Québec prévoit l’ajout d’un second campus de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA) dans le Grand Montréal afin de répondre aux besoins croissants en main-d’oeuvre dans l’industrie aérospatiale.
C’est l’une des nouvelles initiatives annoncées lundi matin par le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Bernard Drainville, visant à former davantage de travailleurs en aérospatiale, dans un contexte où le secteur de la défense est en plein essor dans le monde.
Le gouvernement lance le processus en vue de réaliser ce nouveau campus, qui doit offrir les mêmes formations que celui de Longueuil, en Montérégie, affilié au Cégep Édouard-Montpetit.
Il pourrait accueillir ses premiers étudiants en 2028, notamment en mécanique d’aéronefs et en avionique, deux professions dites particulièrement recherchées par l’industrie.
L’emplacement exact du futur établissement reste à déterminer, mais il sera «quelque part sur la Rive-Nord» de Montréal, a indiqué M. Drainville en conférence de presse, à Mirabel, où est établi un pôle aéronautique important.
Les coûts demeurent également inconnus pour le moment. Bien qu’il parle «d’un investissement considérable de plusieurs millions de dollars», le ministre affirme qu’il est difficile de s’avancer sur un montant, étant donné que le projet pourrait viser un bâtiment existant.
«Vous comprendrez que si on parle de 2028, c’est donc qu’on envisage, parmi les options, la possibilité de prendre un édifice existant et de le transformer en deuxième campus permanent de l’ÉNA.
«À quel coût on ferait éventuellement l’acquisition de cet édifice-là, les coûts pour le transformer, pour l’adapter en institution d’enseignement, tout ça, ça demeure à préciser», a expliqué M. Drainville.
Formation en entreprise
Entre-temps, l’ÉNA du Cégep Édouard-Montpetit augmentera considérablement sa capacité d’accueil et de formation à compter de cette année.
Dans les programmes de DEC en mécanique d’aéronefs et en avionique, l’établissement accueillera 375 étudiants l’automne prochain, comparativement à 225 l’an dernier.
Dans ses programmes menant à une attestation d’études collégiales (AEC), le nombre d’admissions pourra atteindre 56.
L’ÉNA «atteint désormais sa pleine capacité opérationnelle dans ses installations actuelles», a souligné la directrice générale du cégep et de l’école, Hélène Bailleu.
«Alors, pour répondre durablement aux besoins du secteur, la poursuite des efforts devra s’appuyer sur deux axes qui sont complémentaires: renforcer la capacité de formation à Longueuil et poursuivre le déploiement de l’ÉNA sur l’axe Montréal-Rive-Nord», a soutenu Mme Bailleu.
Par ailleurs, deux nouvelles «formations qualifiantes» seront également déployées dans l’arrondissement Saint-Laurent, dans le centre de formation de Bombardier, et à Mirabel, près des installations de l’aéroport.
Il s’agit d’abord de projets pilotes, mais ces formations deviendront permanentes à l’automne 2027 et permettront aux étudiants d’obtenir une AEC. Elles constitueront alors deux antennes permanentes de l’ÉNA.
«L’objectif, il est simple. On veut rapprocher la formation des entreprises, a évoqué M. Drainville. Nos entreprises, dans le cadre de ces projets pilotes, se sont engagées à ouvrir leurs portes, à mettre à la disposition des étudiants des espaces de formation, des équipements, du matériel et, surtout, leur expertise et leur savoir-faire.»
Le représentant du syndicat de l’Association internationale des machinistes pour le Québec, Éric Rancourt, a salué l’ajout de ces antennes, commentant dans un communiqué que, «pouvoir former davantage de main-d’œuvre, c’est donner à l’industrie aérospatiale québécoise les moyens de ses ambitions».
L’organisation Aéro Montréal recevra également un soutien de 830 000 $ de Québec pour son initiative visant à faire découvrir les métiers de l’aérospatiale, notamment auprès des jeunes et des nouveaux diplômés.
La présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, Mélanie Lussier, expose que la «croissance exceptionnelle» de l’industrie en ce moment entraîne aussi un défi sur le plan de la main-d’oeuvre.
«Si on veut que le Québec garde vraiment sa place de premier joueur sur l’échiquier mondial ou un des premiers joueurs sur l’échiquier mondial de l’aérospatiale, il faut s”attaquer à ce défi de main-d’œuvre», a-t-elle affirmé.
Selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec, plus de 65 000 postes devront être pourvus dans le secteur de l’aérospatiale au cours des dix prochaines années, dont 4453 nouveaux techniciens en maintenance d’aéronefs.

