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Référendum albertain: Carney appelle à une coopération en matière d'immigration

Il estime qu’il est possible de «de travailler ensemble, de trouver des solutions» concernant les doléances albertaines.

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Les souverainistes québécois devraient-ils appuyer l'indépendance de l'Alberta? Nos débatteurs : Pablo Rodriguez, Maude Goyer et Alain Rayes et notre invitée, la stratège en communication Geneviève Normand.

Le premier ministre Mark Carney soutient que la coopération est tout à fait envisageable, au chapitre de l’immigration, avec l’Alberta, alors que de premiers résultats référendaires sur ce dossier pointent en direction de l’expression d’un désir d’autonomisme provincial en la matière.

M. Carney n’a pas manqué, alors qu’il se rendait, mardi, à une réunion de son conseil des ministres, de mentionner l’Accord Canada-Québec en matière d’immigration qui confère plusieurs pouvoirs au gouvernement québécois, notant qu’une telle entente n’existe pas avec les autres provinces.

Or, il estime qu’il est possible «de travailler ensemble, de trouver des solutions» concernant les doléances albertaines, voire celles également d’autres provinces.

Le premier ministre fédéral a indiqué qu’il s’est entretenu avec son homologue albertaine, Danielle Smith, et qu’ils ont notamment abordé cette question.

Comme il le répète surtout depuis l’élection au Québec d’un gouvernement péquiste, quoique minoritaire, M. Carney s’est dit résolu à faire preuve de «fédéralisme coopératif».

Il a rappelé son engagement à «stabiliser» et «reprendre le contrôle» sur les niveaux d’immigration afin qu’ils soient jugés soutenables. 

Le gouvernement fédéral doit, au tournant du prochain mois, dévoiler son plan pluriannuel des seuils d’immigration.

«Je ne suis pas en train de dire que la stabilisation est complétée, mais la question d’où nous allons à partir de là doit être déterminée en coopération avec les provinces», a dit le premier ministre.

Le ministre Dominic LeBlanc, notamment responsable des relations intergouvernementales, a abondé dans le même sens, relevant avoir parlé à deux autres premiers ministres lundi soir.

«On a beaucoup parlé, par exemple, sur le dossier d’immigration, d’objectifs en commun, a-t-il soutenu. On a réduit d’une façon importante le nombre de demandeurs d’asile, le nombre d’étudiants étrangers - qui était un sujet de travail qu’on a fait avec le gouvernement de l’Alberta et d’autres gouvernements provinciaux.»

Le politologue Frédéric Boily, de l’Université de l’Alberta, s’attendait lundi à ce que le désir d’autonomisme se fasse entendre à travers le référendum, même s’il anticipait aussi qu’une majorité d’Albertains voteraient pour que leur province demeure au sein de la fédération canadienne.

L’une des cinq questions référendaires qui portaient sur l’immigration met de l’avant l’idée d’imposer des «frais raisonnables» à des immigrants temporaires pour leur utilisation des systèmes d’éducation et de santé.

Selon les résultats préliminaires compilés mardi en milieu d’après-midi, 647 856 personnes s’étaient prononcées en faveur et 479 039 avaient voté contre.

«Ça, c’est le genre de question qui risque, si la réponse des Albertains va dans le sens du gouvernement, ça pourrait avoir un effet domino dans d’autres provinces», a dit M. Boily en entrevue.

Une autre question cherchait à légitimer une éventuelle loi albertaine qui empêcherait les immigrants temporaires d’accéder à des programmes sociaux financés par le public s’ils résident dans la province depuis moins de 12 mois.

Cette proposition recueille jusqu’à maintenant un soutien de 691 213 voix comptabilisées. De l’autre côté, 499 565 votes contre ont été recensés.

L’idée de couper l’accès à certains services sociaux pour des migrants avait fait débat au Québec en 2025, quand l’ex-gouvernement de François Legault avait mis en place une directive pour bloquer l’accès à des places en garderies subventionnées aux enfants d’immigrants détenteurs de permis de travail ouverts. Il avait reculé partiellement.

D’autres tentatives de Québec de restreindre l’accès aux services de garde subventionnés se sont heurtées à des écueils, notamment quand la Cour suprême du Canada a tranché en mars dernier que d’exclure les enfants de demandeurs d’asile est discriminatoire envers les femmes.

Il n’en demeure pas moins que la question de la capacité d’accueil des provinces est discutée ouvertement dans bien des provinces depuis des années et, plus récemment, au niveau fédéral.

Les groupes représentant des entrepreneurs et des employeurs rappellent régulièrement, quant à eux, les enjeux de pénurie de main-d’œuvre.

Il reste à voir comment le gouvernement Carney naviguera à travers ces questions complexes et délicates et ce que les prochaines cibles d’immigration révéleront. Chose certaine, aux yeux du professeur Boily, tous les résultats référendaires devront être pris en compte.

«Du côté fédéraliste albertain, ceux qui ont fait la campagne pour la promotion de l’option (de rester au sein du Canada) ont aussi rappelé presque tous - sauf quelques exceptions - qu’il y a des choses qui doivent changer aussi au Canada pour faire en sorte que l’Alberta ne se retrouve pas avec un nouveau problème séparatiste indépendantiste sur les bras, a-t-il noté. Donc ça, je pense que c’est peut-être une partie du message, au niveau fédéral, qui n’a pas été encore, je dirais, digérée complètement.»

Quant au nouveau gouvernement péquiste au Québec, il aura la possibilité de capitaliser - ou non - sur le souhait autonomiste de l’Alberta en termes d’immigration pour tenter de faire résonner davantage ses propres engagements.

À Ottawa, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a insisté sur l’indépendance du mouvement souverainiste albertain par rapport à celui du Québec.

Quand il est question d’immigration pancanadienne, le débat outrepasse toutefois la question de demeurer ou non au sein du Canada, a-t-il laissé entendre.

«Je pense qu’il y a beaucoup de gens au Québec et au Canada qui considèrent que le système d’immigration canadien est passablement brisé, en particulier ce qui a trait à l’immigration temporaire, a-t-il dit. Et ça n’a, de mon point de vue, rien à voir avec le droit à l’autodétermination des Albertains qui leur appartient.»

Il a ajouté qu’il «y a une vaste conversation à avoir là-dessus qui est intérimaire parce qu’éventuellement notre position, comme celle de Québec, c’est que le Québec ait l’entièreté des pouvoirs en matière d’immigration».

Le député conservateur de la circonscription québécoise de Montmorency—Charlevoix, Gabriel Hardy, a fait valoir que la tendance autonomiste en Alberta rejoint une position conservatrice dans les relations intergouvernementales.

«C’est de s’assurer qu’on régionalise l’immigration, qu’on laisse le pouvoir à ceux qui le connaissent le mieux. Qui de mieux que le Québec pour savoir où est-ce qu’il devrait envoyer les personnes qui sont issues de l’immigration?», a-t-il lancé.

La ministre de l’Immigration, Lena Diab, s’est en tenu à déclarer aux journalistes qui faisaient le pied de grue qu’elle avait l’intention de collaborer en partenariat avec les provinces, comme elle soutient l’avoir fait depuis un an.

Émilie Bergeron

Émilie Bergeron

Journaliste