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«Souvenez-vous-en, Mark»: Trump décoche une flèche vers le premier ministre canadien

Le président américain a aussi insisté mercredi sur le fait qu’il n’aurait pas recours à la force pour s’emparer du Groenland.

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Switzerland Davos Trump Le président Donald Trump s'exprime lors de la 56e réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, le mercredi 21 janvier 2026. (Laurent Gillieron/Keystone via AP)

Le président américain Donald Trump a avancé que le premier ministre Mark Carney n’est pas «reconnaissant» après que ce dernier a soutenu lors d’un important discours que le monde était entré dans une nouvelle ère dangereuse, marquée par les rivalités entre grandes puissances.

Lors de son discours prononcé mercredi au Forum économique mondial de Davos, M. Trump a indiqué avoir entendu le discours prononcé la veille par le premier ministre canadien au forum, allocution qui a été largement saluée à travers le monde. Le président a affirmé que «le Canada reçoit beaucoup de cadeaux» des États-Unis et devrait être reconnaissant.

«J’ai regardé votre premier ministre hier. Il n’était pas très reconnaissant», a déclaré M. Trump.

«Le Canada vit grâce aux États-Unis, a-t-il continué. Souvenez-vous en, Mark, la prochaine fois que vous ferez une déclaration.»

Bien que le discours de M. Carney – qui lui a valu une ovation au forum international – ne mentionne pas M. Trump par son nom, le premier ministre a soutenu que l’ancien ordre mondial avait pris fin et a exhorté les puissances moyennes à s’unir pour résister à la coercition économique menée par les plus grandes.

Les commentaires de M. Trump concernant le premier ministre canadien ont été formulés alors que le président évoquait son projet de bouclier antimissile «dôme d’or».

Il avait précédemment déclaré que l’adhésion à ce projet coûterait 61 milliards $ à Ottawa, tout en insistant sur le fait que le Canada devrait devenir le «51e État».

«Les puissances moyennes comme le Canada ne sont pas impuissantes»: discours de Carney à Davos Dans son discours au Forum économique mondial, à Davos, Mark Carney a notamment tracé une nouvelle voie pour le Canada, dans laquelle l’ancien ordre mondial ne reviendra pas.

Les dirigeants mondiaux ne savent plus où se placer face à l’instabilité croissante des États-Unis. Les politiques tarifaires volatiles de M. Trump et ses menaces contre la souveraineté d’autres pays ont bouleversé les alliances traditionnelles et semé le doute sur l’engagement des États-Unis envers l’OTAN.

Les commentaires du président sur le Groenland ont ébranlé les alliés des États-Unis et éclipsé le forum.

M. Trump avait menacé d’imposer des droits de douane au Danemark et à d’autres pays européens qui s’opposent à céder le Groenland aux Américains. Il a retiré cette menace dans un message publié mercredi sur les réseaux sociaux — le jour même où l’Europe a suspendu l’approbation d’un accord commercial conclu avec les États-Unis l’été dernier.

Dans la publication, le président a indiqué avoir eu une réunion productive avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et a affirmé qu’ils avaient «établi le cadre d’un futur accord concernant le Groenland et, en fait, toute la région arctique».

Il a ajouté qu’ils discutaient actuellement de ce qui a trait au Groenland dans son projet de «dôme doré».

Interrogée à savoir si le président Trump faisait également référence au Canada en parlant de «toute la région arctique», la porte-parole de la Maison-Blanche Anna Kelly a répondu dans un courriel envoyé à La Presse Canadienne que «les détails du cadre continueront d’être dévoilés à mesure que les discussions progressent».

La porte-parole de l’OTAN Allison Hart a confirmé que MM. Rutte et Trump «ont discuté de l’importance cruciale de la sécurité dans la région arctique pour tous les alliés, y compris les États-Unis».

«Les discussions entre les alliés de l’OTAN sur le cadre évoqué par le président porteront principalement sur le fait de garantir de la sécurité dans l’Arctique grâce aux efforts collectifs des alliés, en particulier les sept alliés arctiques, a expliqué Mme Hart dans un communiqué envoyé par courriel. Les négociations entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis se poursuivront afin de garantir que la Russie et la Chine ne puissent jamais s’implanter, économiquement ou militairement, au Groenland.»

Au cours de son discours décousu de mercredi, le président américain s’en est pris à l’Europe et a réitéré son affirmation selon laquelle les États-Unis ont besoin du Groenland.

M. Trump a également lié ses aspirations expansionnistes à son mécontentement de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix.

Les membres de l’OTAN peuvent approuver la saisie du Groenland par les États-Unis, «et nous leur en serions très reconnaissants. Ou vous pouvez dire “non”, et nous nous en souviendrons», a indiqué M. Trump.

Le président américain a nommé par erreur l’Islande au lieu du Groenland à plusieurs reprises pendant son discours.

Les dirigeants européens ont affirmé que le Groenland était une ligne rouge qu’ils ne sont pas prêts à franchir.

M. Carney a également eu un entretien avec M. Rutte mercredi. Les deux hommes ont «réaffirmé leur engagement mutuel envers la souveraineté et l’intégrité territoriale du Danemark, y compris du Groenland», selon un compte-rendu du bureau du premier ministre.

Carney à Québec

Le premier ministre Mark Carney se rendra jeudi à Québec pour deux jours de réunions privées avec son cabinet avant la reprise des travaux parlementaires la semaine prochaine.

Dans un communiqué de presse, le cabinet du premier ministre indique que ces deux jours de réunions porteront principalement sur l’économie, l’accessibilité financière et la sécurité.

Le communiqué précise que les ministres et les secrétaires d’État discuteront des progrès réalisés dans la mise en œuvre des priorités énoncées dans leurs lettres de mandat et élaboreront des plans pour «apporter des changements au cours de l’année à venir».

Avec la collaboration de Catherine Morrison, La Presse canadienne

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste