Ouïghours.

«Notre réaction face à la Chine s’estompe, jour après jour, semaine après semaine. Et puis, on n’entend plus grand-chose sur la répression transnationale ou les violations flagrantes des droits de l’homme.»

La Chine affirme que cette loi favorise l’harmonie entre les 55 groupes ethniques du pays, qui représentent un peu moins de 9 % de la population totale de 1,4 milliard d’habitants.

La loi impose l’utilisation du mandarin comme langue principale dans l’enseignement.

Elle stipule que tous les citoyens chinois ont le devoir de «forger une conscience commune du pays chinois conformément à la loi et à la Constitution».

Elle pourrait avoir des répercussions sur des minorités, telles que les Tibétains et les Ouïghours, qui ont par le passé contesté les politiques de Pékin, y par des moyens parfois violents.

Les Ouïghours constituent une minorité majoritairement musulmane qui a été la cible d’une longue campagne de détention, puis d’incarcération, menée par la Chine. Alors que les camps d’internement de courte durée auraient été fermés en 2019, des milliers d’entre eux se sont retrouvés en prison, où, selon des experts, ils ont été visés en raison de leur identité et non pour des crimes réels.

L’ambassadeur du Canada auprès des agences des Nations unies à Genève, Peter MacDougall, a cité cette loi parmi une série de questions suivies de près par Ottawa, dans une déclaration faite le 16 juin devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en réponse à un rapport annuel sur les droits de l’homme dans le monde.

«Nous sommes également préoccupés par la loi sur l’unité ethnique en Chine et appelons au respect des droits de l’homme des minorités», a-t-il déclaré, tout en abordant des questions sans rapport avec ce sujet concernant l’Afghanistan, l’Iran et l’Ukraine. 

M. Tohti s’est dit stupéfait qu’Ottawa n’ait rien dit sur les risques que cette loi soit utilisée pour persécuter des personnes au Canada et ailleurs.

«C’est une déclaration vague et très faible, a affirmé M. Tohti. La nature de la répression transnationale chinoise, cette dimension, est pratiquement ignorée. Et cela devrait être la priorité absolue pour le Canada.»

M. Tohti a souligné qu’il existait notamment un risque que la Chine lance des mandats d’arrêt pouvant conduire à l’arrestation de personnes se rendant dans des pays ayant conclu des traités d’extradition avec la Chine, comme la Corée du Sud. La loi sur la sécurité nationale de Hong Kong a déjà été utilisée pour mettre à prix la tête de militants à l’étranger, y compris au Canada.

Il a ajouté qu’Ottawa devrait mener une action mondiale pour protéger les dissidents chinois contre cette loi, mais il craint que le gouvernement n’ait renoncé à aborder publiquement les questions relatives aux droits de l’homme depuis la visite du premier ministre Mark Carney à Pékin en janvier.

M. Tohti a rappelé que le gouvernement Carney avait fait de la répression transnationale une priorité lorsqu’il avait accueilli le sommet du G7 l’année dernière.

«Nous devrions jouer un rôle de premier plan. Or, nous avons pratiquement retiré tous ces leviers d’influence importants de notre programme, et nous nous exprimons donc désormais avec modération. Nous ne parlons plus beaucoup des droits de l’homme en Chine», a-t-il soutenu.

Affaires mondiales Canada a affirmé qu’il contesterait diverses politiques menées par différents pays.

«Le Canada continuera de collaborer avec ses partenaires internationaux pour défendre la promotion et la protection des droits de l’homme à l’échelle mondiale, y compris les droits des minorités», a écrit la porte-parole Samantha Lafleur, ajoutant que la politique étrangère d’Ottawa était façonnée par l’attachement des Canadiens à la diversité sur leur propre territoire.

Depuis 2023, le Canada brigue un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour la période 2028-2030.

La vice-présidente du parti conservateur, Melissa Lantsman, a affirmé que la loi représentait une oppression légalisée de la part du parti communiste chinois.

«La nouvelle “loi sur l’unité ethnique” de Pékin n’est que le dernier outil en date de l’arsenal de contrôle du PCC, qui va de la répression des droits des minorités sur son territoire à la menace pesant sur Taïwan à l’étranger. L’autoritarisme ne s’arrête pas aux frontières», a-t-elle écrit sur la plateforme X.

L’Union européenne et le département d’État américain ont déclaré qu’ils ne permettraient pas que la nouvelle loi chinoise soit appliquée sur leur territoire. Le Canada ne s’est pas exprimé explicitement à ce sujet.

Interrogé sur les réactions négatives des États-Unis et de l’Europe face à cette loi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, n’a pas expliqué pourquoi celle-ci prévoyait des applications extraterritoriales.

«Certains pays, prisonniers de préjugés idéologiques et mus par des manœuvres politiques, choisissent de fermer les yeux sur les progrès de la Chine en matière de développement socio-économique et de protection des droits de l’homme. Au lieu de cela, ils sortent les faits de leur contexte, calomnient malicieusement les politiques ethniques de la Chine, et fabriquent et diffusent de fausses informations», a déclaré M. Guo le 3 juillet.

«Par une ingérence aussi flagrante dans les affaires intérieures de la Chine, ils tentent de discréditer l’unité ethnique en Chine. Nous rejetons fermement ces agissements. Nous exhortons les pays concernés à respecter les faits tels qu’ils sont, à cesser de répandre des mensonges et à ne plus s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine en exagérant les questions ethniques.»

— Avec des informations de l’Associated Press

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste