Québec allonge 70 millions $ pour créer un pôle santé à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et un autre 2 millions $ afin de poursuivre le développement du projet de former des médecins généralistes à travers le réseau des Universités du Québec, particulièrement en région.
La première ministre Christine Fréchette était à Gatineau, lundi, pour faire l’annonce de ces investissements, en compagnie notamment de la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, du président de l’Université du Québec, Alexandre Cloutier, et de nombreux députés et dignitaires de la région.
Dans le cas du pôle santé de l’UQO, l’investissement servira à construire un pavillon dédié aux diverses formations, notamment la nutrition, l’orthophonie, la psychologie, la physiothérapie et la kinésiologie. La construction est prévue de janvier 2028 à août 2030 afin de recevoir les premiers étudiants en septembre 2030.
Freiner l’exode
Un des objectifs de cet ajout de formations est de fournir des employés au futur Centre hospitalier affilié universitaire de l’Outaouais (CHAU), un hôpital de 600 lits qui doit être mis en service en 2032. Il s’agit d’un projet de 2,5 milliards $.
Une des grandes préoccupations en Outaouais est de freiner l’exode du personnel de santé vers l’Ontario. Ces investissements visent à maintenir les diplômés dans des institutions locales, a expliqué la première ministre. «Il y a trop d’étudiants qui quittent la région pour pouvoir poursuivre leurs études, souvent en Ontario, souvent à Ottawa. Parfois, après leurs études, il y en a qui finissent aussi par travailler en Ontario parce que, on le sait, le lieu où on étudie est un déterminant très important du lieu où on va travailler.»
Mme Fréchette n’a pas caché qu’il lui est difficile de vivre avec cette réalité dont l’impact se fait ressentir jusque dans la population elle-même. «Comme première ministre, je refuse que des jeunes quittent la région parce que, essentiellement, ils n’ont pas accès à des cours au Québec. (...) Ça, c’est un enjeu qu’il faut régler. Alors, je refuse également qu’il y ait des citoyens, dans le fond, qui ne puissent pas avoir accès à des soins de ce fait-là parce qu’il n’y a pas assez de gens qui travaillent dans le domaine de la santé.»
Former et enraciner
Sonia Bélanger, de son côté, a insisté sur les notions d’attractivité et, surtout, de rétention. «On doit continuer d’attirer des professionnels de la santé, mais on doit aussi se donner les moyens de les former, bien sûr, mais de les garder par la suite. (...) Il n’y a rien de mieux que de former les gens, de faire en sorte qu’ils fassent leur stage dans une région donnée pour qu’ils puissent s’enraciner plus facilement.»
«Concrètement, ça signifie davantage d’étudiants en santé qui pourront être formés et diplômés et qui pourront par la suite, faire le choix d’exercer en Outaouais.»
Parlant du futur hôpital, elle a ajouté qu’«on va avoir besoin de personnel dans ce centre hospitalier».
Médecins de famille en région
Quant au projet d’offrir un doctorat en médecine familiale dans l’ensemble des universités du Québec, Christine Fréchette l’a qualifié de proposition «structurante, intéressante et qui tombe à point par rapport aux enjeux que rencontrent les Québécois en région, dans le domaine de la santé».
Cette initiative permettra de former des médecins dans les établissements de l’Université du Québec à Gatineau, à Trois-Rivières, à Rimouski, en Abitibi-Témiscamingue et à Chicoutimi en plus de l’antenne principale à Montréal.
Là aussi, l’objectif est de former des médecins de famille originaires de la région et ainsi encourager leur maintien là où le manque est criant.
Alexandre Cloutier estime qu’une première cohorte de médecins de famille pourrait être accueillie dès 2031. «On pense que ça va être un ‘game changer’ pour l’accès aux Québécois à un médecin. On en est persuadés en fait parce que c’est quand même un nombre important qu’on veut former.»
Objection des facultés existantes
Ce projet a été accueilli très froidement par les quatre facultés de médecine existantes, soit celles des universités de Montréal, McGill, Sherbrooke et Laval. La Conférence des doyennes et doyens de ces facultés de médecins a émis, il y a un mois, un «énoncé de position» contre le projet, invoquant notamment le manque de milieux cliniques de stage.
Sans y faire directement référence, Alexandre Cloutier a quand même rappelé que «l’Université du Québec, c’est l’éléphant dans la pièce lorsque vient le temps de parler des soins de santé au Québec. Pourquoi? Parce qu’on forme à peu près 50 % de tout ce qui est l’offre médicale au Québec. (…) L’Université du Québec a remis 25 000 diplômes en santé et services sociaux dans les cinq dernières années.»
«On est aussi l’éléphant dans la pièce en matière de recherche, a-t-il renchéri. C’est plus de 800 chercheurs universitaires dans le réseau de la santé. Le programme de médecine va non seulement nous permettre de mieux offrir cette offre médicale, mais aussi nous permettre de compléter notre offre en matière de recherche.»

