Bien qu’il ait essuyé des défaites lors des trois élections partielles fédérales qui ont permis au premier ministre Mark Carney d’obtenir la majorité, le chef conservateur Pierre Poilievre affirme qu’il n’a pas l’intention de démissionner.
Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.
«Les Canadiens sont peut-être découragés en ce moment en raison de la situation politique actuelle, mais disons-le clairement: ils ne doivent pas baisser les bras», a-t-il déclaré mardi à la Chambre des communes, s’engageant à continuer de se battre pour les Canadiens.
«Et je continuerai à mener ce combat au sein de cette Chambre, à travers tout le pays, et lors des prochaines élections.»
— Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur du Canada
La part des voix des conservateurs a reculé de plus de 10 % dans les trois circonscriptions par rapport au scrutin fédéral de 2025, le candidat de M. Poilievre dans la course du centre-ville de Toronto ayant chuté à la troisième place.
Dans la circonscription très surveillée de Terrebonne, les conservateurs sont passés de 18,2 % des voix en 2025 à 3,3 % lors de l’élection partielle.
Ce recul a profité à la fois au Bloc québécois et aux libéraux.
«Le Bloc québécois a fait beaucoup mieux que nous l’année dernière», a indiqué le chef Yves-François Blanchet. Il a attribué ce résultat à l’effondrement du soutien aux conservateurs et au NPD.
«Nous avons perdu parce que, même si nous avons gagné beaucoup plus de voix en pourcentage par rapport à l’année dernière, les conservateurs se sont effondrés à [3,3 %] et le NPD à [0,5 %], et presque toutes ces voix sont allées aux libéraux.»
À Scarborough-Sud-Ouest, les conservateurs ont recueilli 12,2 % de voix de moins qu’en 2025, et 11,1 % de moins à University-Rosedale.
«Je pense que pour les conservateurs, le message qu’ils devraient retenir de la soirée d’hier est que, quelle qu’ait été leur stratégie, elle ne fonctionne pas», a expliqué Nik Nanos, sondeur pour CTV News.
«Elle ne fonctionne pas pour mobiliser leur propre base, ou ce qui était leur base en 2025, et cela montre à quel point il est important pour eux de se recentrer et de repenser leur approche.»
Les conservateurs en «position moins favorable»
Si les conservateurs affirment que ces circonscriptions n’étaient pas à la portée de Poilievre, certains reconnaissent que cette tendance à la baisse n’est pas de bon augure pour le parti.
«Cela les place dans une position moins favorable, disons affaiblie, par rapport à celle qu’ils occupaient auparavant», a soutenu David McLaughlin, ancien chef de cabinet du premier ministre Brian Mulroney. «C’est une preuve supplémentaire que le discours de la défaite s’installe.»
M. McLaughlin a ajouté: «La décision concernant l’avenir de M. Poilievre est passée du parti au caucus.»
ANALYSE | Est-ce la fin pour Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur?
Dimitri Soudas, ancien directeur de la communication de l’ancien premier ministre Stephen Harper, a expliqué que lorsque le parti subit une défaite aussi cuisante que celle de M. Poilievre lundi soir, «ce n’est pas le statu quo».
«Car cela signifie que si des élections avaient lieu aujourd’hui, de nombreux députés conservateurs de l’Ontario perdraient effectivement leur circonscription», a-t-il dit.
M. Soudas a cité la récente critique de M. Poilievre à l’égard de M. Carney – accusant le premier ministre d’être «très mal informé en matière d’économie» – comme un élément qui «rebute tout simplement le caucus».
«Je pense que le caucus conservateur a passé suffisamment de temps à se demander ce qui doit changer», a affirmé M. Soudas.
«La question la plus difficile, celle qui mène réellement au pouvoir, est de savoir qui doit changer?»
— Dimitri Soudas, ancien directeur de la communication de Stephen Harper
Cependant, lorsqu’on leur a posé des questions sur les résultats de l’élection partielle sur la Colline du Parlement, les députés conservateurs qui se sont arrêtés pour répondre aux journalistes se sont montrés provocants.
«Je soutiens Pierre à 100 %», a exprimé le député conservateur Ben Lobb. «Il essaie de faire ce qu’il faut.»
«Il est génial. Il est fantastique. Il est bien informé, il a l’expérience, il maîtrise les dossiers, il se soucie des Canadiens et il dit tout ce que les Canadiens ont besoin d’entendre», a indiqué le député conservateur Costas Menegakis. «Quand il deviendra premier ministre, vous verrez ici un gouvernement différent qui obtiendra de vrais résultats.»
«Cent quarante membres de notre caucus continuent de soutenir et de croire en le leadership de Pierre Poilievre», a dit le député conservateur Michael Barrett.
Les élections partielles, «un bulletin de notes», selon Nanos
Nik Nanos a indiqué que même s’il faut faire preuve de prudence lorsqu’on extrapole les résultats des élections partielles à l’ensemble du pays – en partie parce que le taux de participation est rarement comparable –, il est juste de les considérer comme un bulletin de notes sur la capacité interne des partis à motiver et à mobiliser les électeurs.
«Le fait est que tous les partis doivent rendre des comptes sur leurs performances internes», a dit Nanos.
Interrogé mardi sur ce qu’il ferait s’il était à la place de M. Poilievre et s’il devait démissionner aujourd’hui, M. Carney a été pris au dépourvu.
«C’est une question injuste», a-t-il répondu en riant. «Je ne peux pas lire dans les pensées de M. Poilievre. Je le respecte en tant que parlementaire, tout comme je respecte les dirigeants des autres partis.»
M. Carney a soutenu qu’il «continuerait à travailler avec lui et tous les parlementaires, tout comme mes collègues, pour défendre les intérêts des Canadiens».
Une opportunité pour le NPD
La soirée s’est avérée légèrement meilleure pour le NPD. Alors que le soutien au parti d’Avi Lewis a reculé de 2,1 % au Québec, la part des voix des néo-démocrates a augmenté dans les deux circonscriptions de l’Ontario. Dans University-Rosedale, la candidate du NPD s’est classée deuxième.
«J’ai trouvé que c’était une bonne nouvelle pour eux, surtout compte tenu du fait qu’ils viennent d’avoir un nouveau chef. Le nouveau chef n’est pas à la Chambre des communes, ce qui représente une lueur d’espoir pour les néo-démocrates au vu des résultats des élections partielles», a expriné M. Nanos.
Erin Morrison, qui était la cheffe de cabinet de l’ancien chef du NPD Jagmeet Singh, a déclaré que la conclusion à tirer pour le parti – sur la base des deux circonscriptions ontariennes – était que davantage de Canadiens progressistes «ressentent un certain malaise face à la position de Mark Carney et cherchent à soutenir une option plus progressiste au sein du NPD».
Elle a ajouté que, d’après les résultats des élections partielles, Lewis devrait commencer à élaborer une stratégie pour ramener le NPD à 40 à 50 sièges, dans un premier temps.
«Cela signifie s’intéresser à des circonscriptions comme University-Rosedale et ne pas se contenter de cette fourchette de 18 à 20 %. Il va devoir faire grimper ce chiffre.»
— Erin Morrison, cheffe de cabinet de Jagmeet Singh
Elle a affirmé qu’avec l’aile gauche du spectre politique «grande ouverte» pour le NPD, Lewis devrait redoubler d’efforts en se concentrant sur le coût de la vie et les questions relatives à la classe ouvrière.
Faisant écho à cela, l’ancienne directrice de la communication de Singh, Melanie Richer, a dit que le défi consisterait désormais à continuer à le faire «d’une manière dont Pierre Poilievre a réussi à le faire, mais en lui ôtant une partie de cet élan».
«Je pense que c’est une opportunité énorme pour le NPD, sous la direction d’Avi, de dire: “Si vous voulez que le gouvernement se soucie des gens ordinaires, c’est nous le parti qui le fera”, à un moment où Mark Carney se concentre sur l’industrie et sur notre économie», a indiqué Mme Richer.
«Et à un moment où Pierre Poilievre ne semble pas vraiment savoir sur quoi il se concentre.»
