Ça n’aura pas le glamour hollywoodien du célèbre festival international du film de Toronto qui se déroule en même temps, mais ce qui manque au Sommet de l’investissement canadien en termes de vedettes, il le compensera par des moyens financiers considérables.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La liste des invités au sommet, organisée par le Bureau du premier ministre, ne comprend pas de célébrités, mais elle inclut de gros investisseurs institutionnels qui gèrent collectivement plus de 100 000 milliards de dollars de capitaux.
Le premier ministre Mark Carney s’est fixé l’objectif ambitieux de «mobiliser» 1000 milliards de dollars d’investissements au cours des cinq prochaines années. Ça va impliquer de présenter des projets d’envergure et de convaincre les investisseurs de signer des chèques bien garnis.
Mais atteindre cet objectif est devenu plus difficile depuis que le sommet a été annoncé en avril. Les pourparlers commerciaux avec les États-Unis ont échoué. La Maison-Blanche a imposé de nouveaux droits de douane de 50 % et le Canada s’apprête à riposter après la Fête du Travail.
Il y a aussi eu des remous internes: la principale organisatrice du sommet, la cheffe de la direction d’Investir au Canada, Laurel Broten, a démissionné sans explication, deux semaines avant l’événement.
Le premier ministre a depuis nommé Dominic Barton, ancien ambassadeur au Chine et actuel président du conseil d’administration de Rio Tinto, à la tête de l’organisme fédéral.
Le maître de la promotion
Même si l’avenir du Canada avec les États-Unis ne sera peut-être pas exempt de droits de douane, le pays a tout de même des accords de libre-échange avec 50 autres pays.
Au sommet, Mark Carney sera le principal porte-parole, tandis que les 13 premiers ministres provinciaux et territoriaux devraient jouer un rôle clé.
Selon diverses sources issues de l’industrie et du gouvernement, plus de 100 investisseurs institutionnels devraient assister au sommet les 14 et 15 septembre.
CTV News ne révèle pas l’identité de ces sources, car elles n’étaient pas autorisées à s’exprimer, l’organisation de l’événement étant gérée par le cabinet du premier ministre.
Les invités viennent d’au moins 11 pays différents et comprennent des dirigeants de banques d’investissement, des gestionnaires de fonds d’État et de grands fonds de retraite.
Alors que les responsables de l’administration Trump multiplient les insultes, l’événement de Carney a attiré 33 sociétés d’investissement américaines – la plus grande délégation parmi tous les pays.
Le deuxième plus grand groupe d’investisseurs est canadien et comprend les plus grands fonds de retraite du pays.
Voici une liste partielle des groupes d’investisseurs par pays participant au Sommet de l’investissement au Canada, telle que communiquée à CTV News:
- 28 du Canada
- 33 des États-Unis
- 9 du Royaume-Uni
- 8 de la France
- 7 de l’Australie
- 4 des Émirats arabes unis
- 3 de la Chine
- 2 de la Malaisie
- 1 de la Norvège
- 1 de Singapour
- 1 de l’Arabie saoudite
Une source a dit à CTV que les bonnes personnes sont présentes, mais qu’elles ne viennent pas pour «s’amuser».
«Ils ne veulent pas entendre de discours. Ce qu’ils ont dit, c’est : “Je viens – alors dis-moi ce que je peux acheter”», a soutenu la source.
L’ordre du jour du sommet, obtenu par CTV News, prévoit des discours du premier ministre et de cinq de ses ministres, ainsi que des tables rondes.
Une marge de manœuvre et une longueur d’avance
En avril, le cabinet du premier ministre a affirmé que ses investissements en capital sur cinq ans pour soutenir des tiers, totalisant environ 280 milliards de dollars, devraient permettre de mobiliser plus de 1000 milliards de dollars d’investissements au total.
Pour atteindre cet objectif d’un billion de dollars, les gouvernements provinciaux et municipaux ainsi que les grands investisseurs institutionnels au Canada et à l’étranger devront mettre la main à la poche.
Depuis qu’il est devenu premier ministre, Mark Carney a donné la priorité aux rencontres avec des groupes d’investisseurs privés et d’État lors de ses voyages à l’étranger.
Avant que la guerre commerciale ne s’intensifie, il a réussi à obtenir des engagements d’investissement de la part d’autres pays.
En novembre 2025, lors d’une visite aux Émirats arabes unis, les dirigeants des fonds souverains des Émirats se sont engagés à investir 70 milliards de dollars dans les minéraux essentiels, l’énergie, les ports et l’IA du Canada, mais aucun projet précis n’a été mentionné.
Quatre fonds d’État des Émirats arabes unis seront à Toronto.
Le plus gros fonds souverain du monde, celui de la Norvège, sera également présent.
Vendredi, Norges Bank Investment Management, qui gère ce fonds de 2300 milliards de dollars, a annoncé son intention de réduire ses avoirs en obligations du Trésor américain pour améliorer ses rendements.
Alors qu’il restructure ses investissements, le haut responsable du fonds va examiner de plus près ce que le Canada a à offrir.
Séances en petits groupes
Le somptueux hôtel Four Seasons, au centre-ville de Toronto, accueillera le sommet.
L’ordre du jour communiqué à CTV News prévoit des discours du premier ministre et de ses ministres dans la grande salle de bal, mais les véritables ententes seront conclues lors de séances en petits groupes à huis clos.
Deux sources indiquent que les provinces et les territoires ont soumis une liste de projets susceptibles de faire l’objet d’investissements, et que le Bureau du premier ministre compilera cette liste pour en faire un «cahier d’ententes» final.
Parmi les projets proposés, on trouve des projets hydroélectriques, l’exploitation de ressources naturelles comme le pétrole et le gaz, les minéraux essentiels, les ports et les centres de données.
Les séances en petits groupes où les présentations auront lieu seront à accès restreint. Seuls le premier ministre, certains ministres et les premiers ministres provinciaux seront présents dans la salle avec le responsable de chaque groupe d’investisseurs.
Par exemple, CTV News a appris que le développement du port de Churchill, dans le nord du Manitoba, figure dans le «livre des ententes».
L’agrandissement du port grâce à la connexion des lignes ferroviaires reliant les Prairies à l’Arctique fait partie du plan visant à transformer Churchill en un port en eau profonde fonctionnant toute l’année.
Selon certaines sources, le premier ministre Wab Kinew devrait présenter ce projet aux investisseurs. Les dirigeants des entreprises ne seront même pas présents dans la salle.
«L’industrie est prête à répondre à la demande»
Le projet hydroélectrique de Churchill Falls et de Gull Island sera probablement un autre projet ouvert aux investissements étrangers.
M. Carney l’a décrit comme le «plus grand investissement en énergie propre en Amérique du Nord», avec un potentiel de production pouvant atteindre 14 000 mégawatts d’électricité.
Une fois que les nouvelles centrales, les éoliennes et les lignes de transport d’électricité seront construites, les responsables estiment que le projet pourrait valoir plus de 50 milliards de dollars.
Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a affirmé dans une déclaration à CTV News qu’il abrite déjà «de nombreux projets d’envergure, avec d’autres à venir qui nécessiteront des investissements en capital».
«Terre-Neuve-et-Labrador dispose d’un portefeuille de projets variés, comme l’exploitation pétrolière en mer, l’hydroélectricité, les nouvelles ressources en gaz naturel, les projets éoliens et d’hydrogène, ainsi que de nombreuses exploitations minières, puisque la province recèle 34 minéraux essentiels.»
Les responsables de Terre-Neuve-et-Labrador qualifient le sommet sur l’investissement organisé par le gouvernement fédéral de «superbe occasion de montrer aux investisseurs que le Canada a ce dont le monde a besoin et que l’industrie est prête à répondre à la demande».

