Les partis politiques à l’Assemblée nationale ont fait front commun mercredi pour dénoncer les propos du premier ministre canadien, Mark Carney, qui a affirmé qu’en vertu de la loi sur la clarté, une majorité claire, «ce n’est pas 50 % plus un».
«C’est très clair que si les Québécois souhaitaient décider d’enjeux constitutionnels relativement à leur avenir, c’est les lois du Parlement du Québec qui s’appliquent. Tous les parlementaires ici, à Québec, et tous les gouvernements successifs de l’État québécois, ont toujours eu la même position. Alors, c’est le cadre légal québécois qui s’applique, point final», a tranché le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, en mêlée de presse mercredi à l’Assemblée nationale.
Pour son collègue aux Relations internationales, Christopher Skeete, le Québec «n’a pas de leçons à recevoir du gouvernement fédéral sur les actions démocratiques».
«Le Québec a des lois qui ont été très claires à ce niveau-là. Je pense que le fédéral ne devrait pas se mêler de ce genre de discussions qui appartient au peuple québécois», a-t-il affirmé.
Même son de cloche du côté des libéraux. «La position est très très claire. C’est la même que celle de tous les élus de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire que la loi 99 est très claire: c’est 50 % plus un. Alors, on est à la fois fédéraliste et démocrate au Parti libéral du Québec», a affirmé le chef libéral Charles Milliard.
La loi 99, adoptée en 2000, stipule en effet que «lorsque le peuple québécois est consulté par un référendum tenu en vertu de la Loi sur la consultation populaire, l’option gagnante est celle qui obtient la majorité des votes déclarés valides, soit 50 pour cent de ces votes plus un vote».
Le Parti québécois, qui compte tenir un référendum dans un premier mandat, trouve «inquiétants» et «inacceptables» les propos du premier ministre du Canada.
«Encore une fois, Mark Carney fait non seulement la démonstration qu’il ne connaît pas le Québec, mais en plus, il démontre qu’il n’y a pas d’argument pour défendre son projet, pour défendre la fédération canadienne», a soutenu le député péquiste Alex Boissonneault.
«C’est absolument inacceptable. La question est fondamentale, elle est réglée, elle est scellée. (...) Donc, M. Carney n’a pas d’affaires dans cette question-là. Elle va être réglée à 50 % plus un. C’est la fin de la discussion, c’est la fin d’histoire», a renchéri le solidaire Guillaume Cliche-Rivard.
Oui ou non?
Mardi, le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, a révélé qu’il voterait Oui, alors que son collègue aux Relations canadiennes, Jean Boulet, a indiqué qu’il serait plutôt dans le camp du Non.
Les oppositions ont profité de leur point de presse matinal mercredi pour tendre la main aux caquistes souverainistes et fédéralistes en vue d’un éventuel troisième référendum sur l’indépendance du Québec.
Charles Milliard a déjà dit qu’il était prêt à conduire l’autobus du camp du Non.
«Je fais partie de la majorité des Québécois qui ne veulent pas de référendum. Si jamais le Parti québécois arrive au pouvoir et fait un référendum, on va devoir se rassembler. (...) Alors tous les gens qui veulent partager cette option-là seront les bienvenus», a-t-il affirmé en point de presse mercredi à l’Assemblée nationale.
Alex Boissonneault croit qu’il y a «un inconfort» pour les élus souverainistes au sein de la CAQ, car elle reste un «parti fédéraliste».
Questionné à savoir s’il y avait de la place pour des gens comme Mathieu Lacombe dans l’autobus du Oui, il a répondu: «On rassemble tout le monde. Ça, c’est clair», a-t-il dit.
Guillaume Cliche-Rivard a soutenu qu’«être souverainiste et caquiste, c’est irréconciliable».
«Tant mieux pour M. Lacombe. On va prendre tous ceux qu’on est capables de prendre dans le camp du Oui», a-t-il lancé.
Le député solidaire aimerait d’ailleurs savoir où logent d’autres caquistes comme Simon Jolin-Barrette ou encore Jean-François Roberge – tous deux de l’aile nationaliste de la CAQ.
«Quelle déclaration?»
Mais justement, les caquistes interrogés dans les couloirs de l’Assemblée nationale mercredi ont été moins loquaces que les ministres Boulet et Lacombe la veille.
MM. Jolin-Barrette et Roberge n’ont pas voulu dire pour quelle option ils voteraient en cas de référendum.
«Je vais faire campagne en Beauce contre la tenue d’un référendum qui serait très difficile pour nos PME et très difficile pour notre économie. Donc moi, je suis dans le camp qui n’en veut pas», a pour sa part affirmé le ministre Samuel Poulin.
Le ministre Lacombe n’a pas voulu revenir sur sa déclaration de la veille. «Quelle déclaration? Je vous souhaite une excellente journée», a-t-il lancé avant de s’éclipser.

