L’ancien premier ministre Jean Chrétien n’est «pas trop inquiet» du mouvement indépendantiste en Alberta et du référendum prévu à l’automne sur la question de la séparation, mais il met en garde les autorités contre toute forme de complaisance à l’égard de ce dossier.
M. Chrétien s’est entretenu avec Mike Le Couteur, correspondant politique principal de CTV News, à la veille de l’investiture de la 31e gouverneure générale du Canada, Louise Arbour — qu’il a qualifiée de «choix parfait» pour ce poste.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Elle incarnera ce qu’est un bon Canadien», a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé quel était le rôle du gouverneur général dans le maintien de l’unité et quelle en était l’importance à l’heure actuelle au Canada.
«Elle jouit d’une renommée internationale, et cela tombe à point nommé alors que le monde est en proie à de nombreux bouleversements», a-t-il ajouté. «Nous avons un premier ministre qui a lui aussi fait carrière sur la scène internationale, de sorte que les gens partout dans le monde seront impressionnés par la qualité des personnalités que nous produisons au Canada.»
Alors que le sentiment séparatiste couve en Alberta, les électeurs se préparent à un référendum en octobre, au cours duquel on leur demandera s’ils souhaitent rester au sein du Canada ou lancer un processus officiel en vue d’un référendum ultérieur sur l’indépendance.
Jean Chrétien est lui-même Québécois et était premier ministre lors du référendum sur la séparation du Québec en 1995.
«Ce n’est pas un vrai référendum. Pour organiser un référendum au Canada, il faut une question approuvée par le Parlement du Canada.»
— Jean Chrétien
«C’est la loi du pays, c’est le projet de loi que j’ai fait adopter quand j’étais premier ministre», a-t-il dit, faisant référence à la Loi sur la clarté, qui définit les conditions dans lesquelles le gouvernement fédéral négociera la sécession d’une province.
Les avocats de plusieurs Premières Nations ont fait valoir le mois dernier que le processus référendaire de l’Alberta et son utilisation par les séparatistes sont inconstitutionnels, car il n’y a aucune obligation de consultation des Autochtones. Ils ont également déclaré que la sécession violerait les droits issus des traités.
S’adressant aux journalistes à l’époque, le premier ministre Mark Carney avait affirmé que, bien qu’il soutienne le droit d’organiser un référendum sur la séparation dans le cadre d’une démocratie, celui-ci doit également «être conforme à la Loi sur la clarté».
«Vous pourriez organiser un référendum demain pour savoir si la lune est carrée, et les gens répondraient “non”», a soutenu M. Chrétien en entrevue. «On peut consulter la population, mais le problème, c’est: “quel est l’effet juridique de ce qu’ils font?”»
«Et ce n’est qu’une consultation», a-t-il avoué. «Et même [la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith] a demandé aux Albertains de voter pour le Canada, et le chef de l’opposition est du même avis, donc je ne suis pas trop inquiet, mais nous ne devrions jamais baisser la garde.»
Le référendum de 1995 au Québec s’est soldé par une marge infime, avec 49,42% en faveur de la séparation et 50,58% en faveur du maintien au sein du Canada.
Bien que Mme Smith ait explicitement déclaré vouloir que l’Alberta reste au sein du Canada, elle a essuyé des critiques pour avoir permis au référendum d’avoir lieu en premier lieu, notamment en modifiant la loi afin de faciliter le déclenchement d’un référendum par les pétitionnaires.
S’adressant aux journalistes à la fin du mois dernier, M. Carney avait quant à lui indiqué que la question du référendum d’octobre — rester au sein du Canada ou tenir un référendum juridiquement contraignant pour le quitter — risquait d’être un « bluff très dangereux ».
Il avait également dit plus tard à la Chambre des communes que le référendum nécessiterait une majorité claire, et ne pourrait se contenter de 50% plus un, un commentaire qui a suscité des réactions négatives au Québec.
Le chef conservateur Pierre Poilievre — qui représente une circonscription rurale de l’Alberta à la Chambre des communes — fait également campagne pour que la province reste au sein du Canada, lançant lundi à Calgary sa campagne visant à promouvoir une « Alberta plus forte au sein d’un Canada uni » lors d’un discours liminaire.
Avec des informations de Mike Le Couteur et Stephanie Ha pour CTV News

