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Québec revoit à la baisse son budget climatique et priorise l’adaptation

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Pascale Dery, ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec, a prêté serment à l’Assemblée nationale de Québec le mardi 21 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE Pascale Dery, ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec, a prêté serment à l’Assemblée nationale de Québec le mardi 21 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

Québec diminue les dépenses allouées à la lutte au changement climatique pour les prochaines années, mais augmente le financement consacré à l’adaptation climatique, selon la mise à jour du Plan pour une économie verte 2030 (PEV), publiée jeudi.

Le Plan de mise en œuvre 2026-2031 du Plan pour une économie verte 2030, donc la mise à jour du PEV, alloue 8,2 milliards $ à l’action climatique pour les cinq prochaines années.

Le cadre budgétaire précédent prévoyait des investissements de 10,1 milliards $ sur cinq ans.

Un plan qui n’atteint pas la cible

Les actions inscrites dans le PMO 2026-2031 devraient permettre, selon Québec, «une réduction des émissions de gaz à effet de serre en territoire québécois de 32,1 % sous le niveau de 1990 en 2035».

Le plan, tel qu’il est écrit actuellement, ne permettrait donc pas d’atteindre la cible de réduction de 37,5 % annoncée en janvier dernier par l’ancien ministre de l’Environnement Bernard Drainville.

Celui-ci avait par ailleurs reporté de 2030 à 2035 la cible de réduction de GES.

Baisse du financement aux mesures de diminution de GES

Des programmes qui visent à réduire les émissions de CO2 et de méthane, responsables des changements climatiques, comme l’électrification des transports, ont subi d’importantes réductions.

Cette réduction s’explique par «les turbulences liées au contexte nord-américain» qui «continuent d’influencer les revenus provenant du marché du carbone, qui demeure la principale source de financement de l’action climatique», peut-on lire dans le document.

Au total, les programmes qui entrent dans la catégorie nommée «Réduire les émissions de GES et accélérer la transition énergétique» passent d’un budget prévu de 7,9 milliards $ sur cinq ans à 5,7 milliards $ sur cinq ans.

Le budget pour électrifier les autobus urbains, qui était de 709 millions $ sur cinq ans dans la mise à jour précédente, est désormais de 387 millions $ pour la période 2026-2031.

Le programme d’électrification du transport scolaire subit également une réduction importante. La mise à jour précédente prévoyait 459 millions $ sur cinq ans, alors que celle publiée jeudi prévoit 150 millions $.

Le budget prévu pour le programme Écocamionnage a presque diminué de moitié, passant de 459 millions $ à 225 millions $ pour cinq ans.

Le financement prévu du programme ÉcoPerformance (volet industrie) a aussi été réduit, passant de 862 millions $ sur cinq ans à 841 millions $.

La mise à jour du plan confirme que le programme Roulez vert, qui offre des rabais à l’achat de véhicules électriques, se terminera le 31 décembre 2026.

Un montant résiduel de 60 millions $ est prévu pour l’année 2026-2027, mais aucun nouveau financement n’est prévu par la suite.

Par ailleurs, la ministre de l’Environnement, Pascale Déry, a annoncé jeudi matin son intention de diminuer la cible de véhicules électriques vendus au Québec.

Elle propose que le taux de véhicules zéro émission (VZE) vendus au Québec atteigne 80 % en 2035, plutôt que 100 % comme il est prévu actuellement. Une consultation publique sur le sujet doit se terminer le 23 juillet.

Des mesures d’adaptation

Malgré la baisse du budget global du Plan pour une économie verte, le financement consacré à l’adaptation climatique augmente.

«Le gouvernement augmente ses investissements pour mieux protéger la population et les communautés contre les effets des changements climatiques, comme les inondations, l’érosion côtière et les vagues de chaleur. Près de 1,3 milliard $ seront consacrés à l’adaptation, soit une hausse de 30 % par rapport au plan précédent», peut-on lire dans le communiqué de presse qui accompagne la mise à jour du PEV.

Le gouvernement du Québec prévoit donc investir moins d’argent dans des mesures de diminution de gaz à effet de serre, mais davantage dans des mesures d’adaptation.

Québec compte ainsi «renforcer les investissements dans le soutien direct à la population pour aider les citoyens».

Par exemple, la mise à jour budgétaire prévoit l’ajout d’une enveloppe de 425 millions $ au programme Rénoclimat, annoncé il y a quelques jours, pour aider les propriétaires à protéger leurs résidences des aléas climatiques.

Le gouvernement crée également un nouveau programme nommé Climat BioalimenTerre, qui consacrera au secteur agricole une enveloppe de plus de 230 millions $ sur cinq ans, notamment pour mettre en œuvre «des stratégies d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques».

Le soutien pour l’achat de thermopompes augmentera avec une hausse du budget du programme LogisVert.

«Un financement de près de 322 millions $, incluant un apport du gouvernement fédéral de près de 163 millions $, sera accordé à Hydro-Québec pour bonifier le programme LogisVert», peut-on lire dans le document.

Le programme OASIS, qui permettait aux organisations municipales de réaliser des projets de verdissement pour s’adapter au climat qui change, n’est pas renouvelé.

«Dans un souci d’optimisation», le gouvernement fait passer l’aide du défunt programme OASIS au programme Accélérer la transition climatique locale (ATCL).

Un plan pragmatique, selon la ministre

Dans un communiqué, la ministre Pascale Déry a écrit qu’avec ce plan, «nous réduisons la facture énergétique des Québécois, protégeons davantage la population contre les turbulences externes et accélérons la décarbonation de notre économie tout en soutenant l’innovation et la compétitivité de nos entreprises».

Selon les mots de la ministre, «cette transition se veut pragmatique, cohérente et profondément ancrée dans les réalités du Québec».

Pour Équiterre, en publiant ce plan, le gouvernement confirme qu’il «recule sur l’ambition climatique».

Charles-Édouard Têtu, analyste en politiques climatiques et énergétiques pour l’organisation environnementale, déplore que «l’on coupe dans des programmes qui auraient pu permettre d’atteindre nos cibles», comme ceux liés à l’électrification des transports.

«Le gouvernement dit clairement que les Québécois et les Québécoises vont subir davantage les aléas des changements climatiques, toutefois, on coupe le financement dans l’atténuation qui pourrait empêcher de vivre ces effets-là», dénonce Charles-Édouard Têtu.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste