Québec solidaire (QS) souhaite taxer davantage les grandes fortunes dépassant la barre des 25 millions $. C’est l’une des mesures adoptées par les militants du parti réunis en congrès ce week-end en vue de préparer leur plateforme électorale.
Samedi, les quelque 350 délégués de la formation politique de gauche ont discuté de mesures visant le coût de la vie et la redistribution de la richesse.
Ils ont notamment voté majoritairement en faveur de l’instauration d’«une taxe progressive sur la part des grandes fortunes excédant 25 millions $».
Plus tôt dans la journée, avant le vote, les porte-parole Ruba Ghazal et Sol Zanetti ont insisté sur l’importance d’augmenter l’imposition des plus riches afin de soutenir les services publics.
«Il faut aller chercher l’argent de poche des multimillionnaires pour le mettre dans des mesures qui vont vraiment améliorer le quotidien de la majorité des Québécois», a affirmé Mme Ghazal en point de presse.
QS se défend de vouloir nuire aux entrepreneurs et d’empêcher les plus fortunés de s’enrichir avec une telle mesure.
«Aux François Lambert de ce monde, il ne faut pas qu’ils s’inquiètent», a évoqué M. Zanetti, faisant référence à l’homme d’affaires, qui avait exprimé en mars dernier son opposition à l’idée de taxer davantage les riches.
«C’est une petite contribution qu’on va leur demander, qui va faire une immense différence pour la société québécoise. Pour eux, c’est de l’argent de poche. Ça ne va pas changer la qualité de la bouteille de vin qu’ils vont sortir de leur cellier le vendredi soir», a fait valoir M. Zanetti.
QS suggère un taux d’imposition annuelle de 1 % pour la tranche entre 25 et 100 millions $ et de 2 % au-delà de 100 millions $. Cette mesure toucherait environ 4000 personnes, avance la formation. Selon ses calculs, l’instauration d’une telle taxe progressive rapporterait 5 milliards $ par année à l’État.
Des membres avaient proposé d’abaisser le seuil à 5 millions $ plutôt que 25 millions $, estimant que ce dernier rendrait la mesure «symbolique». L’amendement a finalement été rejeté.
La députée Manon Massé avait appelé les membres à maintenir le montant de 25 millions $.
«Il faut briser le spin qu’ils nous ont collé au cul de la taxe orange. La façon de le faire, c’est d’être très clair, très radical. Et le 25 millions, il n’y a aucun pêcheur, aucun agriculteur — sauf ceux qu’on vise — qui vont se sentir concernés», a plaidé Mme Massé.
Durant la campagne électorale de 2022, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait qualifié de «taxes orange» certaines propositions fiscales de QS, dont un impôt de 0,1 % supplémentaire pour les citoyens qui ont un actif net de 1 million à 10 millions $. Les caquistes accusaient alors les solidaires de s’attaquer à la classe moyenne.
QS inscrira également dans sa nouvelle plateforme électorale l’assujettissement en totalité des gains en capital à l’impôt, avec des exceptions comme pour la résidence principale et certains biens agricoles.
Un réseau public de type «Costco»
Plus tôt samedi, les militants se sont d’abord majoritairement rangés derrière l’idée de mettre en place un projet pilote d’épiceries publiques de type grossiste, ou de style «Costco».
La députée Alejandra Zaga Mendez a porté cette proposition, qui sera l’une des mesures phares de la plateforme électorale des solidaires en 2026. Le modèle proposé est un «grossiste alimentaire qui va acheter des produits d’ici, acheter en gros et revendre en gros», a-t-elle expliqué aux journalistes.
Par cette mesure, QS souhaite favoriser l’accès à des aliments à des prix réduits et de prioriser les produits locaux, en plus de faire concurrence aux grandes bannières. La formation politique s’inspire d’une promesse du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani.
«C’est une manière efficace de créer de la compétition, puis de faire baisser le prix de l’épicerie. L’État a une force de frappe que peu d’acteurs peuvent avoir sur le marché de l’alimentation», a soutenu Mme Ghazal devant les médias.
Ce réseau aurait également le mandat de soutenir le développement d’épiceries solidaires et coopératives, entre autres. Le parti souhaite créer des points de vente de style «entrepôts alimentaires» pour le grand public, principalement dans les déserts alimentaires et en région dans les localités où il n’y a pas de concurrence.
QS promet aussi de plafonner à 2% les marges de profits des grandes bannières et de bannir les pratiques déloyales, telles que la réduflation, la tarification dynamique et les fausses promotions.
