Le Québec est «mûr pour une réflexion» sur l’utilisation de l’eau potable et sa tarification, a laissé entendre jeudi le ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin.
En commission parlementaire, il a évoqué des exemples où le recours à des compteurs d’eau avait contribué à réduire de façon «importante» la consommation, ce qui avait permis d’éviter d’agrandir l’usine de filtration locale.
«Je suis en train de réfléchir davantage avec le monde municipal sur cet enjeu», a-t-il ajouté, en précisant que des programmes gouvernementaux permettent aux Villes de financer l’installation de compteurs d’eau.
«Le gouvernement entend-il encourager concrètement les municipalités à mettre en place une tarification de l’eau potable?» a par la suite demandé le député péquiste Alex Boissoneault.
«Ce n’est pas notre intention», a répondu M. Poulin, en rappelant le principe de l’autonomie municipale.
Le gouvernement va par ailleurs lancer bientôt une campagne sur l’utilisation de l’eau potable, a fait savoir le ministre.
La question de la tarification de l’eau a été lancée notamment par la publication récente d’un rapport de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).
Le document rédigé par deux anciens ministres des Finances, Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau, recommandait d’«accroître le recours à la tarification de l’eau», en vue de financer la réfection des infrastructures, qui souffrent d’un déficit d’entretien important.
En 2025, le déficit de maintien d’actifs des infrastructures municipales d’eau et de la chaussée au-dessus des canalisations était estimé à 49,7 milliards $, indique le rapport, en citant une étude du Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines.
Le ministre Samuel Poulin a plutôt fait valoir que le Plan québécois des infrastructures de son gouvernement réservait 7,3 milliards $ pour le maintien des actifs dans les municipalités, en plus de transferts aux municipalités de 7,4 milliards $ en 2026.
Il a plaidé que 95 % des installations de traitement, d’approvisionnement et de distribution d’eau potable sont estimées dans un état satisfaisant. Pour ce qui est des installations de collecte et de traitement des eaux usées et pluviales, le taux est de 92 %.
Cependant, il a convenu qu’il faudrait 19,3 milliards $ pour remettre à niveau toutes les infrastructures en eau à risque de défaillance «élevée ou très élevée».
La députée libérale Marie-Claude Nichols a pour sa part rappelé que les municipalités sont responsables de plus 101 000 km de canalisations d’eau et d’égout, ainsi que de 10 400 infrastructures liées à ce domaine.
Pas moins de 43 municipalités ont dû freiner des projets de construction d’habitations en raison du manque de capacité des usines de traitement des eaux, a-t-elle ajouté. Ainsi, 36 000 unités de logement n’ont pas pu être construites.

