Politique

Un ambassadeur s'excuse pour avoir envoyé une invitation uniquement en anglais

Mark Wiseman a reconnu que le fait de ne pas avoir également envoyé l’invitation en français constituait une «erreur inacceptable».

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L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, devant le Comité permanent des affaires étrangères, à Ottawa, le 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, devant le Comité permanent des affaires étrangères, à Ottawa, le 23 avril 2026. (Spencer Colby/La Presse Canadienne)

L’ambassadeur du Canada à Washington a présenté ses excuses pour avoir envoyé une invitation aux députés uniquement en anglais.

Lors d’une réunion d’un comité à Ottawa jeudi, l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, a reconnu que le fait de ne pas avoir également envoyé l’invitation en français constituait une «erreur inacceptable».

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Mark Carney s’est dit déçu que l’invitation adressée aux membres du Comité permanent des affaires étrangères pour assister à une réception à Washington le mois prochain n’ait été rédigée qu’en anglais.

Le premier ministre a également qualifié cela d’inacceptable.

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a soutenu que cette erreur doit soulever des doutes sur la capacité du gouvernement Carney à comprendre et à défendre les intérêts québécois.

«C’est un manque de respect pour la langue française et ça remet en question l’engagement de M. Carney de protéger les intérêts des Québécois et des francophones dans les négociations avec les États-Unis», a-t-il affirmé lors d’un point de presse.

M. Wiseman a pris ses fonctions diplomatiques dans la capitale américaine en février, alors que le président Donald Trump continuait de perturber les relations bilatérales avec des droits de douane et des menaces d’annexion.

Sa nomination a suscité la controverse au Québec en raison de ses commentaires antérieurs critiquant le système canadien de gestion de l’offre.

Wiseman s’explique devant les élus

Jeudi, M. Wiseman a essuyé des critiques répétées de la part du député du Bloc québécois Alexis Brunelle-Duceppe et du député conservateur Jason Groleau, qui lui ont demandé s’il serait en mesure de défendre la gestion de l’offre face aux plaintes répétées de M. Trump à l’égard de ce système.

L’ambassadeur a répondu que son rôle était de soutenir les politiques du gouvernement du Canada. M. Carney a clairement indiqué, tout comme le Parlement, que la gestion de l’offre n’était pas sur la table des négociations. Son opinion n’aurait donc aucune importance, a-t-il affirmé.

M. Wiseman a indiqué qu’avec le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, et la négociatrice en chef, Janice Charette, il avait fait part à ses homologues américains des préoccupations du Canada concernant les droits de douane américains et d’autres questions.

M. LeBlanc a rencontré le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, à Washington le mois dernier — une rencontre que certains ont perçue comme un signe de dégel dans les relations entre le Canada et les États-Unis.

M. Trump a gelé les négociations commerciales avec le Canada l’année dernière parce qu’il était irrité par une publicité commanditée par l’Ontario. On y voyait un extrait de l’ancien président Ronald Reagan en train de critiquer les droits de douane.

Mais Ottawa n’a toujours pas entamé de négociations officielles avec les États-Unis en vue de la révision imminente de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, mieux connu sous le nom d’ACEUM.

M. Greer était au Mexique en début de semaine pour des discussions sur l’accord trilatéral.

Le Mexique et les États-Unis ont annoncé que le premier cycle officiel de négociations bilatérales dans le cadre de l’ACEUM aurait lieu avec les États-Unis le mois prochain. Des responsables mexicains et américains s’étaient déjà rencontrés à Washington.

M. Greer a critiqué l’approche d’Ottawa et a déclaré que les négociations commerciales avec le Canada prenaient du retard. Lors d’une audition au Capitole mercredi, M. Greer a déclaré que le Canada «misait encore plus sur la mondialisation alors que nous essayons de corriger les problèmes de la mondialisation».

«Ce sont donc deux modèles qui ne s’accordent pas très bien», a-t-il indiqué.

Le Canada mise sur la patience

M. Wiseman a été interrogé en comité pour savoir si Ottawa ralentissait délibérément les négociations et s’il y avait un risque que le Canada soit laissé de côté alors que les pourparlers entre le Mexique et les États-Unis se poursuivent.

Il a répondu que le Canada était prêt à commencer le processus de révision avec les deux pays signataires de l’ACEUM.

Le député conservateur Kyle Seeback a souligné que l’administration Trump avait indiqué qu’elle aussi était prête à discuter.

«Qu’est-ce qui bloque?», a-t-il demandé.

M. Wiseman a répété à plusieurs reprises qu’il ne donnerait pas de détails sur les discussions et qu’il ne savait pas encore quand les négociations commenceraient officiellement. Il a indiqué que des échanges étaient en cours concernant les droits de douane sectoriels imposés par M. Trump à des industries telles que l’acier, l’aluminium, l’automobile et l’ébénisterie.

Le premier ministre Carney a mentionné plus tôt jeudi que le Canada était prêt à entamer des négociations approfondies, mais que son gouvernement est prêt à attendre s’il le faut.

M. Wiseman, ancien banquier d’affaires international et gestionnaire de fonds de pension, a remplacé Kirsten Hillman, fonctionnaire de longue date et experte en politique commerciale qui a travaillé à l’ambassade à Washington pendant huit ans, dont six en tant qu’ambassadrice.

Mme Hillman était également négociatrice en chef du Canada pour le commerce, un rôle désormais occupé par Mme Charette.

L’ambassadeur a souligné que, bien qu’il participe aux négociations, son travail est de promouvoir les intérêts du Canada à travers les États-Unis. Cela implique de nouer des relations avec les parties prenantes, a-t-il précisé.

Il a indiqué avoir rencontré des législateurs américains, des membres de l’administration Trump, ainsi que des groupes d’entreprises et de syndicats.

Les Américains ne se réveillent pas en pensant au Canada, a déclaré M. Wiseman, et il est important de leur rappeler l’importance des liens économiques, de défense et personnels entre les deux pays.

Les relations entre le Canada et les États-Unis ne sont pas terminées, a-t-il assuré, mais elles ont clairement changé.

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste